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Congrès national indigène

Atelier national de dialogue et de réflexion sur l’impact des entreprises transnationales dans les régions indigènes du Mexique

mercredi 7 décembre 2011, par CNI

CONGRÈS NATIONAL INDIGÈNE

Assemblée des peuples indigènes de l’isthme de Tehuantepec
pour la défense de la terre et du territoire

Atelier national de dialogue et de réflexion
sur l’impact des entreprises transnationales
dans les régions indigènes du Mexique

Niüng ajmiük nangaj nepepep, noik nine iüt pinowan ndek, ningüy niüng miiüt ikoots, nganüy sajawan ngome xikon miün kiaj sajlüyiün, apak ximeajtsan nangeayiün meawan poch, nayajkan ilian ningüy. Nganüy wüx najal ongwiiüts, tekeche nüt, ajneaj mayambaats omeajtsaats majawaats ngineay andiümaats makaliüts, kwane apiüng omeajtsaats, kwa teamatiib okwiajiüts, ngia andüy tengeal ajayiüts meawan nüt. Imiün ningüy mipoch nangaj iünd awüneay marang mipoch montaweal niüng axaing omal masaj ikoots mapakaats, mayiükaats.

Imiün ningüy andeakaats.

MIPOCHIÜTS

Là où tombe la fraîcheur de l’air, péninsule, morceau de terre au milieu de la mer, terre des Ikoots, aujourd’hui que nous savons et que nous sentons que nous ne sommes pas seuls, cela nous remplit de joie d’entendre tant de voix, de sentir qu’elles sont ici. Ce temps où le jour est court et la nuit se prolonge nous donne l’occasion de penser et d’analyser les journées que nous vivons, ce que cela nous indique et vers où se dirigent nos pas. D’ici, la parole du vent devient notre antique voix de résistance pour lancer la présente

DÉCLARATION

En ces temps où devient centenaire l’aspiration toujours présente à la Terre et à la Liberté, nous revendiquons le contenu de l’historique Plan d’Ayala, qui dit textuellement :

« Mexicains, considérez que la ruse et la mauvaise foi d’un homme sont en train de répandre le sang de manière scandaleuse, parce qu’il est incapable de gouverner ; considérez que son système de gouvernement est en train de ligoter la patrie et de fouler aux pieds nos institutions grâce à la force brute des baïonnettes… Nous sommes partisans des principes, et non des hommes !

Liberté, justice et loi.
Ayala, 25 novembre 1911,
général en chef Emiliano Zapata »

À propos de dates historiques, ces jours-ci nous saluons le 28e anniversaire de la fondation de l’Armée zapatiste de libération nationale et sa lutte actuelle pour l’exercice de l’autonomie depuis ses caracoles, ses Communes autonomes et ses Conseils de bon gouvernement.

Dans cet atelier national, nous avons analysé la problématique engendrée dans nos peuples par les mégaprojets impulsés par les entreprises transnationales et les mauvais gouvernements, le fédéral et ceux de divers États comme le Chiapas, Oaxaca, Veracruz, le District fédéral, l’État de Mexico, celui de Puebla, de Morelos, du Jalisco, entre autres. Nous avons trouvé que la menace et la spoliation de terres, de territoires, de forêts, de jungles, de fleuves, de lacs, de mers, de vents, de montagnes et d’eaux de la Terre Mère que partagent nos peuples, ont été une constante dans presque toutes les régions indigènes du Mexique. Malgré cela, la résistance renaît, fleurit et demeure.

Nous, les peuples, nations, communautés, quartiers, organisations et collectifs indigènes ikoots, binnizá, ayuuk, zoque, mazatèque, mixtèque, tzotzil, tzeltal, chol, nahua, popoluca, ñahñhu, chontal, ainsi que des frères non indigènes des organisations et collectifs adhérents à La Otra Campaña qui avons participé à cet Atelier national de dialogue et de réflexion, et le Congrès national indigène, nous saluons et célébrons la réalisation du Deuxième Séminaire international de réflexion et d’analyse « Planète terre, mouvements antisystémiques », qui se réalisera à l’Université de la Terre CIDECI, Chiapas, du 30 décembre 2011 au 2 janvier 2012.

NOUS DÉNONÇONS

- La criminalisation des militants indigènes des communautés et villages de l’Assemblée des peuples indigènes de l’isthme de Tehuantepec, qui résistent contre l’imposition et la spoliation de leurs terres.

- Les agressions que subit le peuple nahua d’Ostula (Michoacán) à cause de la défense de ses terres communales. Nous nous solidarisons avec sa lutte, et nous exigeons des trois niveaux de gouvernement, fédéral, de l’État et municipal, que soit éclairci l’assassinat du comunero Pedro Leyva Domínguez et que les responsables soient châtiés. Assez de violence, respect et reconnaissance de leur autonomie et de leur garde communale qui défend et protège leur territoire ancestral, châtiment des responsables des assassinats précédents et présentation en vie du frère comunero Francisco de Asís Manuel Bautista.

- La spoliation vorace de nos territoires et espaces sacrés mise en œuvre par des entreprises telles que la CFE, Iberdrola, Acciona-Cemex, Fuerza Eólica del Istmo, Generadora de Energía de Oaxaca, Acciona, DEMEX, Energía Limpia de CISA-GAMESA, Renovalia Energy, Vientos del Istmo, FEMSA-Macquaire, EDF-EVM Eoliatec del Istmo, toutes parties prenantes du Corridor éolien de l’Isthme.

- Le silence et la complicité des gouvernements de la Fédération et de l’État d’Oaxaca devant l’imminente violation de nos droits fondamentaux en tant que peuples et communautés indigènes de l’isthme de Tehuantepec.

- La répression à l’encontre du réseau national du mouvement de résistance contre les hauts tarifs d’électricité, dans laquelle la CFE a eu recours à des plaintes pénales pour vol d’énergie, tant dans le sud de l’État de Veracruz – Agua Dulce et Las Choapas – que dans celui de Chihuahua, de Campêche, dans l’État de Mexico et dans l’isthme oaxaquègne ; de même nous demandons le retrait des plaintes pénales contre des dirigeants comme Nataniel Hernández, directeur du Centre des droits humains Digna Ochoa de la Côte du Chiapas, et Evelio Mérida, des communautés rurales de Minatitlán (Veracruz).

- Avec le Front des peuples indigènes pour la défense de la Terre Mère, de l’État de Mexico, nous dénonçons les pressions et les menaces de la part de la police d’État et des représentants des biens communaux du noyau de San Francisco Xochicuautla, de la commune de Lerma (État de Mexico), où des citoyens de la communauté ont été agressés par la police d’État et où ont eu lieu des intimidations contre les comuneros qui s’opposent à la construction de l’autoroute Toluca-Naucalpan sur les sections Xochicuautla-Huitzizilapan. Nous dénonçons également les pressions et le harcèlement du Secrétariat agraire et de l’entreprise de travaux publics appelée Autovan (Autoroutes d’avant-garde).

- De même, le Front s’oppose à la destruction de 180 hectares de forêt de pin, chêne et oyamel de l’aire naturelle protégée parc d’État Otomí-Mexica, qui seraient affectées dans le tronçon dénoncé.

- Nous dénonçons l’irrationalité du gouvernement du Chiapas et de celui de la Fédération pour le transfert d’Alberto Patishtán de la prison de San Cristóbal au pénitencier de Guasave (Sinaloa), comme une forme de répression et de punition pour ses combats dans le cadre de La Voz del Amate [Association de prisonniers qu’animait Alberto à San Cristóbal, NdT.], y compris sa récente grève de la faim.

- Nous dénonçons la spoliation des terres de l’ejido de San Sebastián Bachajón à travers l’imposition du projet éco-touristique de portée internationale d’Agua Azul, ainsi que la spoliation de 130 hectares de l’ejido de Tila imposée par le chef-lieu municipal pour affaiblir les autorités traditionnelles et agraires.

NOUS EXIGEONS

- L’annulation et la suspension définitive du mégaprojet dénommé Corridor éolien de l’Isthme sur les territoires ikoots, binnizá et afro-métis dans les communes d’Unión Hidalgo Juchitán, Xadani, Álvaro Obregón, San Dionisio del Mar, Santa María del Mar, San Francisco del Mar et Santo Domingo Ingenio, toutes situées dans l’État d’Oaxaca, au sud de l’isthme de Tehuantepec.

- L’annulation des procédures judiciaires contre les compañeras et compañeros de l’Assemblée des peuples indigènes de l’isthme de Tehuantepec pour la défense de la terre et du territoire, en particulier récemment contre Guadalupe Ramírez Castellanos, Miriam Sánchez Zárate, Bettina Cruz Velásquez, Maribel González Pedro, Omar Pineda Alonso, Juan Regalado Martínez, Rodrigo Flores Peñaloza et Filiberto Vicente Aquino.

- L’annulation du mégaprojet routier appelé Arco-Sur, dans le District fédéral et les États de Mexico, Morelos, Puebla, parce qu’il engendre la violence entre les villages, divise les communautés, entraîne des problèmes d’approvisionnement en eau pour les habitants de la ville de Mexico et des zones rurales, de même que la destruction de la flore et de la faune.

- L’annulation définitive du projet hydroélectrique Paso de la Reina qu’on prétend construire sur le Río Verde sur la côte d’Oaxaca, car ce projet met à mal les droits collectifs des peuples ñuú savi (mixtèque), chatinos, afro-mexicains et métis habitants de la région.

- Nous exigeons l’annulation des projets miniers de San Juan Tepeucila, Santa María Pápago, de même que le départ immédiat de la compagnie minière canadienne du territoire de Lachiguiri.

- Nous soutenons la juste lutte du Front pour la défense de Wirikuta, contre les compagnies minières canadiennes dans l’État de San Luis Potosí.

- L’arrêt de la répression contre les frères triquis du CIPO-RFM de San Martín Itunyoso qui luttent pour une véritable autonomie, pour pouvoir élire leurs autorités selon leurs normes internes. Nous rendons responsables M. Fausto Díaz Montes, sous-secrétaire au renforcement municipal du gouvernement de l’État et le secrétaire général de gouvernement de faire la sourde oreille aux demandes de justice, et nous dénonçons le Congrès de l’État pour avoir pris des décisions contre le peuple.

- L’annulation de l’extension de l’autoroute panaméricaine et de la construction du pont qui divise géographiquement la population de Santo Domingo Zanatepec (Oaxaca).

- Avec le Front des villages pour la défense de la terre (FPDT), malgré la répression subie, dix ans après le projet d’aéroport des mauvais gouvernements qui poursuivent leur politique de spoliation, nous exigeons le respect de la terre communale de Nextipayac (commune d’Atenco, État de Mexico), où la Commission nationale de l’eau (Conagua) prétend dépouiller l’ejido de plus de trois cents hectares, ce qui provoque chez les membres de l’ejido la colère et la défense de leur terre.

- Nous, participants à cet Atelier national de dialogue et de réflexion, nous exigeons la liberté d’Alberto Patishtán, et de tous les prisonniers de La Voz del Amate et solidaires dans l’État du Chiapas.

- Nous exigeons le respect et la reconnaissance de la nouvelle localité de Xayakalan (Ostula, Michoacán).

Les autorités municipales et agraires de San Mateo del Mar, membres du conseil et du commissariat aux biens communaux, remercient pour leur soutien tous ceux qui ont rendu possible la réalisation de cet important atelier, en particulier les femmes et les hommes professeurs et élèves du baccalauréat ikoots. Nous remercions aussi infiniment de leur présence les sœurs et frères participants, observateurs, invités spéciaux et gens des médias régionaux, nationaux et internationaux qui nous ont accompagnés au cours de ces journées, en faisant un effort pour arriver jusqu’ici depuis le village nahua d’Ayotitlán (Jalisco), Milpa Alta (District fédéral) et du sud de Veracruz, les compañeros de l’Unité de soutien aux communautés indigènes (UACI) de l’Université de Guadalajara, de San Pedro Atlapulco et San Francisco Xochicuautla de l’État de Mexico, les compañeros de l’ejido San Sebastián Bachajón (Chiapas) et de l’ejido de Tila (Chiapas), des collectifs solidaires indigènes et non indigènes de La Otra Campaña du District fédéral, du village nahua et zoque popoluca de Tatahuicapan aux confins du sud de l’État de Veracruz, du Chiapas et d’Oaxaca, entre autres.

Bien à vous.

Jamais plus un Mexique sans nous !

Pour les peuples, communautés et organisations participants :

Ikoots, Binnizá, Ayuuk, Zoque, Mazatèque, Mixtèque, Tzotzil, Tzeltal, Chol, Nahua, Popoluca, Ñhañu, Caxcan, Chontal

Pour les organisations participantes :

Commissariat des biens communaux de Villa Milpa Alta ; commissariat de l’Ejido de Morro Mazatán ; conseil de surveillance des biens communaux de Lachiguiri ; commissariat des biens communaux de San Miguel Chimalapas, comuneros de San Pedro Atlapulco ; comuneros de San Francisco Xochicuautla ; Front des villages pour la défense de la Terre (FPDT, Atenco) ; Comité de résistance au projet éolien, Unión Hidalgo (Oaxaca) ; communauté nahua de Milpa Alta (DF) ; CAC-CEREC ; Syndicat mexicain des électriciens (SME) ; Université de la Terre (Oaxaca) ; Collectif Vientos de Liberación ; Maderas del Pueblo ; Altepetl ; Comité de CCA ; Front des peuples indigènes pour la défense de la Terre Mère (San Fco, Xochicuautla) ; conseil des Anciens d’Ayotitlán ; Unité de soutien aux communautés indigènes (U de G) ; UPAI SC ; Collectif Utopía ; Syndicat des téléphonistes de la République mexicaine ; Bibaani ; Voix oaxaquègnes construisant l’autonomie et la liberté (VOCAL) ; SIPAZ ; Educa AC ; CAMPO AC ; Résistance civile indigène et populaire ; Union des communautés indigènes de la zone nord de l’Isthme (Ucizoni) ; BMACC ; Conseil citoyen indigène zapotèque AC ; Centre de soins et de soutien à la femme de l’Isthme (CAAMI-Juchitán) ; Groupe solidaire La Venta ; Lidxi Guendabiaani’ - Maison de la culture de l’Isthme, Juchitán ; collectif Conserva AC ; Ikoots en Movimiento AC ; collectif Autonomie dans les quartiers, San Nicolás Totolapan ; Tequio Jurídico AC ; Ce-Acatl ; Services du peuple mixe (SER-Mixe) ; Coalition des maîtres et promoteurs indigènes d’Oaxaca (CMPIO) ; Réseau mexicain d’action contre le libre-échange (RMALC) ; programme universitaire « Mexique, nation multiculturelle » (PUMNMC-UNAM) ; Radio Huave de San Francisco del Mar ; Radio Totopo de Juchitán ; Radio Ikoots de San Mateo del Mar ; Radio communale d’Atlapulco ; La Otra Radio - Unión Hidalgo ; Ke Huelga Radio, DF ; représentation de collectifs internationaux de La Otra Campaña ; radio communautaire Tecuani et la Régie de l’écologie de Tehuantepec.

Fait à San Mateo del Mar, territoire ikoots,
isthme de Tehuantepec (Oaxaca),
le 27 novembre 2011.

Traduit par el Viejo.

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