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Oaxaca

Retour vers San Juan Copala et arrestation de David Venegas

mardi 31 janvier 2012, par VOCAL

À l’Armée zapatiste de libération nationale,
À La Otra Campaña nationale et internationale,
Aux travailleurs et travailleuses de la campagne et de la ville,

La caravane vers San Juan Copala avance, mais le gouvernement de l’État d’Oaxaca abandonne définitivement sa responsabilité de garantir la vie et la sécurité des femmes déplacées qui reviennent en caravane.

Aujourd’hui dimanche 29 janvier 2012, la caravane des déplacé-e-s, membres de la Commune autonome de San Juan Copala, et des organisations solidaires, a vu le jour se lever dans la localité de Yosoyuxi, d’où nous sommes partis dans la matinée vers San Juan Copala.

Encore une fois, un dispositif policier composé de plus de 200 agents anti-émeute nous a barré le passage à trois kilomètres de Yosoyuxi. Au barrage, se sont présentés des fonctionnaires de troisième et quatrième niveau du gouvernement de l’État d’Oaxaca qui n’avaient participé auparavant à aucune des rencontres, plus le secrétaire aux Affaires indigènes Adelfo Regino, qui nous ont informés qu’ils ne permettraient pas le passage de la caravane jusqu’à ce que les déplacé-e-s de la Commune autonome acceptent leur « proposition », à savoir qu’au lieu du retour des déplacés, ceux-ci forment une commission de dix représentants pour qu’ils se présentent à « l’assemblée communautaire » programmée pour ce dimanche à San Juan Copala.

La Commune autonome de San Juan Copala a fait remarquer l’arbitraire du gouvernement, qui exige que les indigènes déplacés renoncent à participer à l’assemblée de leur propre communauté ; mais dans un souci d’avancer vers la solution au conflit, ils accepteraient l’envoi d’une Commission à ladite « assemblée communautaire » précédant leur arrivée, qui serait composée de vingt personnes, à condition que soient garanties les mesures de sécurité, que seuls soient présents des habitants de San Juan Copala et que la zone soit ratissée et contrôlée pour éviter la présence de paramilitaires.

Après plusieurs heures, devant l’incapacité gouvernementale et au nom de la solution rapide au conflit, la Commune autonome de San Juan Copala a accepté que la délégation soit de dix personnes, comme demandé par le gouvernement.

C’est à ce moment-là, quand la commission de fonctionnaires de troisième et quatrième niveau est restée sans argument aucun pour empêcher l’avance de la caravane – qui, se jouant de l’encerclement policier, continuait d’avancer vers Sabanilla – qu’Eréndira Cruz Villegas, par l’intermédiaire de Heriberto Cruz Ponce, a donné l’ordre à la police de l’État d’arrêter avec tout un luxe de violence le compañero Davis Venegas (Alebrije), membre de VOCAL, évacué de l’endroit sous les coups, et dont on ignore jusqu’ici le lieu de détention.

N’ayant plus de prétexte, et avec cette provocation montée pour terroriser la caravane, les autorités se sont retirées en désarticulant leur propre blocus policier illégal, laissant ainsi cent vingt-deux déplacées et près de trente enfants à La Sabana, lieu de grand danger car c’est là que les paramilitaires ont assassiné Bety Cariño et Jyri Jaakkola.

Nous répétons que nous sommes toujours ouverts au dialogue en vue de trouver une solution pacifique qui permette le retour digne des familles déplacées depuis septembre 2010 par les paramilitaires qui finalement ont pris San Juan Copala dans le feu et dans le sang. Nous faisons savoir notre rejet de la violence avec laquelle a été appréhendé le compañero David Venegas, et nous demandons sa libération immédiate et inconditionnelle. Nous rendons le gouvernement de Gabino Cué et le gouvernement fédéral responsables de notre sécurité et de celle du compañero David.

Nous lançons un appel à renforcer immédiatement la caravane du retour des déplacé-e-s, et nous informons que mercredi prochain, 1er février, à 20 heures, partira un autobus du plantón de la Grand-Place à Mexico, pour faire garantir par la société civile la sécurité de la caravane du retour face à l’incapacité du gouvernement de Gabino Cué et à sa complicité avec les assassins paramilitaires.

Demain, nous reprendrons notre route vers San Juan Copala.

Conseil communautaire de la Commune autonome de San Juan Copala
29 janvier 2012.

Communiqué de VOCAL

Oaxaca de Juárez, 29 janvier 2012, 20 heures.

Nous exigeons la présentation de David Venegas Reyes

Environ à 15 h 50 ce dimanche 29 janvier 2012, notre compañero David Venegas Reyes a été arbitrairement arrêté par ordre direct de Jesús Martínez Álvarez, secrétaire général du gouvernement de l’État d’Oaxaca. C’est arrivé pendant qu’avec d’autres compañeras et compañeros il accompagnait la caravane de retour à la Commune autonome de San Juan Copala, à la tête de laquelle se trouvent les femmes déplacées depuis plus d’un an.

Les premières informations de cet après-midi signalent qu’il a été arrêté à environ vingt minutes de San Juan Copala, pour être emmené ensuite hors de la zone où se trouve la caravane des déplacés ; on ne sait vers quelle destination il a été emmené, aussi nous avons commencé la recherche.

À 17 h 50, nous nous sommes présentés à la Procuraduría de Justicia de l’État, plus précisément au bureau appelé Subprocuraduría de averiguaciones previas del Gobierno del Estado de Oaxaca, lieu où on nous a nié l’existence de toute information qui éclairerait sur l’endroit où se trouve notre compañero. Nous nous sommes rendus aussi à Ciudad Huajapán de León, localité proche de la région triqui ; plus tard, nous nous sommes rendus au siège de la Procuraduría de Justicia de l’État situé dans le lotissement expérimental à 19 h 30, et au quartier général du secrétariat à la Sécurité publique d’Oaxaca pour savoir où se trouvait David Venegas Reyes ; à ces endroits non plus, nous n’avons obtenu aucune information.

Il s’ajoute à ces faits que nous avons insisté auprès de diverses instances de droits humains du gouvernement d’Oaxaca, afin qu’elles réalisent les démarches nécessaires à sa localisation ; cette demande nous a été refusée, c’est pourquoi nous dénonçons la disparition forcée de notre compañero David Venegas

Dans ce contexte, nous alertons sur la situation tendue qui existe dans la région en ce moment, car l’entrée des compañeras et compañeros de San Juan Copala dans leur village est encore incertaine.

Ce fait s’ajoute à la campagne débordante pour légitimer l’impunité à Oaxaca, campagne que le gouvernement de Gabino Cué Monteagudo a montée dans les derniers jours pour justifier les agressions contre la Commune autonome de San Juan Copala. Cela démontre que la paix n’arrivera pas dans la région triqui ni l’État d’Oaxaca tant que ce sera le gouvernement lui-même qui affrontera et réprimera les peuples qui luttent seulement pour leur autodétermination, en empêchant le retour à leurs foyers par la force, en proclamant une paix inexistante, alors que dans les faits, c’est le gouvernement lui-même qui rompt les voies de dialogue et de solution à la violence commise contre les habitants de la Commune autonome de San Juan Copala.

Nous rendons directement responsables de cette arrestation et de la disparition de David Venegas Reyes le gouverneur Gabino Cué Monteagudo et Jesús Martínez Álvarez.

Nous exigeons la présentation en vie immédiate de David Venegas Reyes.

Voix oaxaquègnes construisant l’autonomie et la liberté (VOCAL)

29 janvier 2012, 22 h 47.

Nouvelles informations sur le retour à Copala et sur l’arrestation de David Venegas Reyes.

Rassemblement de soutien à l’autonomie de San Juan Copala,
lundi 30 janvier, 17 heures, à la cathédrale.

Le faux discours de paix et de progrès du gouvernement de l’État a mis en évidence, ce 29 janvier, la grossière tentative de distraire l’attention de la violence à laquelle ont été soumis les habitants de la Commune autonome de San Juan Copala, tant par l’arrestation de notre compañero Davis Venegas Reyes que par l’encerclement policier gouvernemental qui a empêché le retour des déplacé-e-s de San Juan Copala. Cela s’inscrit dans une claire offensive contre l’autonomie de San Juan Copala.

David Venegas Reyes a été présenté aux alentours de 20 h 30 dans les installations du quartier général du secrétariat à la Sécurité publique à Santa María Coyotepec, où nous avons su qu’il était accusé de « dommages, agressions et menaces contre des fonctionnaires publics », ainsi que l’ont signalé Eusebio Nicolás Hernández et Cielito Sánchez García, et qu’il a ensuite été transféré aux installations de la Procuraduría de Justicia de l’État, dans ce qu’on appelle la Cité judiciaire, où il est resté jusqu’à présent.

Devant ces faits et la situation critique à laquelle les actions du gouvernement de l’État exécutées ce jour ont mené les compañeras et compañeros de la Commune autonome de San Juan Copala, nous appelons à un rassemblement pour ce lundi 30 janvier, à 17 heures, face à la cathédrale.

VOCAL

Traduit par el Viejo.

P.-S.

David Venegas Reyes, membre du collectif Voix oaxaquègnes construisant l’autonomie et la liberté (VOCAL), a été libéré dans l’après-midi du 31 janvier. Selon l’information fournie par le secteur juridique de la 22e Section [la section locale du Syndicat national des travailleurs de l’éducation, SNTE. NdT], la libération s’est faite sans caution et sans délit à poursuivre ; d’après les explications, il a été libéré après vérification qu’il n’avait commis aucun délit quand il a été arrêté.

Il faut rappeler que l’arrestation de Venegas Reyes s’est faite dans des conditions peu claires, alors qu’il accompagnait les déplacé-e-s qui avaient entamé leur retour vers San Juan Copala. Cela commence à démentir la campagne de lynchage médiatique qu’avaient entreprise les médias oaxaquègnes et le gouvernement de l’État contre ceux qui accompagnent la caravane de retour à Copala.

Sur le site de contre-information Proyecto Ambulante (1er février 2012)

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