la voie du jaguar
informations et correspondance pour l’autonomie individuelle et collective

Accueil > essais et documents > appels et déclarations > Rebeldía Zapatista La parole de l’EZLN

Rebeldía Zapatista
La parole de l’EZLN

samedi 22 mars 2014, par SCI Moisés

Éditorial

Nous sommes les femmes et les hommes zapatistes, rebelles en notre propre patrie, le Mexique, parce que nous sommes menacés de destruction, au même titre notre terre-mère, menacés sous terre et sur nos terres par les personnes mauvaises riches et par les mauvais gouvernants qui ne pensent qu’à convertir tout ce qu’ils voient en marchandises pour leur seul profit : ce sont les capitalistes néolibéraux.

Ils veulent posséder tout.

Ce sont des destructeurs, des assassins, des criminels, des violeurs. Ils sont cruels et inhumains ; ce sont des tortionnaires ; ils font disparaître les gens ; ce sont des corrompus qui concentrent tout ce que l’on peut imaginer de pire. Ils sont comme ça, ils n’ont rien à faire de l’humanité. Ils sont plutôt antihumains.

Ils ne sont qu’une poignée, mais qui décide de tout ; ils décident de comment dominer les pays qui se laissent dominer : ils ont fait des pays sous-développés leur chasse gardée, leur propriété privée, et ont fait des gouvernements capitalistes sous-développés de simples contremaîtres à leur service.

C’est le cas chez nous, au Mexique. Le patron, ce sont les néolibéraux sans frontières ; leur hacienda s’appelle le Mexique ; leur contremaître de service aujourd’hui s’appelle Enrique Peña Nieto ; leurs majordomes, ce sont Manuel Velasco, au Chiapas, et tous les autres gouverneurs, comme on les appelle, de chacun des États mexicains ; leurs capitaines, ce sont les mal nommés « présidents municipaux » (maires) et autres autorités municipales.

C’est contre une telle situation, contre ce système, que nous nous sommes insurgés à l’aube du 1er janvier 1994.

Cela fait maintenant trente ans que nous construisons et mettons en pratique notre idée d’une vie meilleure, à la vue de tout le monde : le peuple mexicain et le monde entier peuvent venir voir par eux-mêmes ce qu’il en est. Humblement mais sagement, différents peuples réunis, des dizaines de milliers de femmes et d’hommes décident et choisissent comment se gouverner de façon autonome.

Nous ne cachons rien de ce que nous faisons, des buts que nous poursuivons, de ce que nous voulons ; tout est visible, à la vue de tous.

Il n’en est pas de même avec les mauvais gouvernants, à savoir, les trois mauvais pouvoirs [1] : le système capitaliste, lui, fait tout en cachette, derrière le dos du peuple.

Nous, nous partageons avec les compañeros et les compañeras du Mexique et du monde notre humble façon d’envisager ce monde nouveau que nous imaginons et désirons ardemment.

C’est pour cette raison que nous avons décidé, après réflexion, de créer la petite école zapatiste.

Un lieu où il est question de la liberté et de la construction d’un monde nouveau différent de celui dans lequel nous maintiennent les capitalistes néolibéraux.

Et ensuite, chez nous, c’est le peuple qui en discute, la base directement et non pas uniquement ses représentants. Ce sont les communautés qui disent si tout va bien ou si l’organisation actuelle leur convient, et non leurs représentants. En d’autres termes, c’est la base qui vérifie si les choses se passent comme le disent ses représentants.

Compañeros de la ville et de la campagne, vous méritez de partager tout cela avec nous tous, parce que c’est nous tous ensemble qui devons penser à comment doit être ce monde nouveau que nous voulons et non pas seulement nos représentants ou des dirigeants. Ce n’est pas à eux de le penser et de le dire et encore moins de nous dire si c’est bien ou non la manière dont tout est organisé. C’est au peuple, à la base, d’en juger.

Alors, à vous de dire si c’est utile pour vous d’avoir participé à la petite école zapatiste.

Comme vous le verrez en lisant les textes publiés dans ce numéro de Rebeldía Zapatista, notre revue, cela a servi à ce que des personnes bonnes aux Mexique et dans le monde connaissent nos compañeros et compañeras des bases de soutien, parce que aucun gouvernement, au Mexique même, ne veut reconnaître l’existence des indigènes. Ils ne se souviennent d’eux qu’en période d’élections, comme s’ils n’étaient que des bulletins de vote.

C’est seulement en s’organisant comme ils l’ont fait, avec leur lutte, qu’ils ont pu se défendre pendant trente ans.

Ils font tout ce qui est possible, réalisent l’impossible, et ils l’ont largement démontré tout au long de ces trente ans d’existence. C’est ce qu’ils partagent et communiquent ici.

Avec cette petite école, nous avons fait en sorte que la parole de nos compañeras et de nos compañeros des bases de soutien zapatiste voyage beaucoup plus loin et franchissent des milliers et des milliers de kilomètres, contrairement aux balles de nos fusils à l’aube du mois de janvier 1994. Certaines n’ont parcouru que 50 mètres à peine, d’autres 100 mètres et au mieux certaines ont franchi jusqu’à 300 ou 400 mètres de distance ; les paroles, l’idée de la petite école zapatiste traverse des océans, des frontières et des espaces énormes pour vous rejoindre, compañeras, compañeros.

Nous les indigènes rebelles, nous le savons bien et nous savons qu’il y a d’autres femmes et d’autres hommes rebelles qui sont indigènes et qui savent aussi ce qu’est le capitalisme néolibéral.

Et il y a d’autres frères et sœurs qui sont aussi des rebelles, sans être indigènes, qui peuvent aussi écrire et partager dans cette revue pour faire savoir leur pensée et ce qu’ils pensent du système actuel qui veut détruire la planète Terre. C’est pour cela que nous donnons également la parole, dans ce numéro de notre revue, à des compañeras et à des compañeros anarchistes.

Bien, compañeros de la Sexta, le mieux c’est que ceux qui ont assisté aux discussions et ont pu le voir avec leurs propres yeux et l’entendre avec leurs propres oreilles et en ont été satisfaits se chargent de le communiquer et de l’expliquer à ceux qui ne peuvent pas venir.

Dans ce premier numéro de notre revue, on trouvera retranscrites les paroles et la pensée de nos compañeras et compañeros des bases de soutien zapatistes, des familles, des guardianas et guardianes, des maestras et maestros, qui donnent leur avis sur la petite école où ils partagent leurs points de vue et aussi sur les compañeras et compañeros élèves. Dans les prochaines livraisons, nous publierons l’évaluation recueillie de la bouche des maestros, des votanes, des familles et des coordinateurs de cette petite école dans chacune des zones des cinq Caracoles.

De la même façon que vous avez discuté entre vous ou publié ce que vous avez vécu, vu et entendu dans nos terres zapatistes, vous pourrez lire ici comment l’ont vu et entendu celles et ceux qui ont brandi l’étendard de la RÉBELLION ZAPATISTE.

Sous-commandant insurgé Moisés

Mexique, janvier 2014.
An XX après le début de la guerre contre l’oubli.

Traduit par SWM.

Source du texte d’origine :
Enlace Zapatista

Notes

[1Le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire (NdT).

Messages

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

SPIP | Ouvaton.coop | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0