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Une réunion récente à La Realidad zapatiste

jeudi 10 juillet 2014, par SCI Moisés

Armée zapatiste de libération nationale.
Mexique.

Juin 2014.

À la Sexta au Mexique et dans le monde

Compañeros et compañeras de la Sexta du Mexique et du monde,
Sœurs et frères du Mexique et du monde,

Voici le compte rendu d’une réunion tenue à La Realidad zapatiste il y a quelques jours.

Propos des compañeras et compañeros zapatistes de La Realidad : si les trois niveaux de gouvernement capitaliste ont détruit notre école et notre clinique autonomes, ainsi que notre conduite d’eau, c’est pour tenter d’en finir avec la lutte zapatiste.

Elles et eux n’oublient pas que, quand le premier Aguascalientes a été détruit, femmes et hommes zapatistes en ont construit cinq nouveaux.

Ils n’oublient pas que, quand, en 1998, furent détruites les simples maisons des autorités autonomes des MAREZ, Municipios Autónomos Rebeldes Zapatistas (communes autonomes rebelles zapatistes), de la commune Terre et Liberté, par le « Croquetas » Roberto Albores [1], qui a détruit la maison autonome de la commune Ricardo Flores Magón, Caracol de La Garrucha, quand il était gouverneur de ce pauvre Chiapas, pauvre par la faute des mauvais gouvernements.

Mais les communes autonomes poursuivent leur chemin et sont plus fortes aujourd’hui.

Ils n’oublient pas que nous, les zapatistes, avons déclaré : avec ou sans la loi nous réaliserons l’autonomie, car elle fait partie des droits et de la culture indigènes.

Il est évident que tous les partis politiques, du pouvoir législatif, du pouvoir exécutif et du pouvoir judiciaire, ont tenté de nous ensevelir, en croyant qu’ainsi la graine ne germerait pas. Or, au contraire, elle s’est renforcée. Il suffit d’observer les faits et la pratique des villages zapatistes où le peuple décide, et où le gouvernement obéit.

Les compañeras et compañeros des bases d’appui de l’EZLN déclarent qu’ils vont construire leur école ainsi que leur clinique avec ce que fournit la nature.

J’interviens alors pour dire aux compañeros de La Realidad : permettez-moi d’écrire aux compas de la Sexta du Mexique et du monde.

Pour me faire comprendre des compañeros, je leur dis : si nous abattons des arbres, et des palmiers pour le toit, ils vont nous accuser de détruire la nature, car les gouvernements capitalistes disent qu’ils la protègent.

Et là, je me suis demandé : mais qu’est-ce qui te prend de dire une chose pareille ?

Commence la liste des cas où les entreprises forestières abattent des arbres avec l’autorisation des gouvernements capitalistes du Chiapas et du Mexique. « Forestiers pirates », disent les compas, mais « légaux » aux yeux des gouvernements vu qu’ils marchent ensemble.

Ils achètent en gros, ou par troncs, disent-ils ; ainsi un certain Salomón de Las Margaritas. Ils vendent en tables, en planches, en poutres., les vendeurs sont de l’ejido Momón, San Francisco, Vicente Guerrero, La Victoria, Pachán, l’ejido Tabasco, tous situés dans la municipalité de Las Margaritas. Et à San Miguel, municipalité d’Ocosingo, c’est Carmen Pataté, elle-même d’Ocosingo. Et ainsi de suite, partout au Chiapas.

Cherchant à calmer la discussion que j’ai provoquée en avançant que les gouvernements capitalistes nous accuseront de détruire la nature, je dis aux compañeros et compañeras que la solution serait que j’écrive aux compas de la Sexta du Mexique et du monde, parce qu’ils sont organisés et qu’ils peuvent trouver l’argent nécessaire à l’achat des matériaux.

Et les bases d’appui me répondent, en vérité ça ne règle rien : c’est bon, compañero, tu leur écris et on verra bien ce que les compañeros peuvent obtenir.

Et je leur dis :

— De combien d’argent a-t-on besoin pour ces bâtiments ?

— Aucune idée !

Un autre dit :

— Eh bien, amenez une calculette et on va le savoir.

Et la calculette arrive.

Et les mathématiques commencent, mais le compa dit :

— Vaaaleeeee ! Cette cochonnerie n’a pas de pile !

Pendant ce temps, je vois un petit vieux en train de compter sur ses doigts des deux mains, et j’écoute ce qu’il marmonne :

Un quart et un geme, etc.

Et soudain il me regarde :

— Ça y est, compa, me dit-il.

— Comment ça ?

— Ben, je te donne le détail : pour une bâtisse à 2 étages de 19 mètres sur 7 de large — 19 × 7 si tu préfères — il faut : 2 000 parpaings, 50 tiges métalliques de taille moyenne, 400 de 3 pouces, 60 sacs de chaux hydraulique, 520 de ciment, 100 kilos de câble métallique, 400 de fil, et 84 plaques de tôle galvanisées de 3 mètres de long.

Un compa intervient :

— Pourquoi on ne donne pas juste le budget total de ces constructions de deux étages ?

— D’accord, dit l’un.

Et le concert des voix : D’accord !

Au total 200 209 : deux cent mille deux cent neuf pesos.

Le rez-de-chaussée sera pour l’école des enfants, et le haut pour la clinique. Pour utiliser au mieux le terrain.

Ça, c’est seulement pour la construction. Il va encore falloir le matériel de santé : thermomètre, tensiomètre, otoscope, etc., et puis les médicaments.

La réunion s’achève.

Voici ce que je vous dis, compas de la Sexta :

« Voyez si vous pouvez réunir cet argent. »

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.
Sous-commandant insurgé Moisés
Mexique, juin 2014.
Année 20 de la guerre contre l’oubli.

Traduit par h.g.

Source du texte d’origine :
Enlace Zapatista

Notes

[1Albores Guillén, surnommé « Croquetas » (croquettes pour chien), membre du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) et désigné comme gouverneur du Chiapas de 1998 à 2000. Il a tenté en vain d’en finir avec les communes autonomes zapatistes en fomentant nombre de groupes paramilitaires et de grands travaux routiers (note de “la voie du jaguar”).

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