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Six zapatistes sont retenus prisonniers par une organisation liée au PRD dans la Selva Lacandona

jeudi 18 octobre 2012, par EZLN

À la société civile nationale et internationale,
Aux compañeras et compañeros de La Otra Campaña nationale et internationale,
Aux compañeras et compañeros de la Zesta internationale,
Aux organismes indépendants de droits humains,
Aux médias alternatifs,
À la presse nationale et internationale,
Aux sœurs et frères du Mexique et du monde,

Le Conseil de bon gouvernement « Vers l’espérance » de cette zone de jungle frontalière, dont le siège est à La Realidad Trinidad, commune autonome rebelle zapatiste San Pedro de Michoacán, dénonce publiquement les provocations répétées contre nos compañeros bases de soutien de l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) de la part des autorités ainsi que des habitants de l’ejido [communauté, NdT] Guadalupe Los Altos, municipalité officielle de Las Margaritas (Chiapas, Mexique), qui font partie de l’organisation CIOAC Historique et militent dans les partis officiels PRD et PAN.

Il se trouve que dans cet ejido vivent des compañeros bases de soutien de l’EZLN qui, parce qu’ils sont zapatistes, ont été provoqués et harcelés par les habitants et les autorités qui ne sont pas zapatistes, à tel point qu’ils ont été emprisonnés à deux reprises. La première fois a été le 30 avril 2000, parce que nos compañeros n’ont pas voulu s’impliquer avec l’ejido dans la clôture d’une partie de terrain qui fournit du gravier de rivière et qui posait problème. Et la seconde fois a été le 7 avril 2010, parce que nos compañeros n’ont pas voulu participer avec l’ejido à la défense d’une propriété qui n’appartenait même pas à l’ejido et qui se trouvait en difficulté.

Récemment, ces harcèlements et provocations ont surgi à nouveau contre nos compañeros le 20 décembre 2011 ; on leur a fait connaître un accord de l’ejido, qui accuse de manquement deux membres de l’ejido de Guadalupe Los Altos partis travailler hors de la communauté, pour n’avoir pas respecté le temps pendant lequel, par accord, ils peuvent rester hors de l’ejido. Or, dans l’ejido, il a été décidé que celui qui ne respecte pas l’accord perd son droit au terrain, c’est pourquoi l’ejido a décidé de reprendre ces deux terrains.

La communauté a décidé que l’un des deux terrains servirait à réinstaller une école officielle (du mauvais gouvernement), ce sur quoi nos compañeros n’ont pas été d’accord ; ils ne se sont pas impliqués, puisqu’en tant que bases de soutien de l’EZLN, ils ne participent à rien qui ait à voir avec le mauvais gouvernement, sans compter que nos compañeros ont leur propre école autonome.

C’est là qu’une partie de la communauté a jugé qu’il n’était pas juste que nos compañeros participent à cela, car cette histoire d’école ne serait d’aucun profit pour eux ; aussi, ils n’ont pas continué à insister pour que nos compañeros s’impliquent là-dedans. Mais il se trouve que le 21 décembre 2011, quand l’ejido s’est organisé pour aller prendre possession du terrain où devait se réimplanter leur école, un frère du titulaire du terrain se trouvait là à ce moment-là avec son épouse, et ils voulaient éviter la prise du terrain ; lui, ils l’ont attaché à un arbre. Cela s’est passé le jour même.

Et sur cette question… le 23 décembre, ils ont arrêté trois autres personnes à cause du même problème.

Une fois que tout cela s’était passé, d’une façon à présent plus exigeante, ils voulaient que nos compañeros s’impliquent là-dedans, en argumentant que c’était un problème de l’ejido. Or c’est quelque chose dont nos six compañeros, dès le début, ne se sont pas mêlés et ne se mêleront pas. Mais ils veulent que nos six compañeros récupèrent huit jours en travail d’ouverture d’un chemin, ce qui, d’après eux, correspond aux jours que la communauté a perdus à garder ceux qu’ils ont faits prisonniers.

Là-dessus, nos compañeros n’étaient pas et ne sont toujours pas d’accord ; en tant que zapatistes, ils ne peuvent pas se mettre à faire des travaux qui soient étrangers à ceux de l’ejido. Pour ce qui est du nettoyage de chemins, de la délimitation de l’ejido, du défrichage de la zone urbaine, qui sont vraiment des travaux de l’ejido, nos compañeros n’ont jamais refusé de les faire. De même que pour des coopérations qui soient au bénéfice de la communauté, nos compañeros ont toujours été à jour, du moment que cela n’avait rien à voir avec des demandes ou projets émanant du mauvais gouvernement.

Mais le 11 septembre de l’année en cours, lors d’une assemblée de l’ejido, les autorités ont fait savoir qu’à cause du problème suscité par le terrain, quelques personnes de l’ejido avaient été dénoncées à la municipalité de Las Margaritas ; celle-ci, pour enquêter davantage sur la plainte, a demandé une coopération de 50 pesos à réunir pour le 30 septembre. Mais quand est arrivée la date fixée, les autorités ont stratégiquement changé de version, disant que les 50 pesos serviraient à acheter des agrafes et du fil de fer pour réparer un hamac, et que le reste servirait à examiner la plainte.

Nos compañeros, sachant que cette coopération était pour examiner quelque chose à quoi ils n’étaient pas mêlés, n’ont pas voulu contribuer, ce pourquoi ce même 30 septembre, vers 8 heures du matin, ont été arrêtés et emmenés en prison cinq de nos compañeros bases de soutien à l’EZLN. Le 4 octobre suivant a été emprisonné un compañero de plus, et jusqu’à aujourd’hui ce groupe de personnes de l’ejido Guadalupe Los Altos, en accord avec leurs autorités qui appartiennent à l’organisation CIOAC Historique, maintiennent privés de liberté nos six compañeros qui sont :

1. César Aguilar Jiménez ;
2. Armando Aguilar Santis ;
3. Genaro Aguilar Santis ;
4. Misael Aguilar Vásquez ;
5. Delmar Aguilar Santis ;
6. Hipólito Aguilar Vásquez.

Jusqu’à présent, nos six compañeros sont toujours privés de leur liberté, et c’est cet acte d’injustice que nous DÉNONÇONS PUBLIQUEMENT, puisque nos compañeros n’ont commis aucun délit et qu’ils n’ont fait aucun mal à personne. C’est pour le fait d’être zapatistes, d’être en résistance contre le mauvais gouvernement qu’ils nous provoquent ; c’est ce que les trois niveaux de gouvernement leur apprennent, ce à quoi ils les entraînent et ce qu’ils demandent d’appliquer contre quiconque s’oppose à leur système capitaliste.

Malheureusement, les personnes de cette communauté ne comprennent pas, n’analysent pas et ne raisonnent pas sur le fait que le mauvais gouvernement ne fait que les utiliser, qu’il profite de leur naïveté pour créer des problèmes entre nous paysans, entre nous indigènes, qu’il les contrôle et donne son accord pour leurs projets insignifiants et leur jette des miettes à condition qu’ils commettent des injustices et provocations comme celles des leurs dans la communauté de Guadalupe Los Altos.

Mais par manque de chance, ces frères et sœurs ne se rendent pas compte de ce que ces faits peuvent déchaîner et entraîner comme conséquences, puisqu’ils n’arrêtent pas de nous provoquer, puisqu’ils ne libèrent pas nos six compañeros qui, comme eux, comme nous, comme vous et comme n’importe quelle personne, ont une famille qui a besoin d’eux.

Nous, en tant que zapatistes, nous ne voulons pas de problèmes avec ces personnes, ni avec quiconque, puisqu’ils ne sont pas nos ennemis. Car nous, en tant que zapatistes, nous sommes clairement convaincus que celui qui a raison finira par gagner, et ce n’est pas par crainte que nous n’allons pas libérer nos compañeros, c’est parce que nous comprenons que ce n’est pas la voie d’aller cogner et nous bagarrer avec eux, c’est parce que nous ne voulons en aucune façon violer les droits humains comme ils le font, ce n’est pas notre façon de faire de procéder comme eux.

Frères et sœurs du Mexique et du monde, par notre parole rebelle nous vous disons publiquement que nous avons cherché par tous les moyens à régler cela, à le résoudre pacifiquement. Le 2 octobre, le Conseil de bon gouvernement a envoyé un rapport pour la communauté ainsi que pour son équipe d’autorités, exigeant la libération de nos compañeros. Ils n’en ont tenu aucun compte, et leur réponse a été qu’ils voulaient la présence du Conseil pour que cela puisse se régler pacifiquement. Le 4 octobre, le Conseil de bon gouvernement s’est rendu dans la communauté pour parler avec eux et avec leur équipe d’autorités ; là, on leur a demandé quel était le délit qu’avaient commis nos compañeros pour qu’ils les gardent emprisonnés. La réponse des autorités a été de nous faire connaître un acte qu’ils avaient élaboré, et qui disait que c’était pour :

1. Un cumul de contributions se montant à 430 pesos pour chacun de nos compañeros ; ils ont refusé de nous dire à quoi correspondaient ces contributions.
2. Dix jours de travail en retard, dont huit jours que, selon eux, ils ont perdus à surveiller ceux qu’ils ont faits prisonniers en prenant possession des terrains.
3. Huit jours de travail en retard pour une question de déviation de route qui était un projet du gouvernement et 180 pesos de contribution qui ont servi à gérer cette histoire de déviation, alors qu’ils savent pertinemment que nos compañeros ne se mêlent de rien qui vienne du mauvais gouvernement.
4. En cas de non-application des accords, nos compañeros seront expulsés de la communauté. C’est une menace qui déboucherait sur de nouveaux problèmes, puisqu’il y a des choses qu’ils ont décidées et dans lesquelles nos compañeros ne peuvent pas se fourrer, comme les demandes et projets du mauvais gouvernement.

Nous leur avons donc dit que ces points, il nous fallait les discuter et les analyser avec eux, puisqu’en tant que zapatistes nous ne participons pas à ce qui provient du mauvais gouvernement. Mais leur réponse a été que si nous voulions que nos compañeros sortent libres, nous devions leur dire de signer l’accord ; ils voulaient imposer ces points à nos compañeros, car ils disent que l’acte ne peut pas être modifié. En même temps ils argumentaient que cet acte représentait la position de la communauté, et que si nous voulions que nos compañeros soient libérés, il fallait que nous réfléchissions à l’endroit où nous allions les réinstaller, parce que dans le cas contraire ils resteraient en prison, ce qui est toujours le cas, comme si nos compañeros étaient des délinquants.

Nous sommes préoccupés par l’état de santé de nos compañeros, car étant donné le mauvais état de la prison, où les sanitaires ne sont pas séparés, quatre de nos compañeros ont de vrais problèmes de santé, sans compter que ça fait onze jours qu’ils sont en prison sans pouvoir se doucher. Nos compañeros n’ont reçu aucune attention médicale, ce qui est un viol de leurs droits humains.

Face à cela et à tout ce qui pourrait arriver à nos compañeros, face à ces actes d’injustice qui doivent cesser, car il n’est pas question que nous nous laissions faire ni que nous les permettions, et face à tout ce qui pourrait se passer, nous signalons comme responsables immédiats les autorités de Guadalupe Los Altos, ainsi que les dirigeants de la CIOAC Historique, qui est l’organisation à laquelle appartient cet ejido. Ce sont eux les principaux acteurs, ceux qui orientent et organisent la communauté pour qu’elle exécute ces actes d’injustice et de provocation, même s’il est clair pour nous que tous les membres de la communauté ne sont pas d’accord. Nous savons bien que dans cette communauté il y a des sœurs et des frères qui analysent, raisonnent, et se rendent compte que ce n’est pas juste ce qu’ils font contre nos compañeros, mais à cause de pressions et de menaces de la part de ceux qui organisent ces actes délictueux, ils deviennent complices et acolytes.

Autorités de l’ejido :

1. Ranulfo Hernández Aguilar, commissaire ;
2. Ruperto Vásquez Santis, secrétaire ;
3. Gerardo Aguilar Jiménez, trésorier ;
4. Ciro Vásquez Rodríguez, agent municipal ;
5. Margarito Aguilar López, suppléant de l’agent ;
6. Lucio Vásquez Aguilar, conseil de surveillance.

Ainsi que Carmelino Rodríguez Aguilar et Alejandro Vásquez López, qui sont ceux qui poussent, avec les autorités, à commettre ces actes d’injustice, sans analyser ni mesurer les conséquences qu’ils peuvent avoir.

Dirigeants de la CIOAC Historique :

1. Luis Hernández Cruz ;
2. José Antonio Vásquez Hernández.

De la même manière, nous signalons comme responsables immédiats et acteurs intellectuels les trois niveaux de gouvernement : le président municipal de Las Margaritas, le gouverneur de l’État, Juan Sabines Guerrero, et le président de la République, Felipe Calderón Hinojosa. Ils semblent ne rien faire dans ce cas, mais ce qu’ils font, c’est soutenir les actes d’injustice et favoriser la violence. Quand ils rendent compte, ils se haussent du col en disant qu’ils combattent la violence et les injustices. Mais ce sont des hypocrites, parce qu’ils se contentent de le dire et ne le font pas. Ce que dit Juan Sabines est un grand mensonge, parce que leur façon de travailler ce sont seulement des paroles et pas des actes, si on peut appeler travailler ce qu’ils font, c’est-à-dire vendre la patrie, voler le peuple, créer et organiser des problèmes entre les communautés.

Sœurs et frères, ces actions nous les rendons publiques pour que vous sachiez ce que sont en train de faire les mauvais gouvernements corrompus, qui finalement ne font rien, puisqu’ils ne corrigent pas leurs gens, et pour eux tout reste impuni. Nous, nous ne voulons pas de problèmes, mais si ces personnes ne nous respectent pas, nous prendrons des mesures sérieuses. Car nous n’allons pas nous laisser faire et nous ferons tout ce qu’il faut pour obtenir la liberté de nos six compañeros, quoi qu’il en coûte.

Nous exigeons la liberté immédiate de nos six compañeros, pour ne pas nous voir obligés à prendre d’autres mesures plus sérieuses, parce que ces personnes savent bien que nos compañeros ne sont pas seuls, que nous n’allons pas les laisser seuls, et par conséquent nous allons les défendre quel que soit le prix.

Ça suffit, toutes ces provocations, toutes ces injustices.

Nous allons continuer et nous tenir très au courant de la situation de nos compañeros, ainsi que de tout ce qui pourrait se passer à l’avenir.

Bien à vous

Conseil de bon gouvernement « Vers l’espérance »
Zone de la jungle frontalière

Le document porte le sceau du Conseil de bon gouvernement « Vers l’espérance » (La Realidad), et il est signé par les représentants en service du Conseil :

Abel, Anahí et Marín

Traduit par el Viejo.

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