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Alors comme ça, on ne vous connaît pas ?

samedi 19 janvier 2013, par SCI Marcos & Galeano

Armée zapatiste de libération nationale
Mexique

Le 29 décembre 2012.

À qui de droit, là-bas en haut,

« Ils s’imaginent qu’ils sont dans le camp des vainqueurs…
Ce qui fait d’eux, outre des traîtres, des idiots. »

Tyrion Lannister, dans Le Trône de fer (Games of Thrones),
tome II : « La Bataille des rois », de George R.R. Martin. [1]

« Quelqu’un qui lit vit mille vies avant de mourir, dit Jojen.
Quelqu’un qui ne lit jamais n’en vit qu’une. »

Jojen Reed dans Le Trône de fer (Games of Thrones),
tome V : « Une danse avec des dragons », de George R.R. Martin.
(Le personnage de Jojen Reed n’apparaîtra que dans la troisième saison
de la série
Games of Thrones produite par HBO.
Il sera interprété par Thomas Brodie Sangster.
Note gracieusement fournie par Marquitos Spoil.)

« — Quand quelqu’un se dessine une cible sur la poitrine,
dit Tyrion après s’être assis et avoir bu une gorgée de vin,
il doit savoir que tôt ou tard il va recevoir une flèche. »

« — On a tous besoin que l’on se moque de nous de temps en temps,
Lord Mormont, répliqua Tyrion en haussant les épaules.
Sinon, on commence à se prendre trop au sérieux. »

Tyrion Lannister, s’adressant aux officiers de la Garde de nuit,
dans Le Trône de fer (Games of Thrones),
tome I : « Le Trône de fer ».

Ladies and Gentlemen (?),

Quand nous avons lu votre note, nous avons d’abord pensé qu’il s’agissait d’un poisson d’avril [2], mais ensuite, nous avons vu qu’elle était datée du 24 et non du 28.

Alors comme ça, on ne vous connaît pas, hein ? Hum, hum... Voyons voir :

Enrique Peña Nieto. Il n’est pas né à Atlacomulco, dans l’État de Mexico ? Ce n’est pas lui qui est parent avec Alfredo del Mazo et avec Arturo « mains baladeuses » Montiel ?

Ce n’est pas lui qui avait dicté, en collusion avec la municipalité PRD de Texcoco, l’expulsion des fleuristes d’Atenco et l’arrestation d’Ignacio del Valle, dirigeant du Front communal pour la défense de la terre, en mai 2006 ?

Ce n’est pas lui qui avait lâché son chien de chasse, le gangster Wilfrido Robledo Madrid, pour attaquer San Salvador Atenco et qui a ordonné à ses agents de police de commettre des agressions sexuelles à l’encontre des femmes ? Ce n’est pas lui l’auteur intellectuel de l’assassinat de Javier Cortés et d’Alexis Benhumea ? Ce n’est pas la Cour suprême de justice mexicaine qui avait dicté que les trois niveaux de gouvernement (notez bien : le gouvernement fédéral, du PAN ; le gouvernement de l’État, du PRI ; et la municipalité, du PRD) avaient effectivement commis de graves violations contre les droits des personnes de cette ville ?

Ce n’est pas lui qui s’était couvert de ridicule dans l’affaire de la petite Paulette, plus connue sous le nom de « l’affaire du matelas assassin » ?

Ce n’est pas lui qui s’était vanté de la violence policière à San Salvador Atenco et qui, avec son attitude hautaine, de son QG situé dans les W-C d’Ibero et oubliant qu’il était face à des jeunes gens critiques et non sur un plateau de télévision, avait ordonné de calomnier les dissidents, déclenchant ainsi le mouvement de jeunes et d’étudiants connu ensuite sous le nom de « #YoSoy132 » ?

Ce n’est pas lui dont le premier acte au sein du gouvernement, et cette fois en collusion avec le gouvernement PRD du District fédéral, a été d’ordonner de réprimer les manifestations du 1er décembre 2012, ce qui a débouché sur l’arrestation, la torture et l’incarcération d’innocents ?

Ce n’est pas lui qui n’a pas bien lu le « téléprompteur » qui l’accompagne partout, avant même le coup d’État médiatique du 1er juillet 2012 ?

Ce n’est pas non plus lui qui voudrait maintenant se cacher sous les jupes de sa prétendue parenté avec le défunt à répétition, comme dans un inepte feuilleton policier ?

Au fait, tant qu’on parle de feuilleton télévisé, ce sera quoi cette fois la mode du sexennat ? Avec Echeverría, on a eu droit aux menteurs patentés ; avec López Portillo, aux eaux minérales bien fraîches ; avec De la Madrid, au gris couleur rat ; avec Salinas de Gortari, au Prozac ; avec Zedillo, aux mauvaises blagues ; avec Fox, aux bons mots ; avec Calderón, au sang… Et avec Peña Nieto alors ? Aux « vraies histoires d’amours » ? J’arrive… Texto.

Bon, pardon, poursuivons avec ces inconnus de nous :

Emilio Chuayffet Chemor. Ce n’est pas lui qui a été le chef d’Enrique Peña Nieto, et son « maître » ? Il n’a pas été ministre de l’Intérieur, sous Ernesto Zedillo ? Ce n’est pas lui l’ivrogne qui avait dit à la Cocopa en 1996 que le gouvernement fédéral acceptait sa proposition de loi, pour brusquement se rétracter ? N’était-il pas l’un des auteurs intellectuels du massacre d’Acteal, en décembre 1997 ? Ce n’est pas lui qui avait voulu imposer la mode des « coquettes houpettes » chez les membres du PRI — et qui ne fut appuyé que par son pupille de l’époque, Enrique Peña Nieto ?

Pedro Joaquín Coldwell. Ce n’est pas lui qui était mandaté pour la paix au Chiapas par le gouvernement quand a eu lieu le massacre d’Acteal et qui n’a rien dit et a continué d’être payé pour ne rien faire ?

Rosario Robles Berlanga. Ce n’est pas elle qui était chef du gouvernement du District fédéral pour le PRD ? Ce n’est pas elle qui s’était vantée de la répression exercée par sa police en plusieurs occasions sur les jeunes étudiants de l’UNAM pendant leur grève, en 1999-2000 ? Ce n’est pas elle qui, à la tête du PRD, a vendu dans tous les sens du terme son parti ? Ce n’est pas elle qui est maintenant chargée de disputer aux Bejarano et consorts le corporatisme dans le District fédéral et dans l’ensemble de la République ?

Alfonso Navarrete Prida. Ce n’est pas lui qui avait commencé par couvrir le règlement de comptes du crime organisé qui a entraîné l’assassinat d’Enrique Salinas de Gortari (Eh ben dis donc ! Vous vous entendez à merveille, on dirait !) et qui a ensuite disculpé Arturo « mains baladeuses » Montiel ?

Miguel Ángel Osorio Chong. Ce n’est pas lui qui a été accusé de détourner des fonds gouvernementaux au profit du PRI ? Ce n’est pas sur lui qu’a été ouverte l’enquête préliminaire, dossier PGR/SIEDO/UEIDORPIFAM/185/2010, pour liens présumés avec l’organisation criminelle « Les Zetas » ? (Ah ! Tiens, changement de stratégie dans la lutte contre le narcotrafic ?)

(Oups ! Je m’aperçois que l’un des frères de la sous-secrétaire à l’Immigration, la Population et les Affaires religieuses, dépendant du ministère de l’Intérieur que dirige Monsieur Osorio Chong, fait l’objet de non pas une mais plusieurs enquêtes préliminaires — dont plusieurs portent le cachet « annulé pour cause de décès de l’intéressé », suivi d’un autre tampon « il n’est toujours pas mort » et d’encore un autre disant « ah ben, si, il se trouve qu’il est bien mortuté », et ainsi de suite… dix-huit fois ! Le dernier en date, « d’où il découle qu’il court toujours, le maudit », est du 21 décembre 2012 et une mention faite à la main signale : « en attente d’activation, attendre les indications de CSG ». Mouais… Que veulent bien pouvoir dire ces initiales ? Voilà qu’ils ont aussi changé le nom de la PGR ? Bref, que quelqu’un prévienne le tamponneur fou, quoi !)

Bien entendu, vous allez me dire que ce ne sont pas ces gens-là qui sont aux commandes et qu’en réalité c’est Carlos Salinas de Gortari qui dicte à Enrique Peña Nieto ce qu’il faut faire (Ah ! Qu’adviendrait-il de ce pays si on n’avait pas inventé le « téléprompteur » ?)

OK. OK. OK. Carlos Salinas de Gortari. Ce n’est pas lui qui a pillé comme aucun autre avant lui les richesses nationales pendant son mandat ? (Oui, je sais que c’est tous des voleurs ; mais disons qu’il y a des amateurs et des pros.) Ce n’est pas lui qui a ravagé la campagne mexicaine avec ses réformes de l’article 27 de la Constitution ? Ce n’est pas lui qui a failli s’étrangler par notre faute en portant son toast de la Saint-Sylvestre, à l’aube du 1er janvier 1994 ? Ce n’est pas lui qui a vu ruinés ses rêves de dictature par des fusils en bois ? Ce n’est pas lui qui avait commandité l’assassinat de Luis Donaldo Colosio Murrieta ? Ce n’est pas lui qui s’était couvert de ridicule avec sa grève de la faim, en 1995 ? Ce n’est pas lui qui, le 21 décembre dernier, demandait d’une voix hystérique au téléphone rouge « Qu’est-ce qu’ils disent ? Qu’est-ce qu’ils disent ? », et qui a été parcouru d’un frisson de terreur quand on lui a répondu : « Rien ! Ils gardent un silence total. »

Vous tous et toutes, ce n’est pas vous qui avez toujours choisi la violence plutôt que le dialogue ?

Qui avez systématiquement recours à la force quand ils n’ont pas raison ?

Qui avez été à l’école de la corruption et de la vilénie dans tous les partis politiques ?

Ce n’est pas vous qui avez refusé d’appliquer les Accords de San Andrés, qui signifieraient la reconnaissance constitutionnelle des droits et de la culture indigènes et qui mettraient fin aux spoliations maquillées en mines, en aqueducs, en barrages, en stations balnéaires, en routes et en parcellisations ?

Ce n’est pas vous, avec tous vos collègues de la classe politique, qui ressemblez à s’y méprendre à ces consultants en sécurité essayant de convaincre les locataires des appartements du milieu et d’en haut et ceux des penthouses, dans les grands immeubles, qu’ils ne courent aucun danger, pendant que l’on dynamite les appartements d’en bas, le rez-de-chaussée et les caves ? Et, au fait, il y a quelqu’un qui vous croit ?

Vous qui m’avez tant de fois tué, tant de fois déclaré mort, éteint, défunt, cadavre, disparu, défait, vaincu, rendu, acheté, éliminé, pensez-vous que l’on va vous croire quand il arrivera vraiment que, comme dans l’amour, je me livrerai corps et âme à la mort et que je ne serai plus qu’un peu plus de terre dans la terre ?

Si vous avez répondu « non » à l’une ou l’autre de ces questions, alors vous avez raison : nous ne vous connaissons pas.

Des montagnes du Sud-Est mexicain,
sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, décembre 2012.

P-S : QUI RÉPÈTE. Je sais bien que vous le savez déjà, mais il est bon que vous vous en souveniez : nous n’avons pas peur de vous. Ah ! Et puis, nous ne sommes pas les seuls.

P-S : QUI, GÉNÉREUX, OFFRE AUX MAUVAIS GOUVERNEMENTS UN MANUEL EN DIX ÉTAPES (notez bien : qui se lit facilement, pas la peine d’avoir peur) POUR IDENTIFIER UN ZAPATISTE ET SAVOIR S’IL EST OUI OU NON EN MESURE DE DIRE QU’IL « EST EN CONTACT AVEC L’EZLN » :

1. S’il demande de l’argent ou des projets à l’une ou l’autre des instances de gouvernement, IL N’EST PAS ZAPATISTE ;
2. S’il établit un canal de communication direct avec nous sans l’annoncer publiquement auparavant, IL N’EST PAS ZAPATISTE ;
3. S’il demande à parler ou s’adresse directement à l’une ou l’autre des instances de gouvernement sans l’annoncer publiquement auparavant, IL N’EST PAS ZAPATISTE ;
4. S’il veut des responsabilités, un poste, un hommage, un prix, etc., IL N’EST PAS ZAPATISTE ;
5. S’il a peur, IL N’EST PAS ZAPATISTE ;
6. S’il se vend, se rend ou fléchit, IL N’EST PAS ZAPATISTE ;
7. S’il se prend très au sérieux, IL N’EST PAS ZAPATISTE ;
8. S’il ne donne pas des frissons de terreur en le voyant, IL N’EST PAS ZAPATISTE ;
9. S’il ne donne pas l’impression d’en dire plus avec ce qu’il ne dit pas, IL N’EST PAS ZAPATISTE ;
10. Si c’est un de ces fantômes qui disparaissent, IL N’EST PAS ZAPATISTE.

P-S : QUI S’EXCUSE. Oui, je sais bien que vous attendiez quelque chose de plus sérieux et de plus formel. Mais le style et le ton de cette missive ne constituent-ils pas une meilleure « preuve de vie » qu’une photographie ou une vidéo, et même que ma signature ?

LE P-S EN PROFITE POUR REMETTRE AU SUP MARCOS UN HAIKU DE MARIO BENEDETTI : « Je ne veux plus te voir / pendant tout le reste de l’année / autrement dit, à mardi ! »

¡Que se acaben los guapos !, par Botellita de Jerez,
groupe formé de Sergio Arau, Armando Vega Gil et Francisco Barrios “El Mastuerzo”.

Quand il était encore gouverneur de l’État de Mexico, en février 2011, Enrique Peña Nieto avait violemment fait annuler un concert de Botellita de Jerez. Les Botellos, dont le nom dit suffisamment leur souffrance, ne se sont pas dégonflés et continuent à tousser bruyamment. Tous ceux qui comme nous sortent d’un moule cabossé se joignent à leurs exigences : mort aux beaux gosses, “mas vale feo pero sabroso, que ser guapo y baboso” (« Mieux vaut être moche mais savoureux que beau et baveux ! »).

Traduit par SWM.
Source du texte original :
Enlace Zapatista

Notes

[1Note du traducteur. Chacun des cinq tomes de la saga Games of Thrones, paru en français sous le nom Le Trône de fer, ont été découpés en plusieurs parties pour l’édition française. Ainsi, le premier tome, intitulé A Song of Ice and Fire dans l’original, est découpé en deux parties : « Le Trône de fer » et « Le Donjon rouge ». Les deuxième, troisième et cinquième tomes, en trois parties. Et le quatrième tome, en quatre parties. N’en ayant lu aucun, j’indique donc ici les parties qui ont le même titre que chacun des tomes cités par Marcos.

[2Une inocentada, dans l’original. C’est le nom donné en espagnol aux « poissons d’avril », que l’on fait le 28 décembre de chaque année, le jour des Saints Innocents. (NdT)

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