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À la recherche d’un vieil Antonio
Ou l’apprentissage du « nous » (II)

dimanche 1er septembre 2013, par Guillaume Goutte

La petite école dans la selva

Il y a quatre façons d’assister à la Petite École zapatiste : se rendre dans une communauté et un caracol pendant une petite semaine ; assister aux cours « magistraux » au Centre indigène de formation intégrale (Cideci, dit aussi Université de la Terre), à San Cristóbal de Las Casas ; suivre les enseignements par vidéoconférence ; ou, simplement, commander les quatre manuels et les deux DVD pour travailler tout seul dans son coin. Bien que pas forcément les plus accessibles, les deux premières modalités sont assurément les plus intéressantes puisque, outre les quelques cours « magistraux », chaque élève est confié aux bons soins d’un compa zapatiste, lequel est chargé de veiller sur lui et de répondre à ses questions. Appelés votán ou gardiens, ces « veilleurs » sont des interlocuteurs et des intermédiaires précieux pour nous permettre, à nous élèves, d’entrer de plain-pied dans le zapatisme.

Pour ma part, j’avais opté, lors de mon inscription en mars, pour le « séjour dans une communauté et un caracol », la seule permettant de s’immerger dans la vie quotidienne des zapatistes au sein même de leur territoire. Et c’est ce séjour que je vais maintenant relater dans cet article, jour après jour… La relativement longue narration à la première personne du singulier qui va ainsi suivre peut sembler entrer en contradiction avec tout ce qui me sera enseigné pendant la petite école sur l’importance du « nous » et du travail collectif. Mais, à la fin de cette semaine scolaire un peu particulière, mon votán insistera beaucoup pour que, à mon retour en France, je relate cette expérience, histoire de donner à mes « concitoyens » une idée de ce qu’est la vie des zapatistes et de ce que fut cette première session de la Petite École zapatiste. Alors, je me plie à l’exercice. Je fais mes devoirs, en quelque sorte…

Enregistrement et départ

Le dimanche 11 août, la fête des caracoles laisse place aux préparatifs de la petite école. L’enregistrement des étudiants se fait au Cideci, dès 10 heures. La vaste enceinte de l’établissement est bondée, des personnes de tous les horizons (bien que principalement en provenance du District fédéral) attendent patiemment leur tour dans de longues files d’attente. Nous sommes répartis en deux groupes : d’un côté ceux qui suivront les cours au Cideci, de l’autre ceux qui iront dans les communautés (eux-mêmes divisés en deux files, une pour les nationaux et une pour les internationaux). L’organisation semble au top et, malgré le monde, je n’attends mon tour pas plus de trois quarts d’heure. On me remet les manuels (il y en a quatre : Autogobierno I, Autogobierno II, Resistencia autónoma et Participación de las mujeres) et une carte d’étudiant indiquant mon « affectation » au caracol III, dit « Résistance jusqu’à un nouveau lendemain », situé dans la zone tseltal de La Garrucha. S’ensuit une attente, beaucoup plus longue que la précédente, celle du départ. Les élèves des caracoles Roberto Barrios et La Realidad, les plus éloignés de San Cristóbal de Las Casas, partent les premiers, dans de petits combis appartenant aux Transports autonomes zapatistes. Les « Garruchiens », dont je fais donc partie, viennent ensuite. Nous sommes répartis dans des bétaillères, un vieux bus scolaire et deux vans. Par chance, j’échappe aux bétaillères (qui nécessitent de voyager debout) et j’obtiens une place — confortable — dans l’un des deux vans, lesquels avaient été loués par des camarades américains de Chicago. La répartition prend une bonne heure, après quoi la caravane ainsi constituée (dix-sept véhicules !) s’ébranle et prend la route du caracol.

En 2011, le trajet jusqu’à La Garrucha, depuis San Cristóbal de Las Casas, n’avait pas duré plus de cinq heures. Il en prendra presque le double cette fois-ci, la caravane étant beaucoup plus lente : les véhicules s’attendent les uns les autres, quelques pauses et une crevaison. Heureusement, tout le monde est de bonne humeur et le voyage passe finalement plutôt vite. Mon van ne compte que des Mexicains, excepté le chauffeur (américain), la plupart en provenance du District fédéral. Plusieurs militent au sein d’une mouvance anarchiste mexicaine aux contours assez vagues, davantage faites de petits collectifs — essentiellement punks — que d’organisations à proprement parler. Nous échangeons autour de nos activités militantes et des situations politico-sociales de nos pays respectifs. Partis vers 16 heures, c’est à minuit que nous arrivons devant l’entrée du caracol. Commence alors une longue attente de deux heures avant de pouvoir entrer, les zapatistes notant soigneusement le nom, le pays et la ville de chacun des trois cents étudiants. En outre, les véhicules entrent un par un, avec des pauses de cinq à dix minutes entre chaque. On comprend vite pourquoi : chaque camion a droit à son accueil avec musique et consignas de bienvenue. Quand notre tour arrive (vers 2 heures), je me rends compte de l’ampleur de l’événement : des centaines de zapatistes forment une allée et applaudissent les élèves qui la traversent en criant « ¡Viva los alumnos y las alumnas ! ». De quoi nous émouvoir.

Après un chaleureux discours de bienvenue, on nous apprend qu’un repas nous attend, suivi… d’un bal ! En l’apprenant, on rigole… C’est qu’on est nombreux à n’attendre qu’une chose : se coucher, peu importe où, mais se coucher. Mais on ne va pas refuser une fête de bienvenue !

Premier jour d’école

Levé à 7 heures, après une (courte) nuit très en musique et un sommeil très relatif, allongé sur un banc métallique. Petit-déjeuner à base de café, de tortillas et de frijoles, le corps assailli de bâillements. À 7 h 30, alors que des centaines de zapatistes (hommes et femmes, le visage dissimulé derrière un passe-montagne ou un foulard) forment quatre grandes files devant le templete du caracol (une par commune autonome), on nous demande, à nous les élèves, d’en faire autant sur le terrain de basket à côté. On comprend vite de quoi il va s’agir : donner à chaque étudiant son fameux votán.

Le mien s’appelle José Martínez (il s’agit de son nom de lutte) et, derrière son passe-montagne, je devine le visage d’un homme en fin de quarantaine (j’apprendrai par la suite qu’il a, en fait, cinquante-six ans). On se salue plus ou moins timidement et nous échangeons quelques banalités pour créer le lien. À partir de ce moment-là, et comme l’avaient exprimé les communiqués précédant la petite école, nous ne nous lâcherons plus : mon votán est là pour me guider, m’épauler, répondre à mes questions et m’héberger ; bref, il est là pour être aux petits soins (non comme un serviteur, bien sûr, mais comme un camarade, un compa). Et il l’est, aux petits soins. Et si je lui pose bon nombre de questions, il s’intéresse aussi à qui je peux bien être. C’est ainsi l’occasion, pour moi, de lui expliquer ce qu’est la Fédération anarchiste (où je milite et dont il s’étonnera du faible nombre d’adhérents) et de tenter de décrire les différentes zones géographiques de la France.

Ces premiers échanges passés, les cours « magistraux » sont annoncés et les trois cents élèves, chacun accompagné de son votán, se rassemblent sous une grande structure en bois couverte d’un toit de taule. Assis face à nous, devant le drapeau national mexicain et celui de l’EZLN, se trouvent nos professeurs (maestros et maestras), au nombre de dix-huit (si j’ai bien compté). Chacun leur tour, ils interviendront sur un thème précis. L’explication du projet d’autonomie et du fonctionnement de l’autogouvernement occupe une bonne partie des trois heures de cours. Outre les interventions des professeurs, un vaste schéma de plusieurs mètres de haut et de large nous est présenté pour qu’on y voie un peu plus clair. Ils insistent beaucoup sur les trois niveaux du gouvernement autonome : le gouvernement local (la communauté), le municipio autonome (la commune, qui regroupe des communautés) et le caracol (où siège le Conseil de bon gouvernement, qui regroupe des communes). Les décisions se prennent et s’appliquent via ces trois niveaux, non sans être préalablement débattues, discutées, amendées. Car, si les propositions semblent généralement venir des élus (lesquels sont élus en assemblée et révocables), elles ne manquent jamais de redescendre les différents niveaux de gouvernement jusqu’à la base : la communauté. Ainsi, par exemple, un projet envisagé par le Conseil de bon gouvernement d’une zone du territoire zapatiste est, avant toute prise de décision, présenté aux assemblées et aux autorités des communes autonomes, puis à celles des communautés. Une fois ces différents niveaux consultés, le projet remonte au Conseil de bon gouvernement qui, selon ce qu’en auront dit les assemblées et les élus, l’appliquera tel quel, le modifiera (auquel cas il redescendra à nouveau jusqu’à la communauté) ou en abandonnera l’idée. Il y a donc un ascenseur permanent qui garantit la souveraineté de la base, sans laquelle on ne pourrait parler ni d’autonomie ni d’autogouvernement.

La question féminine a également fait l’objet de plusieurs interventions et occupé une place importante. Car, si la condition des femmes a fait des progrès conséquents dans les communautés indigènes avec l’arrivée du zapatisme (participation aux assemblées, prise de charges/mandats, etc.), les zapatistes reconnaissent toutefois qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Beaucoup de femmes hésitent encore à participer aux activités « politiques », par manque de confiance ou, pis, parce que, dans certains cas, certains maris ne les laissent pas faire. En réaction à ces résistances internes, le caracol de La Garrucha a d’ailleurs lancé une sorte de campagne de sensibilisation, à l’aide, entre autres, d’affiches intitulées « ¡Participa ! ». Un des maestros, reconnaissant que « le machisme existe encore », a souligné la nécessité pour les hommes « de réfléchir à comment éduquer leurs fils pour que cela disparaisse ». En tout cas, ce qui est remarquable, c’est l’honnêteté dont ont fait preuve nos hôtes et enseignants sur cette question délicate, évitant la langue de bois et les mensonges pour reconnaître une réalité à changer.

Bien d’autres thèmes ont également été abordés (la formation de l’EZLN, l’insurrection du 1er janvier 1994, les projets de contre-insurrection du gouvernement, les travaux collectifs, le système d’éducation autonome), mais cet article n’est pas l’espace adéquat pour tout déballer. Notons encore, toutefois, un dernier point sur lequel nos enseignants en passe-montagne ont beaucoup insisté et qui ne peut que trouver un écho sous nos latitudes : le combat social n’a pas de frontières et doit être mondialisé. Dans l’une des dernières interventions de la journée, un des maestros a d’ailleurs déclaré cette phrase que je me suis empressé de noter : « Nous ne cherchons pas à avoir seulement une partie [de territoire], nous voulons un changement global, pour tout le Mexique, pour le monde entier. » Et cette révolution mondiale tant souhaitée ne saurait s’exprimer à travers l’imposition aux peuples d’un système précis (fût-il zapatiste) ; non, c’est aux peuples du monde — à ceux qui souffrent, à ceux qui réclament plus de liberté et de justice — de se prendre en mains et de penser et construire leurs révoltes et leur révolution. Les zapatistes ne veulent pas d’un monde uniformément zapatiste, mais d’un « monde qui contient plusieurs mondes » (et non tous les mondes, certains étant parfaitement incompatibles avec l’émancipation).

À 18 heures, je monte, avec quelques autres élèves, dans une bétaillère et je prends le chemin de la communauté de mon votán. Celle-ci, baptisée Querétaro, se trouve à une petite demi-heure du caracol, dans un endroit magnifique, entouré de montagnes et plongé dans la verdure. Une fois sur place, alors que le soleil commence à décliner, nous la traversons jusqu’à une petite clairière vallonnée (j’apprendrai peu après qu’il s’agissait d’une terre récupérée par les zapatistes en 1994) où nous attendent les familles qui nous hébergeront pour les prochains jours. Un chaleureux discours de bienvenue est prononcé à notre arrivée, puis l’hymne zapatiste est entonné a capella par tout le monde. Après avoir serré la main de chacun des présents, chaque élève retourne auprès de son votán, lequel présente la famille qui le prendra en charge jusqu’à la fin de la semaine. C’est ainsi que José Martínez me conduit chez lui. Son foyer se compose de trois petits bâtiments en bois de pin construits autour d’une petite cour où se baladent poules et cochons. L’un d’eux, au toit en cannes, est la cuisine ; les deux autres — aux toits en taule — sont des maisons à proprement parler, la sienne et celle de sa sœur. Je m’installe pour ma part dans la sienne, laquelle est, à l’intérieur, très sobre : un lit avec moustiquaire, une table, un autel religieux (mon votán et sa famille sont catholiques), des machettes. Aux murs, on trouve, pour seule décoration, une photo du sous-commandant Marcos découpée dans un journal et deux posters racontant chacun une légende indienne mexicaine. En entrant dans la pièce, mon votán insiste beaucoup sur le fait que la table m’est exclusivement réservée, qu’il s’agit de mon bureau pour étudier, dans les meilleures conditions possibles, les quatre manuels après le travail de la terre.

Après le repas (café, tortillas et frijoles), José Martínez me fait comprendre qu’il est justement temps, pour moi, de me plonger dans les livres. J’obtempère et en entame la lecture, l’interrompant régulièrement pour questionner mon votán sur certains points.

À 22 heures, après un bain à la bassine et à l’eau froide (qui n’est pas du luxe, car s’il pleut parfois très fort dans la région, il fait aussi très chaud), je me mets au lit, dans un hamac. Jusque-là, je pensais que mon votán et sa famille dormiraient dans leur maison habituelle, avec moi. Mais, au moment où je m’apprête à me coucher, il m’informe qu’il me laisse sa maison pour moi tout seul. J’ai beau insisté, dire que ce n’est pas la peine, que je peux très bien la partager avec eux, rien n’y fait : lui et sa femme iront dormir chez sa sœur. Soit. Je ne peux qu’accepter, un peu gêné. Et ma première nuit dans la communauté se passera plutôt bien, même s’il fait froid et bien que mon petit estomac de classe moyenne française citadine semble avoir du mal à digérer les nombreux frijoles avalés pendant la journée.

Deuxième jour d’école

Mardi 13 août, réveil vers 6 heures du matin, avec les chants tapageurs des coqs de la communauté, suivis de quelques coups timides contre ma porte, ceux de mon votán, qui attend que je me lève. Une fois debout, direction la cuisine pour le petit déjeuner. La femme et la fille de José Martínez, sans doute levées depuis une bonne demi-heure, sont déjà au travail : l’une moule le maïs, l’autre fait cuire les tortillas. La petite cuisine, qui fait aussi office de salle à manger, baigne dans la douce odeur de café, lequel chauffe sur le grand four. Pour ce premier petit déjeuner (oui, il y en aura un autre), je me contente de quelques biscuits et d’une tasse de café bien chaud ; idem pour mon votán.

À 7 h 30, après la toilette et un nouveau petit déj’ (cette fois composé de tortillas et de frijoles), José Martínez me confie une machette qu’il vient d’affûter devant mes yeux et m’explique le programme de la matinée : travailler sur une milpa, une plantation de maïs. Nous partons dans la foulée, à pied, sur une route de terre. Le trajet dure une bonne heure, sous un soleil bien présent mais encore doux. Une fois arrivés au champ, nous nous enfonçons à travers les hauts plants de maïs (environ deux mètres de hauteur) et montons (oui, la milpa est sur une pente, plutôt raide d’ailleurs) jusqu’à la partie sur laquelle nous travaillerons. Là, mon votán m’explique comment utiliser ma machette pour couper tout ce qui n’est pas du maïs entre les plants, autrement dit les mauvaises herbes qui, si elles viennent à trop grimper, pourraient étouffer les cultures. Cette tâche qui, comme ça, peut paraître assez simple ne l’est plus vraiment quand on se rend compte qu’il faut faire assez rapidement tout en étant suffisamment minutieux pour ne pas trancher les plants de maïs. Je pourrais écrire que ce contact avec la terre fait un bien fou, qu’on reprend conscience d’appartenir à un tout (lequel ?), mais je risquerais de tomber dans le cliché à deux pesos, alors, je m’abstiendrai d’aller plus loin…

Pendant que je m’exerce à cette besogne, José Martínez s’éloigne, en quête d’elotes (épis de maïs) à découper ; il en ramènera trente-cinq, qu’il rangera soigneusement dans un sac de toile. En fin de matinée, quand le soleil devient vraiment chaud (bien que les plants de maïs nous en préservent un peu), nous décidons de retourner à la communauté, en portant, chacun son tour, le lourd sac d’elotes en mode « sherpa » (ce qui ne manque pas, lorsque vient mon tour de transbahuter la charge, de faire sourire les quelques compas qu’on croise en chemin).

Une fois au foyer, on dépiaute les elotes (disons qu’on les débarrasse de leur enveloppe de feuilles) pour qu’il ne reste plus que l’épi de grains. On fourre ensuite le tout dans un grand récipient qu’on recouvre des feuilles précédemment retirées, et je file à la douche. Frais comme un gardon au sortir du « bain », je m’apprête à prendre un peu de repos… Ce qui n’entre visiblement pas dans les plans de mon votán qui, lui, a prévu de m’accorder quelques heures pour… étudier ! Puisqu’il m’est impossible de sécher les cours de cette petite école particulière, j’obtempère… Et j’ai raison, évidemment. D’autant que, au final, nous discutons plus que je ne lis les manuels. Il me parle notamment de la marche du 21 décembre 2012, à laquelle il a participé à Ocosingo. (Rappelons que plus de quarante mille zapatistes avaient alors pris, pendant plusieurs heures, les cinq principales villes du Chiapas — excepté Tuxtla –, et ce sans autres armes qu’un silence quasi absolu.) Je m’attendais à ce qu’il m’explique que ce fut difficile, mais, bien au contraire, il m’affirme avoir trouvé ça « tranquille ». Certes, il y avait alors une pluie démentielle et il faisait froid, mais il préfère ce temps-là à la chaleur, insupportable quand il s’agit de porter un passe-montagne pendant des heures et des heures. Quand j’apprenais, peu après, qu’il avait été milicien en 1994 et qu’il avait participé au soulèvement — armé, celui-là — à Ocosingo le 1er janvier, je comprenais mieux pourquoi il considérait la marche de décembre dernier comme « tranquille »… En fin d’après-midi, alors que je regardais, chez un de ses voisins, un documentaire sur, justement, le soulèvement armé de janvier 1994, des compas nous informent qu’un avion militaire survole en ce moment la zone. Nous sortons et levons les yeux au ciel pour regarder l’engin. Le lendemain (je l’apprendrai de retour de la petite école), le Comité clandestin révolutionnaire indigène (CCRI) de l’EZLN publiait un communiqué dénonçant le survol, par des avions de l’armée, des cinq zones du territoire zapatiste. Non sans humour, le commandant Tacho y écrivait que, si les soldats du gouvernement désiraient suivre les cours de la petite école, ils pouvaient toujours essayer d’en faire la demande…

En fin de journée, début de soirée, les élèves de la communauté sont invités à assister à la projection d’un des deux DVD fournis lors de l’enregistrement au Cideci. Nous nous retrouvons sur le terrain récupéré, devant une bâtisse de béton aux murs peints sur laquelle un grand tissu blanc a été déployé — notre écran. Le film en question est bien foutu, il s’agit d’une présentation, caracol après caracol, de quelques projets collectifs, pierres angulaires de l’autonomie : cliniques, écoles, coopératives, etc. Chouette façon de conclure cette deuxième journée d’école.

Troisième jour d’école

Pour ce mercredi 14 août, il était à l’origine prévu que nous allions travailler dans un champ de frijoles. Mais, au lever, à 6 heures, José Martínez m’explique que le Conseil de bon gouvernement de La Garrucha a demandé aux votán de conduire les élèves sur un terrain récupéré. Après les deux petits déjeuners habituels, nous nous mettons donc en route, tous deux une machette sous le bras (la mienne est d’ailleurs bien plus grande que celle de la veille ; je comprendrai après pourquoi). Nous marchons pendant une heure et demie, dans la forêt, puis sur une route de terre, avant d’arriver, enfin, au terrain. Il s’agit d’une vaste terre, appartenant officiellement au gouvernement — qui n’en faisait rien depuis bien longtemps — mais récupérée par les zapatistes de La Garrucha en 1994 et, depuis, travaillée et exploitée collectivement par ceux qui s’y sont installés. De ce que j’en ai vu, il s’agit essentiellement d’élevage de vaches (et de quelques chevaux). Nous arrivons, en effet, devant un enclos de bois, au sein duquel quelques vaqueros zapatistes donnent patiemment du sel à leurs bêtes (environ une trentaine), lesquelles ne semblent pas toujours disposées à en prendre. Vient ensuite la tentative d’allaitement d’un petit veau plus ou moins abandonné par sa mère, qui refuse de le nourrir. C’est l’occasion de voir ces cow-boys mayas s’adonner à une tâche autrement plus difficile que la distribution de sel. Monté sur un cheval qui ne semble pas très costaud, un vaquero saisit la mère récalcitrante au lasso et l’entraîne à l’écart des autres bêtes, pendant qu’un autre porte le petit veau (lequel ne sait pas encore marcher). Mais la vache, puissante, fait trébucher le cheval (plutôt maigrichon), qui s’étale de tout son long, entraînant dans sa chute son cavalier. Et les problèmes ne font que commencer : la bête est énervée, agitée, ne tient pas en place, si bien qu’il est impossible de placer le veau sous ses pis. Après une tentative infructueuse, la vache est finalement couchée (ils la font chuter en lui prenant les pattes au lasso) et un vaquero se risque jusqu’à ses mamelles pour en tirer du lait… Mission réussie, semble-t-il…

Cet épisode terminé, mon votán m’enseigne le maniement de la machette longue et, un peu comme la veille, me charge de couper des petits tas d’herbes montantes, aux tiges plus solides et coriaces que celles de la milpa (ce qui explique l’usage d’une machette plus puissante). Cet entretien d’une partie du terrain en plein cagnard est plutôt épuisant, d’autant que la machette, plus longue donc plus lourde, n’est pas simple à manier (sans doute encore une histoire de classe moyenne française citadine). Après une pause repas (purée de frijoles et tortillas) à l’ombre d’un grand arbre, nous reprenons la marche, non pour rebrousser chemin, mais pour se rendre à la communauté zapatiste qui s’est installée sur ce terrain récupéré. Sur le trajet, qui dure une petite demi-heure, José Martínez m’explique que la récupération de cette terre inoccupée par les paysans zapatistes n’a pas été sans de sérieux problèmes avec le gouvernement. À plusieurs reprises, ils ont dû faire face à des groupes paramilitaires, parfois dans des situations particulièrement tendues sur lesquelles il ne s’est cependant pas épanché en détails. Cette petite marche est aussi l’occasion, pour mon votán, de me parler un peu des fameux travaux collectifs, qu’il dit être à la base du projet d’autonomie zapatiste. Comme leur nom l’indique, les travaux collectifs sont des tâches effectuées collectivement par la communauté ou le municipio (cela dépend du niveau auquel ils s’effectuent). Il s’agit principalement de travaux agricoles (culture du maïs et des frijoles) et d’élevage, mais le concept de « travail collectif » peut aussi recouvrir l’éducation, la santé, la communication. Les destinées de ces travaux sont diverses : nourrir les élus qui ont des charges nécessitant un travail à temps plein (et qui ne peuvent donc plus travailler la terre), appuyer des causes sociales (par exemple, dans la zone de La Garrucha, certains travaux collectifs servent à nourrir les familles des veuves des miliciens et insurgés morts au combat en 1994), nourrir une communauté (les travaux effectués sur le terrain récupéré où nous nous trouvons ce jour-là vont directement à la collectivité de la communauté qui y est installée).

Après ces quelques discussions, nous arrivons à la communauté zapatiste vers midi (du moins le crois-je, car je n’avais, en fait, aucune idée de l’heure). Ce petit village, qu’on pourrait dire perdu dans l’immensité verdoyante et sauvage, semble très tranquille, mais, en son centre, un grand bâtiment rappelle la réalité de la lutte. Il s’agit, ni plus ni moins, de la casa grande, l’ancienne demeure — de type colonial — du finquero qui, jadis, vivait ici, avec son lot d’Indiens durement exploités (pour se faire une idée des traitements ignobles infligés aux indigènes par les finqueros, lire avec intérêts les romans de B. Traven, notamment La Révolte des pendus). Cette grande bâtisse trône ainsi au milieu de la communauté, mais en ruines. Les zapatistes refusent de l’habiter (alors même qu’ils auraient pu en faire un chouette « quartier général » ou une salle des fêtes, ou autre), préférant la laisser vide et en détérioration, symbole d’un système qui, à force de luttes, a fini par s’effondrer — en partie, du moins. À l’intérieur, sur un des murs, quelqu’un a dessiné à la craie un portrait du Sup Marcos.

Mon votán et moi passons un peu de temps avec la femme et les enfants — en très bas âge — d’un de ses fils, qui vivent ici depuis quelque temps. On y est bien, tranquilles, au frais ; et c’est l’occasion de prendre du pozol et de goûter aux tamales sucrés, en regardant des cochons se battre pour vider le contenu d’un abreuvoir… Non loin de la maison, les enfants de la communauté en âge d’étudier assistent à leurs cours quotidiens dans une petite école de bois.

Après avoir jeté un œil rafraîchissant au Río Grande qui coule au pied de la communauté, nous entamons la marche du retour. Elle ne durera pas moins de deux heures, sous un soleil accablant et avec des pieds sur lesquels commencent à se former un certain nombre d’ampoules bientôt douloureuses. Le soir, en reparlant de la journée, et notamment du retour, José Martínez me dira que la marche est un aspect essentiel non seulement de la vie des peuples indigènes, mais aussi, et surtout, de la lutte zapatiste qui, dix ans avant le soulèvement armé de 1994, s’est construite à force de longues marches nocturnes et clandestines, de village à village, pour présenter l’EZLN et ses projets révolutionnaires. En quelque sorte, les heures de marche de la journée ont constitué en elles-mêmes un cours à part entière de la Petite École zapatiste.

Quatrième jour d’école
[Vegan, s’abstenir.]

Voir un cochon mort se faire éviscérer à 6 heures du matin avant le petit déjeuner est une foutue épreuve. Et c’est celle à laquelle j’ai été confronté au tout début de ce quatrième jour de petite école. La bête, tuée juste avant que j’arrive (ouf !), est posée sur le dos, les quatre pattes en l’air tenues par deux compas, et s’est fait ouvrir le bide de haut en bas avant qu’on ne lui retire tout ce qui ne se mangerait pas : intestins, foie, reins, cœur, etc. Il s’en est fallu de peu que je ne rejette mon repas du soir…

Ce quatrième jour est le dernier que je passe dans la communauté. Demain, vendredi 16 août, tous les élèves retourneront au caracol pour les derniers cours « magistraux » et la fête de fin d’école. Je passe une partie de la matinée à étudier les livres et à questionner mon votán. Il me parle un peu de la prise d’Ocosingo en 1994, du fonctionnement de la Banque autonome zapatiste (sorte de banque sociale, qui prête à un taux d’intérêt de 2 %), des différents groupes paramilitaires qui sévissent dans la zone de La Garrucha, et notamment de l’Oruga, très violent et en partie composé d’anciens zapatistes s’étant vendus au gouvernement. C’est l’occasion, du coup, de parler des possibilités de quitter l’EZLN après y être entré, ce qui, bien sûr, est faisable et est déjà arrivé quelques fois, sans pour autant que tous passent carrément de l’autre côté (beaucoup de ces anciens zapatistes se disent aujourd’hui « neutres »). Il évoque aussi les cas où un zapatiste se marie avec une priiste, et vice versa. On en vient, de fil en aiguille, à parler des relations, au sein de la communauté où nous vivons, entre la partie priiste et la partie zapatiste. José Martínez avoue que, au début, les choses n’ont pas été faciles mais qu’aujourd’hui les relations sont plutôt pacifiées (et rares). Du fait de cette division, il existe plusieurs assemblées communautaires : celles, rares, où se réunit toute la communauté (zapatistes et priistes) et celles, bien plus courantes, où ne se réunissent que les zapatistes (qui rejettent intégralement le système officiel). Au final, mon votán insiste sur le fait que les zapatistes ne donnent jamais dans la provocation, qu’ils ne recherchent en aucun cas le conflit avec les priistes ; le contraire reviendrait à faire le jeu des autorités gouvernementales, lesquelles ont de tout temps cherché à diviser les peuples indigènes pour mieux les contrôler et mater les velléités de rébellion.

Vers 10 heures, nous rejoignons d’autres élèves et d’autres gardiens et gardiennes pour préparer la petite fête qui se tiendra en fin d’après-midi dans la communauté pour marquer notre départ. Nous (les élèves ainsi rassemblés) décidons, pour remercier nos hôtes, de faire une sorte de grand escargot (caracol, en espagnol) humain et de scander des phrases de remerciement. Je ne sais pas si nous avions vraiment à faire une « démonstration » (quelque chose me gênait dans cette idée, mais je ne sais pas quoi), mais l’option « escargot » était assurément la plus sympathique des propositions (d’autres frôlaient un peu la niaiserie de colo ado).

Je passe l’après-midi à lire les manuels et à discuter, encore et toujours, avec mon votán. À midi, sa femme et sa fille ont tué, puis cuisiné, un poulet ; petit cadeau culinaire avant mon départ que j’accepte bien volontiers (ça change des frijoles !). Je suis aussi mis à contribution pour écosser deux bassines pleines de frijoles, ce qui nous prend bien une bonne heure, elle aussi passée à discuter de choses diverses et variées. Son fils, sa belle-fille et ses deux petits enfants vus la veille dans la communauté en terre récupérée viennent également rendre une petite visite.

La journée passe ainsi tranquillement, jusqu’à la fête, qui commence vers 16 heures (je crois). Un zapatiste prononce un court discours de remerciement à destination des élèves, insiste sur l’importance de cette initiative, puis nous faisons notre escargot (d’autres liront aussi, à leur tour, des textes, ou pousseront la chansonnette à la guitare, etc.). S’ensuit un chouette concert, donné par un groupe de musiciens zapatistes qui entonne des chants de lutte, parfois repris timidement par les élèves qui les connaissent (certains sont bien connus des militants pour être présents sur le coffret de quatre CD El Fuego y la Palabra sorti à l’occasion des dix ans du soulèvement armé, en 2004). Je trouve, pour ma part, ce moment plein d’émotion : nous voir ainsi réunis, zapatistes et militants solidaires, dans cette petite communauté en train de chanter l’espoir de meilleurs lendemains met du baume au cœur, comme on dit. Après le concert, certains élèves se frottent aux footballeurs amateurs (mais terribles) de la communauté. En les regardant jouer, je ne peux m’empêcher de repenser aux amusantes recommandations du sous-commandant Marcos dans un de ses derniers textes précédant la Petite École zapatiste : « J’ai vu des équipes multinationales d’authentiques cracks du foot succomber sur les “terrains de football” du caracol de La Garrucha. Dans cette zone, même les vaches connaissent la magie d’un ballon qui roule. »

Cinquième jour d’école

Vendredi 16 août, cinquième et dernier jour de la Petite École zapatiste. Nous quittons la communauté vers 9 heures, en bétaillères, direction le caracol, où nous devons rejoindre les autres élèves. Sur place, les zapatistes ont tué une vache et, dès 10 heures, nous goûtons à sa viande, accompagnée de petits légumes. Et si l’appétit n’est pas forcément là, je me vois mal refuser cette nouvelle attention culinaire.

Après avoir attendu plusieurs heures que tous les élèves de la zone soient arrivés au caracol, nous nous rassemblons tous dans la salle de classe (cette vaste structure de bois et de taule qui jouxte le bureau du Conseil de bon gouvernement) pour de nouveaux cours « magistraux ». En réalité, de cours « magistraux », il ne s’agira pas, et nous assistons à la session des « doutes et questions », censée éclairer les points mal compris. Pendant une petite heure, nos maestros et maestras répondent, chacun leur tour, à une série de questions rédigées la veille par les élèves qui les avaient ensuite données à leur votán qui, à leur tour, les avaient transmises aux professeurs. Ces questions sont, pour la plupart, intéressantes, bien qu’assez variées : comment s’organisent les appuis entre les caracoles, quelles sont les relations avec les priistes dans les communautés mixtes (pour le coup, j’avais déjà quelques éléments de réponse), les liens entre la justice zapatiste et celle du gouvernement, les différences entre agents et commissaires (là, le questionneur n’avait sans doute pas suffisamment lu les manuels !), qui s’occupe des enfants et du foyer quand la femme prend une charge/mandat (eh bien, c’est l’homme, aussi difficile que celui puisse lui paraître !), l’importance de la société civile dans la lutte zapatiste, l’homosexualité dans les communautés autonomes (question vraiment intéressante et réponse plutôt satisfaisante : chacun a droit à la sexualité qu’il désire, mais la situation ne s’est encore jamais produite), etc. Les questions écrites terminées, on passe aux questions directes, mais peu de gens s’y frottent (seulement deux, si je me souviens bien).

L’après-midi nous est libre, les cours sont finis, et on profite des derniers moments en compagnie de nos votán. Plusieurs matchs de basket se tiennent sur le terrain du caracol, avec des équipes où se mêlent zapatistes et internationaux et nationaux solidaires. Ayant pris bonne note des avertissements du Sup, je ne me risque pas, pour ma part, à l’exercice ! En fin de journée, nous avons droit à un concert et un bal de départ, régulièrement interrompus par de grosses averses. La fête s’étend sur toute la nuit, les artistes ont une pêche redoutable.

Le lendemain, samedi 17 août, nous nous levons à 5 heures pour un départ du caracol à 6 heures, direction le Cideci, à San Cristóbal de Las Casas, où nous attendent deux journées du Congrès national indigène (CNI), lequel organise ladite Chaire Tata Chávez Alonso. Bien qu’ayant assisté à cette initiative, impulsée par l’EZLN pour redynamiser et relancer le CNI, je ne me risquerai pas ici à un compte-rendu de ces deux jours intenses de discours en continu. Et si le lecteur souhaite en savoir davantage, il pourra toujours se reporter à la déclaration qui en est sortie et qui, depuis, a été traduite en français.

S’il faut une conclusion, disons que ce nouveau séjour au Chiapas, en terres zapatistes, fut riche en enseignements, l’initiative de l’EZLN justifiant tout à fait son nom de « petite école ». Ses enseignements, regroupés sous le nom de « La liberté selon les zapatistes », rappelèrent aux élèves invités l’importance centrale de la collectivité, du « nous » dans la construction d’une société réellement autonome. Ce même « nous » que nos sociétés capitalistes briment et détruisent sous l’apologie d’un « je » terriblement formaté, d’un « je » égoïste et égotiste au service de son intérêt propre, mais présenté comme garant de l’intérêt… général. Ce que les zapatistes nous enseignent, et ce dont ils témoignent, c’est que ce qui garantit le mieux la liberté du « je », c’est celle que le « nous » construit au quotidien. Cette liberté collective, les zapatistes l’appellent « autonomie », et il est assez incroyable de se rendre compte, sur le terrain, de sa viabilité. Non seulement de sa viabilité, mais aussi de ses possibilités d’extension. Car, dès l’origine, l’un des principaux défis de la révolution zapatiste résidait dans sa capacité, ou non, à dépasser le cadre communautaire pour organiser tout un territoire. Aujourd’hui, c’est un fait : malgré la contre-insurrection gouvernementale et un certain nombre de résistances internes quant à certains sujets, le projet d’autonomie zapatiste a bel et bien dépassé le cadre de la communauté, via la fondation des municipios autonomes (parfois sur les bases des officiels), puis celui de ces mêmes municipios via la création des caracoles et des Conseils de bon gouvernement.

Désormais, si l’heure est à la consolidation de l’organisation des cinq zones, on peut aussi voir les germes d’une coordination entre les caracoles, laquelle pourrait bien annoncer le franchissement d’un nouveau stade dans la construction de l’autonomie. La Petite École zapatiste fait partie de ces « germes », l’initiative ayant nécessité une collaboration entre les caracoles, notamment pour l’élaboration des manuels et des DVD. Ce qui n’allait pas de soi, car les liens entre les zones ne sont pas évidents (par exemple, mon votán m’expliquait qu’il n’avait jamais visité d’autres caracoles que le sien, La Garrucha). La Petite École annoncerait-elle, alors, le dépassement, par l’autonomie, du cadre zonal ? Ce serait parler trop vite et sans suffisamment d’éléments que de l’affirmer, mais il s’agit assurément d’une preuve supplémentaire que le projet zapatiste se renforce. Alors, certes, il y a toujours des tâtonnements, des décisions qui, finalement, sont revues ou abandonnées, des retours en arrière, mais l’autonomie est un mouvement permanent, animé par une constante remise en question collective et individuelle qui, loin d’empêcher les décisions, garantit leur efficacité en préservant la souveraineté de la base.

Ce deuxième voyage en terres zapatistes m’a donc à nouveau permis de faire la rencontre d’un vieil Antonio. Cette fois, il s’est appelé José Martínez ; il fut aussi sa femme, sa fille, ses deux fils ; je l’ai encore approché quand il se présentait comme maestro, mais aussi maestra. Et sans doute n’ai-je, parfois, pas fait attention à lui, alors qu’il essayait, en vain, d’attirer mon attention, sous une forme, une apparence encore différentes… Son enseignement est loin d’être terminé, pour sûr. Et je ne pourrai sans doute pas échapper à un nouveau voyage en ce monde libéré.

Guillaume Goutte
Août 2013.

Petite École zapatiste (La Garrucha, août 2013)

Source :
“la voie du jaguar”.

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