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6 août 2014, début de soirée…

lundi 25 août 2014, par Maya

… la pluie tombe, douce, accompagnée d’un léger rayon de soleil et de quelques piaillements d’oiseaux certainement aussi heureux que la verdure et la terre soient ainsi finement arrosées. Des chaman•e•s venu•e•s en territoire alpin il y a quelques années nous ont dit que la terre avait soif et que les humains n’empêcheraient pas qu’elle s’abreuve pour ses propres besoins. Rassurant.

Aujourd’hui, enfin l’inspiration me vient pour lier mon passage à l’escuelita zapatista, mon voyage en pays chiapanèque et la tournée en juillet de la petite école buissonnière en pays sud-ouest de la fRance (comme écrit un ami).

Par je ne sais quel miracle, en décembre 2013 je me suis retrouvée à participer à la petite école zapatiste. Du peuple zapatiste, je ne connaissais que la lecture en 2005 du livre EZLN : 20 et 10, le feu et la parole, de Gloria Muñoz Ramírez, et des textes glanés ici ou là. Je savais qu’ils et elles défendent leur territoire, durement et intelligemment récupéré. J’ai maintes fois fait des liens de compréhension — ou non — avec nos luttes, ici en fRance et en Occident, enfin dans ces lieux où le territoire, le moindre petit bout de terre, appartient toujours à quelqu’un, où l’usage n’existe pas, où la commune s’est approprié le droit de contrôle du territoire qui de ce fait lui appartient. Car la commune n’a plus de lien avec le commun. Comme l’État, elle est devenue une entité sans aucun rapport avec le peuple, vote ou pas.

J’ai vécu une quarantaine d’années en Morvan, lieu de mon enfance, J’y ai foutu un joyeux bordel, la lutte en permanence, contre le patriarcat d’abord, être une fille qui veut exprimer qui elle est, qui veut être libre. Puis contre l’école. Il a été nécessaire de faire péter beaucoup de carcans. Heureusement les années de mon enfance et de mon adolescence ont été riches d’une douce folie créatrice communicative ! Puis le travail pour survivre, pour apprendre et comprendre. J’ai fait toutes sortes de boulots mais toujours en lien avec l’humain et avec la terre. Le travail m’a permis de bouger, de voir ailleurs. Et ailleurs c’est comme ici ! Le regard sur la politique politicarde, incompréhensible, non logique, si loin des êtres humains, si loin de la base qui la met en place par le vote et l’acceptation de ce haut royal affublé d’une horrible cour. En moi une colère gronde toujours.

En 2003, par hasard, je me suis retrouvée sur un rassemblement au Larzac. Je regardais depuis cinq ans déjà le merdier des déchets de la consommation humaine. Simplement, je me suis intégrée à la fameuse équipe de gens qui s’est occupée des déchets du rassemblement (tri marrant). Puis je suis restée une dizaine d’années en Aveyron à lutter contre ceci, contre cela, avec les militant•e•s du coin, assez nombreux•ses, par rapport au Morvan en tout cas ! mais souvent encarté•e•s et donc rarement en accord. Je me suis rapprochée des anarchistes, instinctivement et affinitairement, et pour certain•e•s aussi radicaux•ales que moi !

Mon intérêt sur la réflexion des déchets de notre organisation humaine s’est affiné par le « faire autrement ». J’ai commencé par examiner ma poubelle, puis celle des autres et celles du collectif local. L’avant, le pendant et l’après déchet, de l’extraction de la terre à l’obligation de consommation puis au retour à la source. Exploitation•s. Je me suis intéressée aux différentes matières par le tri sélectif informatif en dénonçant l’organisation capitaliste et ses méfaits.

Beaucoup de nous avons pensé une autre organisation : nous avons créé des groupements d’achats, nous avons beaucoup parlé de collectivisation, de vie communautaire, de nos besoins essentiels, de consommer autrement bio-sain-local et ne pas déborder, d’apprendre à apprendre. J’ai fait des stages et des stages pour comprendre mes difficultés relationnelles avec l’autre (j’ai changé de comportement, enfin c’est ce qu’on m’a dit !). J’ai bossé pour survivre chez des paysan•ne•s (je n’en ai trouvé aucun•e qui ne triche pas, qui ne soit pas englué•e dans le système). J’ai ouvert une boutique pour créer mes pensées.

Puis, en 2011, je commençais à tourner en rond, à faire les choses par habitude, je m’ennuyais à l’intérieur alors que de l’extérieur j’étais très occupée. J’ai décidé alors de re-tout plaquer et revenir me poser dans le Morvan, pour faire un point, une analyse, une synthèse. Je me suis mise en lien avec la nature terrienne, minérale, végétale, animale et très peu humaine. Une très grande solitude pour effacer tous les faux besoins et me reconnecter avec l’essentiel pour moi, c’est-à-dire la planète Terre et le Cosmos dont elle est un des éléments.

Mon seul lien avec l’extérieur était un site internet, lavoiedujaguar.net, sur lequel je trouvais des textes qui me parlaient intrinsèquement, textes des peuples en lutte. J’ai rencontré un coordinateur de ce site. Nous sommes devenu•e•s ami•e•s. Grâce à lui et avec la magie des possibles, j’ai été acceptée à la petite école zapatiste, escuelita zapatista, en décembre 2013. Je ne parle pas la langue espagnole, je suis partie avec un livre de leçons, un petit dico, ma volonté de communiquer avec le cœur et quelques sous pour vivre.

Ce qui m’a bouleversée au Mexique et au Chiapas, c’est de revoir des déchets sur la terre et dans les rivières. En fRance, tout est devenu caché. Les déchets qui sont créés, on nous culpabilise à les trier, on nous oblige à les déposer régulièrement dans des lieux où ils sont « valorisés » ! Ceux que l’on peut voir sur les bords de routes ou rivières, des gens (comme moi avant !) ou des enfants d’écoles bien formatés à un geste soi-disant citoyen, les ramassent par soi-disant conscience et en râlant contre le mauvais citoyen !

Là au Mexique, où j’étais sûre de rencontrer une âme liée aux communautés anciennes, aux peuples originaires ou d’origine (comme ils disent !) liés à la Terre, à la Tierra Madre, au Cosmos, à l’eau, au feu, à l’air, à la terre et même à l’aether, j’ai été choquée de voir cette terre jonchée de déchets de consommation et bien différents du compost naturel. Mon regard n’a pu se poser que sur cette problématique. À San Cristóbal où je suis restée trois semaines, je n’ai pu que suivre le cours des déchets. J’ai regardé ce qu’ils étaient (les mêmes que les nôtres !) où ils atterrissaient (dans les rivières, sur la terre, sur les arbres), comment et par qui (toujours des gens pauvres exploités du système !) certains déchets étaient collectés pour finir dans des décharges à ciel ouvert.

À l’escuelita, avec les zapatistes, j’ai appris la patience, l’acceptation et l’obéissance. En huit jours. Ne parlant pas la langue, je suis restée beaucoup dans le silence. Les zapatistes connaissent le langage du silence, c’est un langage du cœur. Notre communication a été celle du cœur. Ils et elles ont vu à l’intérieur de moi comme j’ai vu à l’intérieur d’elles et eux. À l’intérieur on ne triche pas. À l’intérieur on est soi. J’ai eu des désaccords que j’ai exprimés, un peu rudement certainement, comme je suis. Avec le dictionnaire et l’écriture, j’ai pu m’expliquer. J’ai été comprise. Ils et elles m’ont donné l’espace dont j’avais besoin pour ne me sentir ni enfermée ni prisonnière, pour exprimer qui je suis. Les zapatistes sont plus intelligent•e•s que la moyenne ! (sic Marcos !), je suis bien d’accord ! Nos relations ont été fortes, intenses, claires, vraies et joyeuses, malgré la lourdeur des difficultés que je ressentais au niveau du territoire, de la surveillance, de la méfiance, de la peur et des questionnements d’où sont nées la confiance, la légèreté, la compréhension, la joie d’être ensemble et de se (re)connaître. La famille qui m’a accueillie pratique la décroissance telle que je la conçois, la juste nécessité matérielle, en lien avec la nature profonde de l’être et avec l’immensité du Cosmos. Ce juste qui ouvre les portes de tous les possibles. Au caracol de Morelia, en examinant une poubelle du lieu, j’ai expliqué la nature, le parcours et le temps de désagrégation de la matière des déchets, devant un public zapatiste attentif et intéressé que ma guardian avait informé de mes connaissances et explications.

À San Cristóbal, j’ai rencontré des gens qui ont participé à l’escuelita zapatista et d’autres qui participent à l’échange du café zapatiste. De mon côté, je suis adhérente à Americasol12, un groupement d’achat de café de la coopérative Yachil, Xojobal Chulchan, Chiapas, Mexique. Sur les paquets il est inscrit cette phrase : « Nous acceptons d’échanger notre café avec vous, si vous commencez à vous défaire du système qui nous opprime. » Cela me va bien, parce qu’un jour il faudra bien que l’on consomme différemment, le café et d’autres produits dont nous n’avons pas obligatoirement besoin ! Enfin, ce sera un autre jour...

Revenue en Morvan, j’ai compris plusieurs choses. La première c’est que je suis libre. Mon passage chez et avec les zapatistes m’a fait comprendre que je suis libre. Libre d’être qui je suis, libre de m’exprimer et libre de mes actes. Libre et donc responsable. Avec des gens rencontrés pendant ce voyage nous sommes restés en contact et une idée de transmettre ce que nous avons vécu a émergé. La « petite école buissonnière » est née. Il m’est venu l’idée d’exprimer la problématique des déchets par une toile et des informations, car cette problématique touche tout le monde sur la planète Terre, du global au local, du local au global.

Ce que j’ai voulu transmettre avec cette exposition « Terre-Tierra vomit-a ordures-basura capitalisme-o », c’est que la planète Terre regorge des déchets du système capitaliste. Ces déchets ne nous appartiennent pas. Nos déchets à nous, qui vivons dans ces mondes que nous construisons, ils sont moindres. Ce sont d’abord nos propres déchets humains, cacas, pipis, sueurs et crottes de nez ! et ceux inhérents à nos besoins. Ils sont très faciles à gérer si nous consommons avec des échanges simples, directs et intelligents entre nous.

Les mondes étant encore imbriqués les uns dans les autres, ici en fRance, nous avons des problèmes pour accéder au besoin d’usage de la terre inexistant dans le système capitaliste. Alors, nous qui créons nos mondes, nous nous retrouvons à squatter des lieux ou les acheter en commun, à manger récup’ et bio-sain-local, à nous vêtir avec les vêtements du trop, à construire avec les matériaux de bric et de broc et des matériaux sains et simples, à utiliser l’argent mais aussi à créer des espaces gratuits pour accéder à la matière. Et de matière il n’est que du minéral, du végétal, de l’animal et de l’humain... faite d’atomes et de métaux.

Ces voyages m’ont remise en phase avec nos possibilités créatrices des mondes que nous souhaitons, pouvons, devons construire, dans une simplicité juste et joyeuse. Mondes sensibles dans lesquels nous sommes libres et responsables.

Souvent dans nos luttes des personnes disparaissent. Ces morts sont extrêmement violentes et fortement symboliques. Je peux citer l’assassinat de Carlo Giuliani le 20 juillet 2001 lors des manifestations du contre-sommet du G8 à Gênes. Je peux également citer la mort par suicide d’un paysan dans son champ de maïs ogm que nous avions l’intention de faucher à Gisor (Lot) le 5 août 2007. La mort de Clément Méric, assassiné par un groupe d’extrême droite à Paris le 5 juin 2013. La mort violente de Galeano, votán de l’escuelita zapatista, et la destruction d’une clinique et d’une école dans le caracol de La Realidad, le 2 mai 2014. Pour que vive Galeano est mort le mythe Marcos. Realidad-Réalité. De Galeano vivant est née une « Campagne mondiale pour la reconstruction d’une Autre Réalité » qui a accompagné le voyage de la petite école buissonnière.

Je remercie infiniment les gens zapatistes pour leur ouverture, je remercie infiniment les gens rencontrés au Chiapas, au Mexique, je remercie infiniment les gens croisés lors de ce voyage de la petite école buissonnière. Infiniment je remercie notre petit collectif de gens qui s’est formé pour avancer sur le chemin de la petite école buissonnière où nous avons rencontré de nombreux•ses et magnifiques gens, créatrices et créateurs d’autres et possibles réalités.

Nos mondes sont liés et reliés.
Nos mondes sont en accord.

Salutations créatrices et pensées amicales à vnous toustes !
Maïa

La longue vie des ordures
abandonnées dans la nature

cigarette sans filtre : trois mois
mouchoir papier : trois mois
allumette : six mois
pelure de fruit : trois à six mois
journal : trois à douze mois
filtre de cigarette : un à deux ans
chewing-gum : cinq ans
polystyrène : mille ans
boîte en aluminium : dix à cent ans
briquet en plastique : cent à mille ans
sac en plastique : cent à mille ans
carte magnétique : mille ans
verre : quatre mille ans
déchets nucléaires : des milliards d’années

Messages

  • Ia ora na (salutation Tahitienne : que la vie soit en toi)
    Merci pour ce partage d’expériences, je viens de trouver ce site et je me délecte de ces récits qui alimentent mon mouvement de désobéissance civile ! Je me présente Tiva 32 ans deux enfants, je vis en Polynésie seule avec mes garçons que j’instruis à domicile. Je cultive mon potager et boycott le système de consommation et le système occidental en général. J’ai entendu parler des zapatises et mon coeur bat la chamade depuis dans l’idée de les rejoindre et de lutter avec eux ensembles et non plus seule. Mais par contre je ne sais pas s’il est très responsable de le faire avec mes enfants (6 ans et 10 ans) et si les zapatises eux même seraient ok pou nous accepter parmi eux... J’aimerais que tu me donnes ton avis toi Maïa qui y est allé, penses tu qu’il soit possible de partir les rejoindre...? Si tu ne peux ou ne souhaite pas me répondre peut être as tu un lien à me donner ou je pourrais trouver ces infos... Merci en tout cas d’avoir pris le temps de me lire !

  • Tiva bonjour ! Je te remercie infiniment pour ton mail. Avec un immense plaisir je te donne les infos que tu demandes si tu me laisses un peu de temps pour y répondre. Ma première demande pour notre conversation : as-tu l’intention de quitter la Polynésie pour t’installer au Chiapas avec ta famille ou veux-tu faire juste une visite aux zapatistes avec tes enfants ? L’idée générale que j’ai pu comprendre est de créer là où nous sommes, ici ou ailleurs, dans notre quotidien, pour cela voici une lecture qui te donnera, je le souhaite, quelques excellentes clefs à partager. Ce sont les traductions des 4 livres-base qui ont été écrits pour les étudiant-e-s-compagnon-ne-s de la escuelita zapatista 1re session : ztrad.toile-libre.org. Je pourrai te donner un plan général de ces lectures par mail. Je remercie mon ami coordonnateur de cet excellent site lavoiedujaguar d’accompagner ma réponse de mon mail afin que nous puissions converser. A bientôt de te lire, cordiales pensées, Maïa

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