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Depuis le mouvement d’occupation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, devant le tribunal de grande instance de Nantes le 13 janvier 2016

lundi 18 janvier 2016, par ZAD

Nous revoilà réunis à cet endroit qui devient presque un rendez-vous habituel...

Sauf que cette fois-ci on est beaucoup plus nombreux que d’habitude. Ça fait chaud au cœur. La gravité de la demande d’AGO-Vinci contre les habitants et paysans de la ZAD dits historiques ne laisse pas indifférent.

En cet étrange endroit se mêlent habituellement deux sentiments contradictoires :

D’une part, une chaleureuse ambiance de solidarité, un moment privilégié pour se retrouver, pour discuter sans contrainte de temps et se sentir unis.

Et, d’autre part, un sentiment désagréable d’attente face à l’oppression judiciaire, en ce lieu noir dont le motif architectural unique et répétitif qu’est la cellule symbolise le châtiment carcéral ; et la forme massive, immense et verticale du bâtiment, la domination de l’État, domination s’exerçant au nom de la lutte contre l’injustice. Quant aux fuites dans le plafond de Jean Nouvel à chaque fois qu’il pleut, elles symbolisent sans doute les brèches dans un prestige et une autorité de façade des institutions.

Dans ce bâtiment, des magistrats qui se prennent ridiculement au sérieux dans leur uniforme à bavette relaxent toujours les flics auteurs de mutilations, comme ce fut le cas pour les blessés du 22 février, tandis qu’ils condamnent les participant·e·s de la lutte contre l’aéroport et son monde avec une sévérité toute particulière. Les exemples sont nombreux : les interdictions de territoire à l’encontre les habitant·e·s de la ZAD étaient systématiques durant la phase d’occupation militaire de la ZAD. Un an d’emprisonnement pour avoir participé à fabriquer un fumigène de manif, etc.

Il n’y a pas de quoi s’en étonner : nos mondes sont ennemis, il n’est donc pas surprenant qu’ils se combattent. Simplement parce que les logiques émancipatrices, d’un côté, et gestionnaires, de l’autre, sont incompatibles et irréconciliables.

Des tribunaux, à la ZAD, on n’en a pas. Et on n’en veut pas, d’ailleurs. Pas que l’on n’y ait pas de conflits, vous imaginez bien ! Mais il ne viendrait à l’idée de personne de vouloir trancher ces conflits sous une idéologie de justicier. La démarche est au contraire de rechercher collectivement une résolution des problèmes, pour rendre les désaccords vivables, et aussi de déconstruire les systèmes d’oppression et de domination. La différence est de taille : elle change la vie.

Construire dans la durée, au fil des années, un vivre ensemble à cette échelle qui dépasse de loin celle d’une communauté, et à ce niveau d’hétérogénéité sociale, est un fait exceptionnel. Pour cette raison, certains voient en la ZAD un précieux et passionnant laboratoire social. Mais pour nous qui y vivons, c’est surtout une chance rare, un extraordinaire espace de liberté pris aux aménageurs, sur lequel nous avons eu le temps de tisser de riches relations d’amitié et de complicité dans la vie quotidienne et dans la lutte, avec les habitants historiques, les paysans, de nombreux riverains, avec tous les gens qui nous soutiennent et avec lesquels nous luttons. Nous savons bien que ces libertés et ces relations ne sont pas hors sol et ne se déménagent pas, mais qu’elles dépendent de la géographie des lieux. Un peu comme les espèces protégées de la ZAD. C’est pourquoi nous les défendons par tous les moyens et contre toute attaque.

Or évidemment, nous qui avons répondu à l’appel à occupation nous sentons très fortement attaqués aussi par ces procédures d’expulsion, même si elles ne touchent directement que les habitants dits « historiques ». Pour plusieurs raisons.

  • Tout d’abord parce que les habitants visés par cette procédure, en plus d’avoir refusé toute négociation avec AGO-Vinci, sont justement ceux qui nous ont appelés à venir habiter sur la zone, et nous ont ouvert leurs portes, au sens figuré comme au sens propre. Les Fosses Noires, le Liminbout, la Vacherit... sont des lieux que nous ont ouverts ces habitants... Ils méritent donc toute notre estime, et tout notre soutien le plus actif.
  • Ensuite, parce que, au fil du temps passé à vivre, à s’organiser et à lutter ensemble, on en est venus à établir des liens de familiarité et de camaraderie qui nous sont chers.
  • Et encore parce que nous serions certainement bien mal à l’aise de continuer à vivre à un endroit dont seraient exclus les gens qui nous y ont invités.
  • Enfin, parce que nous devinons bien que l’expulsion des habitants dits historiques n’est qu’une étape pour à terme vider la ZAD, et donc pour nous affaiblir en tant que tout.

Pour toutes ces raisons, nous pouvons le dire : nous sommes et resterons intimement solidaire des habitants et paysans de la ZAD attaqués par AGO-Vinci.

Et donc, il n’y aura pas d’aéroport.

Des habitant·e·s de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes

Source : zad.nadir.org

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