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Le conseil de bon gouvernement de La Garrucha dénonce agressions, spoliations et vols

vendredi 27 avril 2012, par EZLN

Caracol de résistance « Vers un nouveau lever de soleil »
Conseil de bon gouvernement « Le Chemin du futur »
La Garrucha (Chiapas, Mexique)

24 avril de l’an 2012.

Sœurs et frères du peuple du Mexique,
Sœurs et frères du monde,
Compañeras et compañeros de La Otra Campaña,
Sœurs et frères défenseurs honnêtes des droits humains,
Aux médias alternatifs nationaux et internationaux,

Le conseil de bon gouvernement du Caracol III La Garrucha dénonce à l’opinion publique les faits qui se sont produits du 26 octobre de l’année 2011 à aujourd’hui. Tout cela, dans le village de Nuevo Paraíso, où des gens de l’ejido [1] Pojkol, de Guadalupe Victoria et du hameau de Las Conchitas envahissent nos terres récupérées et causent des dommages à nos compañeros.

Nuevo Paraíso est habité par des compañeros zapatistes. Les problèmes ont commencé le 26 octobre de l’année dernière, quand des habitants de l’ejido Pojkol se sont introduits dans nos plantations de café et ont commencé à récolter notre café. Ils étaient armés et ont tiré plusieurs balles de gros calibre, ils ont causé sur trois hectares des dommages estimés à 1 800 kilos, d’une valeur de 81 000 pesos. Les 18 novembre et 18 décembre 2011, ils ont volé notre champ de maïs collectif, soit quatre hectares qui produisent 100 sontes [2] d’une valeur de 30 000 pesos. Le 9 janvier 2012, les envahisseurs de Pojkol (commune de Chilón) ont commencé à abattre des arbres d’essences rares et jusqu’à présent ils continuent sur nos terres récupérées, qui ont été payées avec le sang des compañeros tombés le 1er janvier 1994. Les responsables de ces injustices sont les dirigeants de l’ejido Pojkol : Miguel Gutiérrez Feliciano, Domingo Gutiérrez Ruiz, Bersain Gutiérrez Gómez, Guillermo Pérez Guillén, Adolfo Ruiz Gutiérrez.

Un autre problème est celui causé par le hameau Las Conchitas, qui est entré sur notre terre récupérée qui appartient au village autonome de Nuevo Paraíso. Là étaient semés 8 hectares de maïs, qui donnent 280 sontes d’une valeur de 56 000 pesos.

Sur ces terres récupérées, nous avons planté cinq hectares de maïs régional et trois hectares collectifs du village, qui donnent 240 sontes et ont une valeur de 72 000 pesos. Ce maïs a été volé par ceux du hameau Las Conchitas et ils sont allés le vendre en différents lieux. Le 31 décembre 2011, ils sont arrivés armés et ont tiré plusieurs balles, et ils ont détruit trois hectares de plants de café collectifs du village, d’où nous récoltons chaque année trente sacs [3] pour une valeur de 81 000 pesos. Le 3 février 2012, ces mêmes personnes ont coupé trois fils de fer barbelés qui servaient pour l’enclos, et tout le bétail s’est échappé. Le 4 avril, ils ont arraché et brûlé tous les piquets, et coupé l’équivalent de huit rouleaux de fil de fer pour une valeur de 6 400 pesos. Ils ont souillé la source où est branché le tuyau qui nous fournit l’eau. Depuis cette époque, ils causent beaucoup de préjudices. Ils jettent des animaux morts et des serviettes hygiéniques usagées dans la source. Ils ont coupé les tuyaux et abattu tous les grands arbres qui protégeaient la source, et à la place, ils ont semé un hectare de maïs. Et ils ont fait la même chose à d’autres points d’eau que nous avons à d’autres endroits. À présent, ils sont en train de faire des démarches auprès du gouvernement pour légaliser à leur nom nos terres récupérées, c’est pour cela qu’ils les ont envahies, parce qu’ils veulent nous les prendre. Nous donnons la liste des dirigeants envahisseurs de Las Conchitas, qui sont de l’organisation ARIC locale : Marcos Gómez Morales, connu comme défenseur des droits humains, Plácido Gómez Morales, Fidelino Gómez Lorenzo, Carmelino Ruiz Guillén, Marcos Morales Gómez, Reynaldo Morales González, assassin connu qui a des antécédents pénaux.

Il se passe la même chose avec les gens de Guadalupe Victoria. Ils ont envahi nos plantations de café le 1er novembre 2011, et ils ont abattu trois hectares de caféiers qui donnent 1 500 kilos de café d’une valeur de 67 500 pesos. Le 17 mars 2012, ils ont détruit un hectare de caféiers qui appartient à la Commune autonome Francisco Villa, et ils l’ont utilisé pour du maïs. Dans cette plantation nous récoltons toujours quinze sacs de café « Pergamino » qui ont une valeur de 40 500 pesos. Le 27 mars, ils ont pénétré dans notre pâturage de six hectares, et l’ont fumigé avec des produits chimiques agricoles. Ce pâturage vaut 15 000 pesos, et il était fermé avec quatorze rouleaux de barbelé. Ce barbelé a été volé par eux, et il coûte 11 200 pesos. En plus, ils ont fumigé un hectare et demi que nous avons de fourrage « Brisanta » qui est une herbe améliorée, et la valeur de ces semences s’élève à 4 000 pesos. Le même jour, sur le chemin principal qu’empruntent les compañeras et compañeros pour aller travailler notre terre récupérée, sont arrivées quatre personnes armées avec du calibre 22 et un pistolet gros calibre, du 38. Ils ont barré le chemin et ils ne voulaient pas que passent nos compañeros et compañeras. Les noms des personnes armées de Guadalupe Victoria sont : Marcos Hernández Morales, Miguel Centeno Gutiérrez, Antonio Gómez Peñate, et José Peñate.

Le 22 avril de cette année sont arrivés 119 militants de l’ORCAO dans seize camionnettes sur le lieu du terrain récupéré, à présent envahi et endommagé, et ils ont fait des plans pour une autre invasion dont la tête serait le dirigeant Antonio Juárez Cruz, et José Pérez, José Peñate Gómez, Pedro López García, Miguel Centeno Gutiérrez, Manuel Hernández Méndez, Marcos Hernández Morales, Domingo Hernández Morales, José Alfredo Peñate Gómez et Juan Gómez Ruiz. Ils sont en train de faire des relevés de la terre récupérée, qui appartient à nos compañeros bases de soutien de l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), et à intervalles rapprochés arrivent ceux de la police préventive de l’État, à l’ejido Guadalupe Victoria, pour provoquer nos compañeros bases de soutien.

Les dirigeants de l’ARIC historique sont : Marcelo Jiménez Pérez, président général de l’organisation, Julio Toledo Córdova, commission agraire, Javier Toledo Córdova. Ce sont là les personnes qui soutiennent les envahisseurs de Las Conchitas.

Nous exigeons du gouvernement qu’il retire ses gens, ceux qu’il a organisés dans les lieux mentionnés, parce qu’ils commettent beaucoup de dégâts. Ça suffit, monsieur l’intendant Calderón, monsieur le contremaître Sabines, monsieur le chef d’équipe Arturo Zúñiga, car ce sont là les postes que leur ont donnés leurs maîtres pour nous faire du mal. Ce sont eux les responsables de ce qui arrive sur notre territoire zapatiste. Comment ? Ça ne vous suffit pas de voir couler le sang des plus de cinquante mille morts que vous avez assassinés avec vos forces policières et militaires dans tout le Mexique ?

Ces personnes sont organisées dans les trois niveaux de mauvais gouvernement, celui de la Fédération, celui de l’État et celui de la commune. Et maintenant, où est cette paix dont ils parlent tant ? La paix dont ils parlent, c’est quand ils organisent des gens armés pour provoquer nos bases de soutien. Où est la justice, dont nous rebattent les oreilles ce taré de Calderón, et Juan Sabines Guerrero, et Arturo Zúñiga ? Leur slogan, c’est « des faits, pas des paroles », eh bien tout ce que nous dénonçons, ce sont des faits accomplis, pas seulement des paroles. La paix qu’ils disent faire régner dans l’État consiste à nous dépouiller de nos terres, qui ont déjà été payées avec le sang de nos compañeros tombés depuis le 1er janvier 1994. La mort, nous ne la voulons pas, mais nous disons clairement aux mauvais gouvernements que s’ils ne nous respectent pas, nous ne les respecterons pas non plus, c’est-à-dire que s’ils veulent que nous repartions comme au point de départ, ils l’auront. Ça suffit, toutes vos spoliations de terres, ça suffit, toutes vos conneries, halte aux spoliations de terres. Si vous ne pouvez pas contrôler vos gens, vous, les gouvernants, ôtez-vous de là et arrêtez de voler notre Mexique. Ya basta.

Frères et sœurs du Mexique, compañeras et compañeros du monde, voilà nos dénonciations. Nous serons attentifs et prêts pour ce que veulent les mauvais gouvernements, parce que la terre est à nous, ici sont enterrés nos grands-pères et nos grands-mères, nos mères et nos pères, et ici se trouve le sang versé par nos compañeros et compañeras le 1er janvier 1994 ; ce sang versé, personne ne peut nous le rendre, et s’il faut verser plus de sang encore, nous serons prêts à mourir pour la terre, parce qu’elle est notre mère. Notre mère la terre n’est pas à vendre, c’est notre patrimoine, parce que c’est l’héritage de nos morts, nos courageux, nos guerriers.

Un toit, la terre, du travail, du pain, la santé, l’éducation, l’indépendance, la démocratie, la liberté, la justice, la paix, tels furent nos drapeaux au petit matin de l’année 1994. Telles furent nos demandes dans la longue nuit des cinq cents ans. Telles sont nos exigences.

Qui pourrait supporter ce qui nous arrive sur notre territoire zapatiste ?

Conseil de bon gouvernement « Le Chemin du futur »,
Caracol III, La Garrucha (Chiapas, Mexique).

Bien à vous,
le Conseil de bon gouvernement

La déclaration porte les noms et les signatures de Balentín Mendoza, Abigaíl López, Feliciano Cortes et Salomón Ruiz ;
le cachet du conseil de bon gouvernement figure sur la première page du document original.

Traduit par el Viejo.

Notes

[1Communauté, NdT.

[2Mot utilisé en territoires tzeltal et tojolabal : il s’agit visiblement d’une mesure de poids ou de capacité traditionnelle locale dont on n’a trouvé trace dans aucun dictionnaire papier ni électronique ; la seule occurrence qu’on ait trouvée, dans une étude sur l’agriculture de la région, pourrait laisser entendre qu’un sonte de maïs est voisin d’un quintal. Désolé de ne pouvoir être plus précis (NdT).

[3Il s’agit de très grands sacs, NdT.

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