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La banque Bilbao Vizcaya-Bancomer et les peuples indigènes

lundi 30 mai 2005, par Enlace Civil

Mexico DF, le 24 mai 2005.

À l’opinion publique nationale et internationale,
Aux moyens de communication,

La Banque Bilbao Vizcaya-Bancomer endosse l’armure, dégaine l’épée et cherche à revivre la conquête des peuples indiens.

Le 19 mai de cette année, l’association Enlace Civil AC, dont le siège est à San Cristóbal de las Casas, Chiapas, Mexique, a reçu la notification révoltante, à travers Adulfo Ruiz Hernández, gérant juridique régional de la Banque Bilbao Vizcaya-Bancomer et les Drs Armando Mentoya y Fernando López Bautista, du cabinet public numéro 41, de devoir fermer ses comptes dans cette institution dans un délai maximum de 31 jours.

Lorsqu’il lui fut demandé de fournir une explication, le gérant régional de la banque refusa de répondre, se bornant à dire que la banque « devait se protéger du blanchiment d’argent, et que lui ne faisait que recevoir des indications sur ce qu’il devait faire », ajoutant que « toutes les banques faisaient pareil ». Il y a un mois la même banque, il est vrai, a fait de même avec l’Organisation pour la santé indigène maya de l’État du Chiapas, l’OSIMECH, organisation civile chargée de la formation de promoteurs de santé dans les communautés indigènes des Altos de Chiapas : sans raison ni aucune explication, on leur a dit qu’ils devaient fermer leurs comptes.

Enlace Civil est une association qui travaille, sans aucun but lucratif, à soutenir les communautés zapatistes dans leurs projets de production, d’éducation, de santé. Ses activités sont totalement légales et transparentes, elle est dûment inscrite et de plus enregistrée au ministère des Finances, qui d’ailleurs ne lui a jamais octroyé d’exonération d’impôts sur les dons reçus. Elle est donc soumise à un examen rigoureux et permanent de la part des autorités politiques et financières du pays. Toute l’aide économique qu’elle reçoit est directement destinée aux Conseils de bon gouvernement zapatistes, pour aider à la construction pacifique d’améliorations matérielles pour les communautés indigènes toujours oubliées. Parmi ses donateurs on trouve le gouvernement basque, l’ambassade de Finlande, des municipalités italiennes, des mairies catalanes, de même que des centaines de petites organisations solidaires, ONG, groupes culturels, sportifs, des hommes et des femmes du Mexique et du monde entier qui font ce que le gouvernement et les partis politiques ne font pas, c’est-à-dire se jumeler avec les communautés indigènes, apprendre de leur sens énorme de la dignité et de la résistance face au puissant et marcher avec elles dans la construction d’un Mexique plus juste et digne, où le racisme, la discrimination et la misère ne soient plus qu’une mauvaise histoire du passé.

Mais il semble que rien de cela n’importe à la Banque Bilbao Vizcaya-Bancomer, qui, par son attitude indigne, montre qu’elle n’a pas appris que la conquête et la colonisation des peuples indiens n’a plus cours. Ainsi, ceux qui apparaissent dans les journaux pris dans des affaires judiciaires pour mauvais agissements financiers au Mexique et dans d’autres parties du monde, ceux qui ont bénéficié une fois ou l’autre de complicités avec un gouvernement qui a hypothéqué le bien-être de la majorité, avec des fraudes portant sur des millions mais que l’on appelle légalement sauvetage bancaire, tous ceux-là accusent ceux qui n’ont rien, les communautés indigènes, de faire ce qu’eux-mêmes font. D’ailleurs, avec cette attitude raciste et arrogante, ils sont en train d’accuser de « blanchiment » tous ceux qui contribuent économiquement à la construction d’écoles, de magasins, de cliniques, de systèmes d’eau potable, d’électrification, de bibliothèques, de matériaux pour la construction de logements dignes, de projets agroécologiques. Le voleur pense que tous partagent sa condition. En fin de compte, que leur importe à ces « néoconquistadores » le sort des communautés indigènes, ou de n’importe quel peuple de la planète - n’oublions pas la manière si mesquine avec laquelle cette même banque a contribué au pillage des épargnants argentins il y a quelques années ; l’important pour eux est de manifester bien clairement que ce sont eux qui commandent et que les Indiens, les femmes, les jeunes, les retraités, les travailleurs ne sont rien d’autre qu’une variable facultative pour leurs grandes « affaires ».

Avec cette vile attaque, pièce clé dans la guerre déclarée contre les peuples indiens, la Banque Bilbao Vizcaya-Bancomer participe à la tâche qui consiste à tuer par la faim des milliers de réfugiés indigènes qui recevaient un peu d’aide dans les conditions inhumaines où ils doivent survivre quotidiennement ; à attaquer des milliers d’écoliers qui verront que leurs programmes d’éducation, de vaccination et de contrôle des maladies curables devront être suspendus ; à empêcher des centaines de femmes qui pour la première fois pouvaient accéder à une clinique communautaire pour accoucher ou se soigner dans des conditions médicales respectables ; à harceler des milliers de promoteurs d’éducation et de santé qui, sans recevoir de salaire ni aucun subside, ne pourront plus trouver le matériel d’éducation et de santé qui leur est nécessaire pour accomplir leur travail communautaire ; à provoquer la fermeture de dizaines de pharmacies rurales qui ne seront plus approvisionnées en médicaments fournis gratuitement aux membres des communautés pour tenter de palier les ravages des maladies de la pauvreté ; donc à chercher à exterminer des milliers de communautés qui jour après jour se refusent à vivre dans l’oubli et sans aucun futur.

Ils doivent se sentir fiers les messieurs de Bilbao Viscaya-Bancomer, ils ont fait un pas important dans la croisade que leurs ancêtres ont entreprise il y a plus de cinq cents ans.

Nous appelons tous ceux qui ont soutenu et qui soutiennent la lutte pacifique des communautés indigènes zapatistes pour construire un monde plus juste et digne, toutes celles et tous ceux qui ne peuvent voir qu’avec répulsion cette escalade de la guerre d’extermination contre les peuples indiens, à se prononcer publiquement contre la Banque Bilbao Vizcaya-Bancomer, au Mexique et dans le monde, et à lui faire savoir que la conquête, le racisme, la guerre d’extermination, le mépris pour l’humanité sont des « valeurs » que nous ne sommes pas disposés à continuer de permettre.

Pour Enlace Civil :
Dra. Paulina Fernández, directrice ;
Bárbara Riviello, trésorière ;
Javier Elorriaga, secrétaire.

Pour le Comité Eureka :
Rosario Ibarra de Piedra.

Pour le Fideicomiso
para la salud de los niños indígenas de México :
Ofelia Medina.

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