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Idle No More ! Lettre de Bolivie

mardi 26 février 2013, par Oscar Olivera

Idle No More, en espagnol, en anglais, en français et dans la langue de l’indignation, signifie : mettons la parole en mouvement, mettons nos corps en mouvement.

Les nouvelles qui nous parviennent du Nord, de cette terre froide qu’on appelle Canada, sont comme un vent impétueux et brûlant : il s’agit de la grève de la faim de notre sœur, Theresa Spence. Pour nous, cette grève de la faim représente le désir de justice de milliers d’hommes, de femmes, d’enfants, jeunes et vieux indigènes issus de nombreux points du globe, notamment de notre Amérique, de territoires ayant des gouvernements (mal nommés) indigènes et/ou populaires (en Équateur, en Argentine et en Bolivie).

Depuis l’an 2000, du Kollasuyo [1], de Cochabamba, nous nous dressons contre l’oubli et pour le recouvrement de notre voix et de notre capacité à décider de notre présent et de notre futur. Douze ans plus tard [2], nous sommes toujours debout et nous cheminons, vainquant chaque jour l’indifférence, le mépris, la contrainte, la colère et les pillages auxquels veulent nous soumettre continuellement les gouvernants, les politiciens associés aux multinationales qui détruisent nos terres. Ils ne parviendront jamais à nous vaincre, et c’est pour cela que d’ici, du cœur de cette Terre, nous vous disons que votre lutte, frères du Nord, est notre lutte.

C’est notre lutte comme le sont toutes les batailles que livrent nos frères du Sud : frères et sœurs de la Patagonie argentine, Mapuches du Chili, Quechuas de Cajamarca au Pérou, Quichuas de la Confédération des nationalités indigènes de l’Équateur (CONAIE), paysans du Paraguay, Indiens des terres basses du Territoire indigène et parc national Isiboro Secure (TIPNIS) en Bolivie, frères et sœurs du Cauca en Colombie, du Honduras, du Guatemala, du Salvador, et la courageuse et digne Armée zapatiste de libération nationale avec nos frères et sœurs chiapanèques de la forêt Lacandone.

Votre lutte, frères et sœurs du Nord, est notre lutte. Vous n’êtes pas seuls. Vous n’êtes pas seules. Vous ne le serez jamais. La preuve, ce sont ces quinze mois de résistance à la contrainte, à l’autoritarisme et à la prétention des riches et des puissants à vouloir transformer l’éducation en un vaste négoce. La résistance de ces étudiants universitaires au Québec a été la nôtre et, si personne n’a réussi à prostituer l’éducation, c’est grâce à l’organisation, grâce à l’unité et grâce à l’action de quelques poignées de gens, c’est grâce au peuple canadien et au peuple québécois.

Nous présentons dans ces lignes notre solidarité à votre action, qui est notre action. Notre solidarité avec vos voix, qui sont les nôtres, notre solidarité avec vos tambours, qui sont les nôtres. Notre solidarité avec votre joie. Nous réaffirmons notre désir d’être l’écho de la lutte que vous livrez, notre volonté d’œuvrer pour que cette lutte se transforme en victoire, en joie, en vie.

Hasta la victoria siempre.

Oscar Olivera
guerrier de l’eau

Janvier 2013
Cochabamba, Bolivie.
Été indien au Sud,
hiver joyeux, combatif
et brûlant au Nord

Traduit par M.L.
Texte espagnol : ACIN

Notes

[1Le Kollasuyo, qui correspond à l’actuelle Bolivie, formait la partie méridionale de l’Empire inca.

[2L’auteur fait référence à « la guerre de l’eau », qui s’est déroulée dans la ville de Cochabamba (Bolivie) en 2000.

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