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Les gardiens de Wirikuta

mardi 18 juin 2013, par Marta Molina

Las Margaritas, San Luis Potosí, Mexique.

Pour le peuple wixárika, Wirituka est un lieu sacré. C’est là que la création trouve son origine. Les Wixaritari s’y rendent chaque année, redessinant le parcours de leurs ancêtres en partant de la forêt de Jalisco, de Nayarit et de la côte où se trouve la déesse de la mer, Aramara. Ils passent par l’endroit où est né Tatevarí, le Grand-Père Feu, et parviennent au désert du haut plateau de San Luis Potosí. Tamatzi Kauyumarie, l’Arrière-Grand-Père Queue de Cerf, vit sur ces terres arides, c’est là aussi que pousse le jícuri, ce cactus d’un vert bleuté.

Dans cette zone, située dans le désert de Coronado, près de Real de Catorce, le gouvernement mexicain a cédé au moins vingt-deux concessions à la compagnie minière canadienne First Majestic Silver Corp par le biais de l’entreprise mexicaine Real Bonanza SA. Cela représente 6 326,58 hectares, dont 70 pour cent se trouvent sur les terres de la réserve de Wirikuta.

De plus, en décembre 2011, une autre entreprise canadienne, Revolution Ressources, a initié un mégaprojet minier nommé Proyecto Universo, à côté duquel le projet de First Majestic est peu de chose. Ce projet consisterait à exploiter les ressources minières sur 59 678 hectares de la réserve naturelle de Wirituka, ce qui représente plus de 40 pour cent de la superficie totale de ce lieu sacré pour les Wixaritari. Quatre de ces concessions minières actives se trouvent dans la zone d’El Bernalejo — dépendant de la commune de Las Margaritas — et il est question d’une exploitation à ciel ouvert.

C’est à El Bernalejo que les offrandes sont faites et que l’on effectue la cueillette du jícuri. C’est la demeure du Cerf Kauyumarie. Ce cactus contient la bibliothèque vivante du savoir wixárika. Depuis des milliers d’années, cette plante associée à la sagesse a été la gardienne d’un peuple qui parle avec le feu, le vent, l’eau et la terre, et qui assume par là même la responsabilité de son message sur le soin qu’il convient d’apporter à l’équilibre de la nature, transmettant à notre monde les leçons d’un monde ancien.

Cela a été son rôle pendant des milliers d’années. À présent, ce rôle est plus important que jamais à cause de la menace des mégaprojets, en majorité issus de compagnies minières transnationales qui n’ont que faire de la destruction d’une culture millénaire. Pour cette raison, l’année dernière, les êtres sages, maraka’ate, et tout le peuple wixárika ont consulté les dieux les plus anciens, et ils leur ont demandé ce qu’il fallait faire face à cette menace envers l’équilibre du monde. Et les dieux ont parlé.

Le 7 février 2012, le maraka’ame Eusebio de la Cruz a rapporté les paroles des divinités qui sont apparues au fil du chant nocturne qui s’est tenu au Cerro Quemado (Ojarasca, février et mars 2012). Les paroles ont été entendues à travers Tamatzi Kauyumarie, porte-voix des esprits sacrés. Les esprits demandaient que, par le biais de Tamatzi Eakateiwari (la divinité de l’air), l’on s’unisse avec tous les éléments sacrés pour que rien ne change dans leurs lieux de cérémonies, et que les tzaurixites (les sages) de tous les points cardinaux et tous les maraka’ate s’unissent pour aider à donner le jour à « notre univers, à notre mère la terre ».

Les lieux sacrés associés aux différentes divinités ont été créés à partir des quatre éléments de l’univers, lesquels sont liés aux quatre points cardinaux et aux lieux des cérémonies. C’est de cela dont dépend l’existence des divinités, qui forme l’équilibre de la nature. C’est pour cette raison que les peuples wixárika doivent répondre au commandement suivant : « Il est demandé à ceux qui s’élèvent contre leur créateur de laisser en paix les lieux sacrés. »

La destruction de Wirituka — fondement matériel et culturel de l’identité wixárika — entraînerait la fin de ce peuple millénaire, gardien du secret de la fleur du cactus, de l’équilibre de la nature et de l’éveil du monde. Accéder à la fleur située au cœur du Cerf bleu, c’est accéder aux archives du cosmos, qui sont fortes de cette vibration qui est à la source de ce qui a eu lieu à Wirikuta.

Ce peuple indigène méso-américain est un trésor culturel vivant qui a conservé son savoir en dépit des épreuves et continue de le transmettre aujourd’hui. Son message essentiel, c’est que la nature est vivante et contient un système de régulation des corps. Wirikuta est une matrice de vie, un espace où se tisse et se maintient la vie de la planète.

Maintenant que Wirituka est menacé par les intérêts économiques des compagnies minières transnationales, les Wixaritari répondent en tant que détenteurs du trésor de cette fleur du désert qu’ils connaissent depuis des temps immémoriaux en voyageant, en chantant, en récitant des incantations, en perpétuant leurs cérémonies avec une intensité décuplée. Ils sont les gardiens d’informations nécessaires à l’équilibre naturel du monde.

Marta Molina
Ojarasca, juin 2013.

Traduit par M.L.

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