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ZAD du Bois Morvan, ¡otro mundo posible !

samedi 13 avril 2013, par Maya

Belle énergie, courage, joie et aussi esprits préoccupés en permanence, dure est la lutte pour préserver nos territoires ! Préserver, défendre, reprendre, se réapproprier le territoire. C’est la terre foulée par nos pas, travaillée par nos mains, qui n’appartient à personne d’autre qu’elle-même et dont nous avons l’usage, qui est en danger, parce que d’autres — des politiques, des promoteur•trice•s, des inconnu•e•s, des gens virtuels, hommes et femmes machines, qui ne savent rien de la terre — osent la trafiquer, la transformer, la rendre infertile, la détruire, pour de l’argent, pour du gain, des comptes gonflés en Suisse ou ailleurs, argent chiffre.

Petite balade en Morvan, très joli pays, une croisée de quatre départements au centre de la France. Des rus, puis des petites rivières... qui alimentent les grandes rivières, l’Yonne qui se jette dans la Seine… qui rejoint l’Atlantique ! Tout est lié, n’est-ce pas ? Beaucoup d’étangs, des petits des grands, des lacs magnifiques, des créés pour l’eau du robinet et des vrais ! Des bois, des forêts, feuillus et sapins, trop de sapins qui usent le sol, le rendent infertile.

La Terre est en danger de mort, et donc l’eau, la flore, le végétal, la faune, l’animal, l’être humain et aussi le minéral malgré son apparente solidité ! Nous sommes de l’eau (entre 70 et 80 pour cent) ! Si nous détruisons l’eau naturelle de la planète et par là même notre socle, nous nous détruisons aussi ! C’est limpide, comme de l’eau de roche ! La roche en Morvan est le granit, les habitant•e•s en portent la trace, la solidité, la beauté et la force.

Au sortir du petit village de Marcilly, en Nièvre, dont les sites décrivent la beauté d’un « château construit au XVe siècle, repris dans la première moitié du XVIIIe siècle (en particulier construction des communs) — les riches et les pauvres, encore !!! — remanié aux XIXe et XXe siècles. Le château conserve de nombreux souvenirs du maréchal de Vauban », des banderoles grandioses annoncent la peur :

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NON À L’INCINÉRATEUR QUI VA DÉTRUIRE MA FORÊT !
AIDEZ-NOUS ! SVP PARTAGEZ !
LE MORVAN VA MOURIR !
ERSCIA FAIS PAS SCIER !

L’histoire, c’est la même que l’éolien ou les immenses transformateurs solaires, c’est l’histoire de l’imposition des idées capitalistes sur nos territoires, sans notre avis, sans notre accord, et cela partout sur la planète Terre !

En 2011, Jérôme, éleveur d’escargots, découvre qu’une enquête publique sur une installation géante dans le joli bois près de chez lui vient de se terminer. Comme toutes les âmes du village, il n’avait pas pris le temps de consulter la montagne de documents disponibles en mairie, et comme tous et toutes il s’est trouvé devant un fait accompli, une fausse acceptation locale. La société Erscia, un holding belgo-luxembourgeois, veut produire de l’électricité dite écologique à partir de l’élément bois. Et ici c’est le bois du Morvan ! C’est la mode, l’écologie ! Bien sûr EDF, comme dans l’éolien ou le solaire, est dans le coup pour racheter à l’entreprise, à un prix trois fois supérieur à la réglementation, l’électricité qui sera issue d’un cogénérateur de biomasse alimenté avec le bois, énergie nommée renouvelable et durable. Et pour faire tourner le cogénérateur, il faut prélever beaucoup de bois, car les subventions sont liées à la biomasse ! Derrière les mots des élu•e•s « scierie » et « cogénérateur », entendez « incinérateur » (prétendument non destiné aux ordures) et « usine de production électrique ». Et il est omis de préciser que l’incinérateur polluera énormément car en plus de la biomasse il y sera brûlé des déchets de bois non assimilables (bois peints, vernis, bois de démolition...) représentant jusqu’à 75 pour cent du total sur des volumes gigantesques.

Quant à la pollution de l’eau, les risques d’asphyxie et de prolifération d’algues dans l’Yonne rivaliseront avec les rivières de France déjà polluées, idem pour les nappes phréatiques sur le site et autour ! L’air, avec les rejets de dioxine et nombreux autres composants (poussières, métaux, monoxyde de carbone, etc.), deviendra dangereusement respirable et provoquera sans doute des maladies. Ainsi il en sera terminé de l’air pur du Morvan !

À entendre la menace, des habitant•e•s se sont levé•e•s, puis se sont renseigné•e•s, ont vu et lu des documents, ont contacté, par politesse et habitude, les officiels devenus trafiquants, les politiques en place, puis les associations de défense du territoire et autres politiques semblant être proches de la terre ! Une trentaine de personnes debout qui ont capté l’arnaque et en ont levé cent autres !

C’est le combat juridique, les textes de loi, leur lecture, la justice-injustice, le droit et ses déviances. Mais l’administration est forte et obéissante. Le préfet en place respecte la loi, un arrêté, puis un autre, encore un troisième... Qu’à cela ne tienne on le mute et on le remplace par une préfète à la botte du pouvoir, qui elle désobéit sans scrupule aux textes de loi. Elle est là pour ça et seulement ça ! Un beau matin de février elle prend de court les défenseurs de la terre. Des bûcherons, accompagnés d’une brigade de gendarmerie, envahissent le petit bois de Tronçay et commencent à quadriller le territoire avec piquets et grillages. Puis ils coupent les arbres. Huit, disent-ils, mais en fait une centaine est tombée ! Les défenseurs de la terre s’accrochent aux arbres, sont délogés par les gendarmes. Des hélicoptères surveillent le tout. C’est la guerre, c’est eux contre nous, nous contre eux.

Vite, création d’une zone à défendre, comme à Notre-Dame-des-Landes, en Bretagne, mais en plus petit. Notre-Dame-des-Landes projet d’aéroport étatique, grandiose et inutile, en Morvan c’est le bois qui est concerné et le privé. Un paysan a prêté un bout de terre à l’orée du bois de Tronçay et la ZAD se construit. Cabanes en bois, en paille, accueil, explications, on s’organise : défendre la terre, l’eau, la flore, la faune et l’être humain, le territoire sur lequel on vit. Première lutte, interdire aux autres l’entrée du petit bois de Troncay, qu’ils avaient destiné à la création d’une zone humide pour déplacer les espèces protégées. Idée saugrenue de déplacer la vie de quelques mètres !!! dans le but de sauver la faune, crapauds, grenouilles, bestioles en tout genre… C’en est presque drôle, mais en même temps il est grave de constater que les industriels, les élu•e•s, ne savent absolument pas ce que sont un écosystème et la vie qui le compose.

Début avril 2013, des associations, des comités de soutien, des gens concernés par le pays qu’ils habitent, des personnes venues de France et d’ailleurs, se sont levés, créent ensemble la zone à défendre du bois de Tronçay et occuperont le site jusqu’à l’abandon du projet. Il a été décidé en collectif d’aller plus loin, de passer du tribunal administratif au tribunal de grande instance, par l’intermédiaire d’un avocat, spécialiste en environnement, qui obligera un juge à mandater un expert pour étudier le dossier, notamment sur le problème de l’eau, source de la vie. Expert et avocat travaillant en accord avec les défenseurs de la terre.

Sur la ZAD du Bois Morvan l’ambiance est à la discussion, à l’organisation et la bonne humeur. Nous n’avons pas peur de l’expulsion puisque le terrain sur lequel se trouve la ZAD est privé ! Comment faire pour se réapproprier nos droits, les territoires sur lesquels on vit ? Quel avenir pour le bois en Morvan ? Des idées émergent des un•e•s des autres, couper le feuillu à terme pour des grumes et du bois de chauffage pour les besoins locaux, faire fonctionner les scieries du coin, en créer d’autres, abandonner la monoculture, construire des maisons en bois local, créer des jardins individuels et collectifs, le maraîchage. Et tout est discutable. L’incinérateur amène à la problématique des déchets, le tri, pourquoi autant de déchets, leur devenir, le commerce, la mondialisation, le local, les besoins fondamentaux et leurs débordements, la notion de travail et non-travail, l’obéissance et donc la désobéissance, le vote et le non-vote, la représentation, la délégation, le pouvoir, les commissions, etc., et peut-être aller jusqu’à parler du problème de l’ouvrier•e exploité•e et payé•e (petitement !) pour détruire. Ces bûcherons payés par Erscia me font penser aux Palestiniens qui ont participé pour survivre à la construction du mur qui les enferme. Quelle est notre responsabilité individuelle ?

Des débuts de réflexion accompagnés par des gens qui connaissent d’autres façons de faire, qui échangent, transmettent, pour se réapproprier le territoire, propriété de la planète Terre et à l’usage des justes besoins de la population locale.

Partout sur cette planète Terre, nous devons sortir du système étouffant et destructeur qu’est le capitalisme. Je pense que nous vivons les prémices de LA solution pour un monde paisible, juste, joyeux, heureux, où chacun et chacune participe en accord à la création. Nous devons bien sûr travailler sur nous-mêmes, être à l’écoute de notre être intérieur, à l’écoute de l’autre, créer avec respect, amitié et amour l’espace pour la relation, la discussion, dans la joie et la bonne humeur ! À la ZAD de Tronçay, les visages et les attitudes des enfants et des jeunes adultes, heureux et libres, en accord total avec la vie, m’ont confortée dans nos capacités à créer enfin un nouveau monde !

Merci aux zadistes du Morvan qui m’ont redonné la joie et l’ouverture à tous les possibles dans la difficulté du groupe ! Merci à toutes et à tous, ceux et celles qui œuvrent à la création de ce(s) monde(s) nouveau(x), sur la planète entière ! Belles réussites à nous toutes et tous !

Salutations chaleureuses, amicales, joyeuses, créatrices, et une grande embrassade, comme disent les zapatistes, à nous tous•tes !!!

Maya
11 avril 2013, en Morvan.

Toutes les informations, pétition,
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ZAD du bois du Tronçay
Adret Morvan

Messages

  • Euh ? Jusques à maintenant, ce bois s’appelait Bois de Tronçay (à ne pas confondre, comme ç’a été massivement fait au début, avec la forêt de Tronçais, en bourbonnais voisin). Et par ailleurs, même si cela fait plus attirant, l’endroit n’est pas dans le Morvan mais plutôt en Bazois. Le Morvan commence au-delà de Corbigny (comme on y dit « Corbigny n’est point en Morvan mais ses poules y vont aux champs »). Perso je préfère le Bazois et son bocage au Morvan plein de sapins.

    A part ça bien contente d’apprendre que ça tient toujours !

    V13

    • Wouaih,... Corbigny n’est pas en Morvan. Marcilly est sur la commune de Cervon, en Morvan et dans le Parc du Morvan. Vézelay a intégré le Parc du Morvan, alors qu’il n’est pas en Morvan ??? Le projet concerne le bois du Morvan. Peut-être est-ce là la subtilité le bois du Morvan et non le petit bois dans le Morvan, bien que je pense qu’il s’y trouve (selon la carte que j’ai). Et le but serait justement que les sapins n’exploitent plus ces terres. Ce matin au marché de Saulieu, les propos étaient plutôt catastrophiques sur d’éventuelles possibilités de réparation ! Pour ma part j’aime beaucoup la région autour de Chastellux sur Cure,....
      Bien à vous, Maya

    • Ah, si on cause limites administratives actuelles, le bois du Tronçay est sur Sardy, qui n’est pas dans le « périmètre », comme on dit en novlangue, du parc. Et puis un parc naturel, je suis désolée mais c’est aussi et comme bien d’autres choses une appellation commerciale, une marchandise pour le tourisme. Surtout les parcs régionaux qui n’imposent en réalité aucune « contrainte environnementale » et sont juste un label. Je vis dans un, et la forêt de Fontainebleau (!!) en est désormais un autre. Bref, leur délimitation a surtout à voir avec le désir des communes de se vendre. Et nulle considération n’empêchera de constater que le Morvan est une montagne, et le Bazois une plaine. Et que le bois en question est dans la plaine.
      Enfin, franchement, je ne vois pas la honte ou le déchet que ce serait qu’il soit en Bazois, qui est, je trouve, un pays magnifique. Comme je le disais dans des textes à propos de nddl, il faut nous garder de fétichiser et de transfigurer les choses, sans quoi nous rentrons par la porte de derrière dans cette même logique de l’économie et de la marchandise qui a pour principe de nous faire croire et qu’elles sont merveilleuses, et qu’elles vont nous donner du bonheur, et enfin surtout que toute raison vient d’elle. C’est nous qui sommes merveilleuses. Je me méfie de toutes les pensées qui stipulent que les humaines sont de trop ; ça finit souvent mal ces trucs là.

      Taquinement mais posément
      V13

    • bien sûr,... et sans polémique surtout ! Je voulais juste dire que pour ce cas précis, le bois concerné est le bois du Morvan. Et j’aimerai que cessent les plantations de sapins (douglas, et sapins de noël coutume hors temps et inutile) qui usent le sol et ressemblent à d’immenses crêtes toutes identiques, etc, etc,... Si la gestion du bois et des forêts était vue en bas, si la population locale s’investissait réellement dans une réflexion suivi d’actions locales pour des besoins locaux, tout cela sans frontières bien sûr, donc en lien local avec local, l’ouverture serait une réparation de la terre, du végétal, de l’air, etc... rapide et efficace. Car en Bazois qui est une plaine, les besoins en bois de chauffage pourraient être comblés par les forêts alentours, dont celles du Morvan, par exemple. En Bazois pourrait être le maraîchage ou les petites cultures céréalières pour les besoins locaux et autour ! En France, il y a 10 parcs nationaux et 48 parcs naturels régionaux ! Bien évident que cela ne concerne que le commerce, le tourisme commercial et la culture dite identitaire, sans débordement, cette façade (car les rivières sont polluées, les poissons rares, les espèces disparues, ...) gérée et cadrée par le haut. Il y a matière(s) à discussion et à critique ! Ma pensée principale est : qu’est-ce que l’on fait réellement, en acte, et localement, pour un nouvel ordonnancement correspondant à nos besoins d’abord fondamentaux en respectant les écosystèmes. Ensuite, je vois bien des montagnes de difficultés, l’une étant la masse humaine obéissante et peureuse. La Nature, elle, est très radicale, d’une radicalité tout à fait acceptée par la masse. Par exemple, hier 11° (avec vent froid) devant ma fenêtre plein sud, aujourd’hui 47° ! De sept couches vestimentaires hier je suis passée au « marcel » ! Le nouvel ordonnancement sera plus rapide et nous n’aurons qu’à l’accepter et serons bien obligés de nous ré-organiser, si nous survivons,...
      J’avais l’espoir d’une possibilité, mais cet espoir s’amenuise avec le temps.
      Maya

    • Les sapinières immenses en Morvan, avec des panneaux interdiction d’entrer appartiennent à des assurances, entre autres Axa ! voilà ou va une part de l’argent des assurances. pourquoi nous oblige-t-on à nous assurer par ces biais ? Pourquoi ne sommes-nous pas capables de gérer nous-mêmes nos assurances ? Pourquoi, aujourd’hui en ces années plus de 2000 en sommes-nous encore là ???
      Maya

    • « Je voulais juste dire que pour ce cas précis, le bois concerné est le bois du Morvan »

      Ha bon. Il a donc été renommé fort récemment alors. A moins qu’il y ait un truc que je ne comprenne pas, ce qui est fort possible, étant d’entendement tardigrade (est-ce qu’un autre bois que celui du Tronçay est désormais concerné par le projet, ou bien est-ce cela signifie, ce qui est effectivement probable, que l’affaire concerne toutes les forêts du Morvan ?)

      Ma foi, quand aux autres considérations, yes - mais je ne vois pas de raison de s’étonner de l’état des choses. L’économie (et ce qui va avec : droit, propriété, échange, justice, citoyenneté, que sais-je encore) ne peut je crois exister qu’à condition d’être totale, de tout dévorer. Bref, soit on en sort, soit on subit. En d’autres mots, je ne crois pas ni que nous puissions la contrôler et l’aménager de l’intérieur, ni en général que nous puissions utiliser une des formes institutionnelles de ce monde pour en combattre efficacement une autre.

      Amicalement

    • Bonsoir, j’ai la réponse officielle : « Les remarques sont justes, et le site est à 300m des limites des limites administratives du parc. Cordialement, Régis. Secrétaire Adret Morvan ». Je pense que vous pouvez discuter avec Régis ou d’autres personnes sur le site Adret Morvan, si vous voulez des explications sûres et locales. En effet le bois se nomme le bois de Tronçay, mais le mégaprojet concerne l’exploitation des bois en Morvan et l’entreprise veut s’installer d’abord sur le bois de Tronçay. Pour ma part je ne pense pas que l’essentiel soit là, les frontières administratives ne m’intéressent pas, je reconnais des limites géographiques : une montagne, une plaine, un volcan, un plateau, une forêt, un bois, .... et les frontières n’existent pas dans mon esprit. Je ne sais pas si c’est cela qui fait que nous avons des difficultés à nous comprendre (ou pas !). Quant à l’économie, ce concept ne m’intéresse pas non plus. J’ai enlevé des mots de mon langage et même de ma pensée, comme économie, commerce, démocratie, durabilité, écologie, etc... Trop de mots, de concepts, ont été pris, volés et manipulés par le capitalisme, comme le concept éolien, par exemple. En tout cas, merci de cette conversation que nous avons, salutations cordiales, Maya

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