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Colombie
San José de Apartadó
Pas de paix pour la communauté de paix

samedi 13 janvier 2018, par Traba

Une fois n’est pas coutume, ce texte n’est pas écrit depuis là où nous sommes.
Juste un petit pas de côté. Parce que les nouvelles qui nous proviennent de Colombie ne sont pas bonnes. Parce que la paix n’est rien de plus qu’un bout de papier signé à La Havane. Nous le pressentions. Nous en avons la preuve aujourd’hui.

Depuis 2011, nous suivons et soutenons la Communauté de paix de San José de Apartadó [1]. Des hommes et des femmes, déplacés par le conflit, qui ont décidé de vivre sans le bruit des armes. Ils ont créé leur propre système d’éducation, de commerce équitable de cacao ; ils ont aussi récupéré le savoir ancestral des plantes. Leur lutte ne s’est pas faite sans larmes ni douleur, des centaines de morts depuis leur création en mars 1997.

En 2015, Jesús Emilio, à l’époque représentant du conseil interne, nous avait confié ses doutes sur les accords de paix [2]. Pour lui, c’était juste le moyen pour l’État colombien de redonner confiance aux investisseurs étrangers, de vendre un territoire comme on vendrait des parts de gâteau (pétrole, mines, or, etc.). Les paysans savaient bien que pour cela l’État allait reprendre ses vieilles méthodes, semer la terreur avec les groupes paramilitaires pour déplacer toute personne qui s’opposerait à ces projets économiques. Forcément, ce scénario catastrophe n’est pas resté à l’état de fantasme.

Le 29 décembre 2017, suite à plusieurs communiqués dans les semaines précédentes, la communauté de paix a dénoncé l’incursion de paramilitaires au village principal, San Josecito, dans l’intention d’assassiner son représentant légal, Germán Graciano Posso.

Ce communiqué précise qu’un paramilitaire du nom d’Arcadio s’est présenté à la communauté sous prétexte de vendre du cacao, afin de vérifier la présence de Germán, information qu’il a immédiatement communiquée par téléphone portable. Quelques minutes plus tard, vers 10 h 15, quatre paramilitaires sont arrivés à l’entrepôt où la communauté commercialise le cacao. Parmi eux se trouvaient le commandant paramilitaire de la zone connu sous le nom de « Felipe », et Ricardo David, largement connus dans la région. Ils se sont identifiés comme : James Cardona Higuita et Humberto Antonio Londoño Usuga. Ils ont d’abord tenté de faire entrer plusieurs membres de la communauté dans une pièce les menaçant de mort avec leurs armes. Plusieurs membres de la communauté se sont interposés afin de désarmer l’un d’entre eux et immobiliser les autres pour les attacher. Dans la lutte, Germán et d’autres membres de la communauté ont été blessés, tout comme deux paramilitaires immobilisés. Trois paramilitaires ont réussi à s’échapper.

Cette incursion criminelle a profondément choqué la communauté et leur a fait revivre les heures les plus sombres de leur histoire. N’ayant aucune confiance dans la justice locale et régionale, qu’ils savent corrompue jusqu’à la moelle, ils ont préféré avertir les hauts-fonctionnaires de l’État afin de leur remettre les deux détenus, qui ont été pris en charge par le corps technique d’investigation de la fiscalia. Ils ont été libérés aussitôt et plusieurs témoins affirment les avoir croisés dans les rues d’Apartadó. Selon eux, ils disent vouloir se venger de l’humiliation subie et anéantir une bonne fois pour toute la communauté.

Suite à ces faits, la communauté internationale, des ONG, des évêques ont publiquement fait part de leur indignation. Un soutien de poids dans le rapport de force qui se joue dans ce territoire. Notamment face aux mensonges éhontés du gouverneur d’Antioquia, qui refuse la version de la communauté et qui invoque une intention de vol des recettes de la vente du cacao, par des délinquants, dont certains seraient issus de la communauté. Encore une fois, l’État fabrique ses mensonges et s’arrange avec l’histoire…

Ce petit texte pour rappeler que le gouvernement colombien qui a signé les accords de paix continue de vouloir exterminer celles et ceux qui construisent la paix depuis près de vingt ans. Parce que l’information, la diffusion, les dénonciations de violations des droits humains sont le seul point d’achoppement d’un gouvernement, drapé dans ses pseudo-accords de paix. Face aux menaces de représailles, nous devons rester aux aguets. Notre vigilance, c’est un peu de leur force. Et leur force, un peu de notre humanité.

San Cristóbal de Las Casas,
6 janvier 2017.
Traba

Photographie : Patxi Beltzaiz.
De l’autre côté du Charco
7 janvier 2017.

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