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L’autonomie, axe de la résistance zapatiste (II)

Du soulèvement armé à la naissance des Caracoles

mardi 6 mars 2012, par Raúl Ornelas Bernal

Écrit à la fin de l’année 2003 au Mexique, cet essai de Raúl Ornelas Bernal a été traduit de l’espagnol par Ángel Caído et édité en 2007 à Paris par Rue des Cascades.

Donnant au processus social en cours au Chiapas sa dimension historique, dans la perspective ouverte par le mouvement paysan insurgé makhnoviste d’Ukraine et les collectivités agricoles d’Aragon, l’auteur entreprend l’analyse de la pratique des communautés zapatistes et en offre une utile synthèse.

Avant une nouvelle édition actualisée, en accord avec l’auteur et les éditions Rue des Cascades,
nous publions ici la deuxième partie du texte d’origine.

II. La naissance des Caracoles

Neuf ans durant, les zapatistes ont conduit leur expérience d’autogouvernement, à travers un lent et tâtonnant processus de maturation de ce qui avait été inauguré dès 1994. Des communes autonomes aux Caracoles et aux conseils de bon gouvernement (Juntas de Buen Gobierno), le chemin parcouru peut être compris comme la construction d’espaces de dialogue et de discussion dans le but de lutter collectivement contre le système dominant. Depuis 1994, l’EZLN a encouragé le dialogue au sein des communautés zapatistes et entre elles, par le truchement des communes autonomes. En ce qui concerne le reste du pays et du monde, les zapatistes ont organisé de nombreuses tentatives de rencontre : la Convention nationale démocratique, en 1994 ; les Dialogues de San Andrés, en 1996 ; les Rencontres pour l’humanité et contre le néolibéralisme, dont la première eut lieu en territoire zapatiste ; diverses consultations et des marches (la Marche de la couleur de la terre, en 2001).

Sur le plan de l’autonomie, les Dialogues de San Andrés constituèrent, à n’en pas douter, un moment décisif dans lequel les peuples indiens du Mexique sont parvenus à se faire entendre à l’échelle nationale. Produit des pressions exercées au Mexique et au niveau international sur le gouvernement d’Ernesto Zedillo, ces pourparlers montrèrent clairement la nécessité de liquider l’une des dettes historiques contractées par la nation mexicaine envers les peuples originels : ni plus ni moins que la reconnaissance des peuples indiens comme partie intégrante du projet national mexicain. Ces Dialogues constituent l’exemple le plus remarquable des répercussions de la lutte zapatiste sur la réalité mexicaine, tout spécialement sur le plan de la culture et de l’organisation politiques [1].

Résultat de ces Dialogues, les Accords de San Andrés et la proposition de loi sur les droits et la culture indigènes constituent le principal engagement obtenu par les acteurs politiques et sociaux mexicains en ce domaine, qui soutient les pratiques autonomes des communautés indiennes du Mexique et leur apporte une légitimité. Un point central des Accords de San Andrés stipule notamment :

« L’État doit promouvoir la reconnaissance, garantie constitutionnellement, du droit à la libre détermination des peuples indiens […] qui sera exercée dans le cadre constitutionnel d’une autonomie préservant l’unité nationale. Par conséquent, ces peuples pourront décider de la forme de leur gouvernement interne et de la manière de s’organiser sur le plan politique, social, économique et culturel. Le cadre constitutionnel de cette autonomie permettra de réaliser effectivement leurs droits sociaux, économiques, culturels et politiques dans le respect de leur identité. » (Gouvernement fédéral et EZLN, 1996 [2].)

Autres lieux essentiels de la construction de l’autonomie, les Aguascalientes avaient été conçus comme points de rencontre des communautés et des « sociétés civiles ». Un échange permanent y a eu lieu, qui contribua à éviter l’isolement de la lutte zapatiste et permit de fournir une aide matérielle et politique substantielle à un tel processus d’organisation autonome.

Entre 1996 et 2000, le gouvernement de Zedillo se refusant à admettre les accords signés à San Andrés, on assiste à une longue période de résistance et de consolidation des communes autonomes. La victoire de Vicente Fox à l’élection présidentielle de 2000 et les promesses faites lors de sa campagne électorale firent envisager la possibilité de renouer avec le dialogue et de s’appuyer sur ces accords concernant l’ensemble du pays pour faire aboutir les exigences de l’EZLN. Un mince espoir qui fut frustré par l’attitude des pouvoirs publics fédéraux : le cabinet présidentiel et le Parlement, vite suivis par le Tribunal supérieur de justice, firent la sourde oreille à la volonté d’une majorité qui s’était prononcée sur la proposition de loi sur les droits et la culture indigènes, élaborée par la Commission de concorde et de pacification du Parlement mexicain (la Cocopa) et présentée au Congrès par Fox en personne [3] ! En avril 2001, c’est une Loi indigène très différente de ce qui avait été accordé à San Andrés qui s’impose et l’EZLN, rompant immédiatement tout contact avec le gouvernement, se déclare « en résistance et en rébellion ».

C’est dans de telles circonstances que le Commandement général de l’EZLN annonce, en juillet 2003, la naissance des Caracoles et des conseils de bon gouvernement, qui manifestent un « stade supérieur d’organisation » autonome. Les Caracoles (les « Escargots ») sont les sièges des conseils de bon gouvernement, nouveaux organes de coordination régionale et nouveaux lieux de rencontre des communautés zapatistes et de la société civile mexicaine et internationale. Comme les communes rebelles, « un ou deux délégués de chaque conseil autonome » sont membres des conseils de bon gouvernement, de sorte qu’un lien direct avec les communautés est préservé.

Selon un diagnostic établi par la direction de l’EZLN, ces nouvelles instances auront à résoudre les problèmes qui ont surgi au fil de la construction de l’autonomie.

En premier lieu, l’expansion de l’autonomie exige une coordination régionale. Attendu que les communes autonomes regroupent des communautés et mini-régions, les cinq conseils de bon gouvernement créés recouvrent des régions plus étendues et renforcent la portée de l’organisation autonome – qu’il s’agisse d’améliorer les conditions de vie, les tâches productives, la lutte politique ou les échanges, une coordination régionale contribuera à atteindre les objectifs proposés.

Une autre raison d’envisager une coordination régionale est le déséquilibre introduit par la solidarité de l’extérieur. En effet, les conditions de communication et la guerre larvée ont fait que le soutien de l’extérieur (du Mexique ou d’autres pays) a tendu à se concentrer dans les communautés et dans les régions auxquelles on accède le plus facilement. Afin de corriger une telle situation, en grande partie fortuite, les conseils de bon gouvernement devront appliquer trois types de mesures :

Dégager, compte tenu des demandes des communautés et des communes autonomes, les priorités de soutien à recevoir de la société civile, au niveau géographique comme en matière de types de projet à développer ;

Recenser les projets, les personnes, les communautés, les coopératives et les sociétés de production ou de commercialisation qui font réellement partie de la lutte zapatiste, afin d’éviter toute fraude ;

Percevoir « l’impôt frère », ce qui signifie que toute communauté recevant une aide est tenue de verser 10 pour cent de celle-ci au conseil de bon gouvernement dont elle est tributaire, pour que ce conseil puisse subvenir aux besoins d’autres communautés.

Ces dispositions ont pour but de résoudre les inégalités apparues entre communautés, tout en appliquant des mesures de justice sociale manifestant une volonté de respecter la maxime zapatiste « Pour tous, tout ». De même, elles dénotent un changement important dans les relations des zapatistes avec la société civile, qui tend à surmonter ce que le sous-commandant insurgé Marcos a surnommé « le syndrome de Cendrillon » [4]. La création d’une instance connaissant les besoins des communautés d’une région étendue devrait permettre une coopération plus efficace avec la société civile.

En second lieu, en créant les Caracoles et les conseils de bon gouvernement, l’EZLN renforce son indépendance vis-à-vis de toute activité gouvernementale, déclarant catégoriquement que désormais elle n’interviendrait plus dans tout ce qui relève du gouvernement [5]. Étant donné qu’elles prennent en charge la coordination de tout ce qui concerne les questions d’ordre économique et social et la justice, ces instances autonomes devront consolider l’autogouvernement, son rôle tampon face à la contre-insurrection et, surtout, leur capacité de résolution pacifique des conflits entre communautés.

Pour l’EZLN, cette prise de distance est la conséquence logique de sa stratégie de ne pas chercher à s’emparer du pouvoir :

«  […] étant donné que l’EZLN, en vertu de ses principes, ne lutte pas pour la prise du pouvoir, aucun des chefs et gradés militaires ou membres du Comité clandestin révolutionnaire indigène ne peut occuper une charge d’autorité dans une communauté ou dans une commune autonome. Ceux qui souhaitent participer aux gouvernements autonomes doivent renoncer définitivement à tout rôle organisateur au sein de l’EZLN. » (Sous-commandant insurgé Marcos, La Treizième Stèle, cinquième partie.)

Les nouvelles instances autonomes représentent également un effort visant à améliorer les relations avec les communautés non zapatistes, notamment en ce qui concerne la résolution de conflits (presque toujours liés à l’usage fait de la terre et des ressources) et l’application de la justice. En l’absence d’une coordination régionale, les plaintes et demandes effectuées par des communautés, des individus ou des organismes de défense des droits humains ne pouvaient s’adresser à aucun interlocuteur reconnu par les communautés en résistance ou par l’EZLN. Désormais, ce sont les conseils de bon gouvernement qui répondront à ces demandes et se chargeront de résoudre tout différend.

Outre les fonctions déjà évoquées, remarquons que la gestion des relations « politiques » avec l’extérieur (la participation à toutes sortes de manifestations hors des communautés) sera partagée par les conseils de bon gouvernement et par le commandement de l’EZLN. De même, les fonctions concernant « l’application de la justice, la santé au sein de la communauté, l’éducation, le logement, la terre, le travail, l’alimentation, le commerce, l’information et la culture, la circulation au niveau local » continueront de relever de la compétence des communes rebelles.

La création des Caracoles et des conseils de bon gouvernement n’entraîne donc pas une centralisation des pouvoirs – ou, ce qui revient au même, que les communautés voient leur échapper le pouvoir de décision –, car les communes conservent le contrôle des activités essentielles de la vie de la communauté et les communautés continuent d’être le lieu où est discutée et approuvée toute initiative. Il s’agit au fond d’améliorer les relations entre les communautés d’une région ainsi que l’interaction des communautés zapatistes et de la société civile mexicaine et internationale. À l’instar des conseils autonomes, les conseils sont mandatés par les communautés et soumis aux mêmes mécanismes de contrôle.

La vue d’ensemble de cette nouvelle étape d’organisation que nous donnent les zapatistes est celle d’un dialogue permanent et à différents niveaux :

«  […] le caracol représente le fait de pénétrer dans le cœur, qui est le nom que les tout premiers donnaient à la connaissance. Et ils racontent qu’ils disent qu’ils disaient que le caracol représente aussi le fait de sortir du cœur pour aller de par le monde, qui est le nom que les tout premiers donnaient à la vie. Mais pas seulement, ils racontent qu’ils disent qu’ils disaient qu’avec le caracol on appelait les autres pour que la parole aille des uns aux autres et que naisse l’accord. Et ils racontent qu’ils disent qu’ils disaient que le caracol aidait les oreilles à entendre même la parole la plus éloignée. » (Sous-commandant insurgé Marcos, La Treizième Stèle, première partie [6].)

Lors de l’annonce de la création des Caracoles, outre les changements dans l’organisation des pouvoirs autonomes, la direction zapatiste proposa une série d’initiatives dans le but d’amplifier la résistance au néolibéralisme, notamment le Plan La Realidad-Tijuana. Celui-ci, qui « voudrait relier toutes les résistances dans notre pays et, avec elles, reconstruire d’en bas la nation mexicaine », repose sur l’unité d’action et sur le respect de la différence et appelle à promouvoir l’autonomie, l’autogestion et la rébellion, dans l’ensemble du Mexique. Ledit plan reprend des revendications au niveau national telles que le droit à la terre, le droit au travail et à un salaire digne, le droit au logement, à la santé, à l’alimentation, à l’habillement et à l’éducation, et prône le respect de la dignité des femmes, des enfants et des personnes âgées. Les zapatistes ont effectué un premier pas en ce sens, en envoyant des messages aux participants des mobilisations de Cancun contre l’OMC, l’Organisation mondiale du commerce. Fin 2003, une autre convergence de nombreux acteurs s’est produite dans le cadre du refus de la privatisation du secteur énergétique mexicain et de l’exigence d’une réorientation de la politique sociale.

À ce stade, il nous semble très important de noter que tout ce qui précède ne signifie pas que le développement de l’autonomie s’effectuerait sans limites ou contradictions. Nous avons choisi de décrire dans un premier temps les formes que ce processus d’organisation autonome a adoptées de 1994 à 2003. Cependant, et comme les zapatistes eux-mêmes le signalent, la construction d’un « monde où aient leur place plusieurs mondes » vient de faire ses premiers pas, sur un chemin encombré d’écueils et de grandes difficultés. Une construction qui se trouve confrontée entre autres obstacles aux agressions et à la pression des administrations locales et du gouvernement fédéral, à la poursuite de la politique de contre-insurrection (même si en 2000 le PRI a perdu le gouvernement du Chiapas), ainsi qu’aux rencontres comme aux rendez-vous manqués avec les organisations sociales et politiques. Autant de facteurs qui ont considérablement freiné la mise en place de l’autonomie.

En de nombreuses occasions, la guerre faite aux communautés en résistance a jeté bas ce que l’on avait eu tant de mal à construire. Cependant, l’organisation autonome chiapanèque a fait preuve d’une ténacité sans pareille dans l’histoire récente du Mexique. Qu’il suffise de mentionner la construction de cinq nouveaux Aguascalientes – Oventik, La Realidad, La Garrucha, Roberto Barrios et Morelia – en réponse à l’occupation et à la destruction par l’armée fédérale de Guadalupe Tepeyac, le premier Aguascalientes, ou la nouvelle occupation de la mairie de San Andrés, après que les priistes avaient tenté de s’emparer de ce lieu hautement symbolique pour la lutte zapatiste. Et même là où pèse sur les habitants la menace permanente de la répression, ce qui les contraint à une mobilité constante, comme c’est le cas dans la Commune rebelle Ricardo Flores Magón, les autorités autonomes continuent leur labeur et poursuivent la construction de l’autonomie.

Les relations qu’a entretenues l’EZLN avec les forces politiques (notamment avec le PRD, le Parti de la révolution démocratique, formation sociale-démocrate qui gouverne la capitale mexicaine) et avec les organisations sociales n’ont pas été sans gêner la bonne marche de la construction de l’autonomie. Quand la stratégie zapatiste s’efforçait encore de trouver une issue politique à la guerre, une grande part de l’énergie des communautés fut consacrée à des démarches sans liens directs avec la vie à l’intérieur de celles-ci. En maintes occasions, en effet, les zapatistes ont tenté de créer des instances de dialogue et de lutte unitaires à l’échelle nationale, sans pouvoir dépasser un premier stade embryonnaire. C’est pourquoi, à partir de 1997-1998, la consolidation de l’organisation autonome revient au centre de la résistance zapatiste, tandis que le dialogue vers l’extérieur se borne à avoir comme interlocuteur prioritaire les « sociétés civiles ».

Il est possible de résumer cette présentation des éléments que nous considérons essentiels dans ce développement de l’autonomie au sein des communautés zapatistes du Chiapas en précisant que l’importance de l’autonomie réside en ceci qu’elle est le complément indissociable de la pensée zapatiste, une pensée dont le caractère innovateur a rendu difficile la compréhension. Le fait est que les arguments contradictoires les plus fréquemment opposés à la lutte menée par les zapatistes concernent la nécessité de combattre, ici et maintenant, les manifestations du pouvoir, considérant que les aspirations zapatistes sont « irréalisables ». Face à un tel scepticisme, nous constatons que cette autonomie crée quotidiennement les bases pour un tel « monde où aient leur place plusieurs mondes ». La lutte contre la domination est en marche, elle avance au rythme de la construction des pouvoirs autonomes. Le développement de l’autogouvernement montre que les propositions zapatistes ne sont pas des idées « pour un lointain avenir », suspendues à un changement déjà opéré de la société. Ce sont des propositions d’une transformation à long terme, mais dont la réalisation est enracinée dans notre présent, dans la vie et dans le combat quotidien des communautés en résistance.

(À suivre)

Raúl Ornelas Bernal
Traduit de l’espagnol (Mexique) par Ángel Caído.

L’Autonomie, axe de la résistance zapatiste
suivi de L’Autre Campagne : hypothèse plébéienne,
éditions Rue des Cascades,
« Les livres de la jungle », Paris, 2007.

Notes

[1Cf. Hernández et Vera, Acuerdos de San Andrés, 1998.

[2Acuerdos sobre Derechos y Cultura Indígenas (Accords sur les droits et la culture indigènes), Document 1. Déclaration commune que le gouvernement fédéral et l’EZLN avaient envoyée aux instances nationales de débats et de décision, le 16 février 1996.

[3Cf. Ceceña, 2002a.

[4Pour donner un échantillon des difficultés et contradictions qu’implique la construction d’un « monde où aient leur place plusieurs mondes », qu’il nous soit permis de citer in extenso l’explication d’un tel syndrome de Cendrillon : «  […] parallèlement à la création et au fonctionnement de ces lieux de rencontre que furent les Aguascalientes, certains secteurs de la société civile ont entretenu ce que nous, nous appelons le “syndrome de Cendrillon”.
« Dans mon coffre à souvenirs, je pioche des extraits d’une lettre que j’ai écrite il y a plus de neuf ans : “Nous ne leur reprochons rien
[aux membres de la société civile qui viennent dans les communautés], nous savons qu’ils prennent beaucoup de risques en venant nous voir et en apportant leur aide aux civils d’ici. Ce ne sont pas nos propres manques qui nous affligent, c’est de voir chez d’autres ce que les autres ne voient pas : la même carence de liberté et de démocratie, le même manque de justice. […] Des quelques bénéfices que nous ayons retirés de cette guerre, j’ai conservé un échantillon de cette aide humanitaire aux indigènes chiapanèques, qui nous est parvenu il y a quelques semaines : une chaussure à talon aiguille, de couleur rose, d’importation, taille 40… sans la seconde pour faire la paire. Je l’emporte toujours dans mon sac à dos, pour me rappeler, entre interviews, reportages photo et sex-appeal, ce que nous représentons pour ce pays après le 1er janvier : une Cendrillon. […] À ces bonnes gens qui nous envoient en toute sincérité une chaussure rose à talon aiguille, taille 40, d’importation, dépareillée, en pensant que pauvres comme nous le sommes nous accepterions n’importe quoi, charité et aumône, comment leur dire à toutes ces bonnes gens que non, nous ne voulons pas continuer à vivre en ces lieux qui sont la honte du Mexique ? Dans ces contrées qu’on voudrait maquiller pour qu’elles n’enlaidissent pas le reste. Non, nous ne voulons plus continuer à vivre dans de telles conditions.”
« C’était en avril 1994. À l’époque, nous pensions que c’était une question de temps, que les gens allaient comprendre que les indigènes zapatistes étaient des être dignes qui ne demandaient pas l’aumône mais le respect. L’autre chaussure rose n’est jamais arrivée, la paire continue d’être incomplète, tandis que dans les
Aguascalientes s’accumulent des ordinateurs qui ne servent plus, des médicaments périmés, des vêtements extravagants (pour nous) ne pouvant même pas servir pour des pièces de théâtre (“señas”, comme on les appelle ici) et, mais oui, encore des chaussures dépareillées. Il continue de nous arriver des choses semblables, comme si les gens se disaient : “Les pauvres, ils manquent de tout, ça leur servira sûrement à quelque chose et moi, ça m’encombre.”
« Cela ne s’arrête pas là. Il existe une aumône plus courante. C’est celle que pratiquent certains organismes internationaux et ONG. Elle consiste grosso modo à décider ce dont ont besoin les communautés et, sans même les consulter, à leur imposer certains projets, ainsi que les délais et la forme dans laquelle ils sont réalisés. Imaginez le désespoir d’une communauté qui a besoin d’eau potable et à laquelle on refile une bibliothèque, ou celle qui a besoin d’une école primaire et à qui on donne un cours sur les plantes médicinales. »
(La Treizième Stèle, deuxième partie.)

[5« En ma qualité de chef d’état-major des troupes zapatistes, je vous communique que, désormais, les conseils autonomes ne pourront recourir aux forces de miliciens pour remplir leurs tâches gouvernementales. Ils devront donc s’efforcer de faire ce que tout bon gouvernement doit faire, c’est-à-dire faire usage de la raison et non de la force pour gouverner. Les armées doivent servir à se défendre, non à gouverner. Le travail d’une armée n’est pas de faire la police ou d’être une agence du ministère public. Par conséquent, et comme il le sera communiqué par nos commandants, tous les barrages et postes de contrôle que nos forces maintenaient sur les chemins et sur les routes, sous mandat des autorités autonomes, seront retirés, de même que le prélèvement d’impôts aux particuliers. » (Sous-commandant insurgé Marcos, 2003b.)

[6« Il découle de ce que dit le sous-commandant Marcos sur l’organisation des Caracoles qu’ils correspondent à la connaissance de ce qui est intérieur et de ce qui est extérieur, à la vision de qui non seulement se regarde, mais regarde l’autre ; de celui qui s’encourage et encourage les autres – aussi loin qu’ils se trouvent et aussi endormis qu’ils puissent être dans leurs fuites et dans leurs songes – à participer à des actions toujours plus efficaces pour atteindre les objectifs voulus. » (González Casanova, 2003.)

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