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L’EZLN annonce de prochaines initiatives

vendredi 11 janvier 2013, par EZLN

Communiqué du Comité clandestin révolutionnaire indigène
Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale.

Mexique.

Le 30 décembre 2012.

Au peuple mexicain,
Aux peuples et gouvernements du monde,

Frères et sœurs,
Compañeros et compañeras,

Le 21 décembre 2012, avant que l’aube se lève, des dizaines de milliers d’indigènes zapatistes se sont mobilisés pour occuper, de manière pacifique et en silence, cinq chefs-lieux de l’État mexicain sud-oriental du Chiapas.

Dans les villes d’Altamirano, Las Margaritas, Ocosingo, Palenque et San Cristóbal de Las Casas, nous avons regardé autour de nous et nous nous sommes regardés nous-mêmes en silence.

Notre message n’est pas un message de résignation.

Ce n’est pas non plus un message de guerre, de mort ou de destruction.

Notre message est un message de lutte et de résistance.

Suite au coup d’État médiatique qui voulait masquer l’ignorance mal dissimulée et plus mal feinte encore du pouvoir exécutif mexicain, nous nous sommes manifestés pour leur faire savoir à tous que si eux n’avaient jamais disparu, nous non plus !

Il y a maintenant six ans de cela, une partie de la classe politique et intellectuelle s’est mise à chercher ailleurs un responsable à sa propre défaite. À l’époque, nous, nous étions dans des villes et dans des communautés, occupés à nous battre pour que justice soit rendue à un Atenco qui n’était pas en vogue à ce moment-là.

À l’époque, on nous a d’abord calomniés, pour essayer de nous faire taire ensuite.

Incapables dans leur malhonnêteté de voir que c’est en eux seuls que résidait et réside le ferment de leur propre échec, ils ont cherché à nous rayer de la carte par leur mensonge et leur silence complice.

Six ans plus tard, deux choses sont parfaitement claires :

Eux n’ont pas besoin de nous pour échouer.

Et nous, nous n’avons pas besoin d’eux pour survivre.

Nous qui n’avions jamais disparu, bien que l’ensemble des médias se soient acharnés à le faire croire, nous avons resurgi, indigènes zapatistes, ce que nous sommes et que nous serons à jamais.

Au cours de ces longues années, nous avons gagné en force et nous avons significativement amélioré nos conditions de vie. Notre niveau de vie est supérieur à celui des communautés indigènes proches des gouvernements successifs, qui, elles, bénéficient de leurs aumônes et les gaspillent en alcool et en articles inutiles.

Nos logements s’améliorent, sans porter préjudice à la nature en lui imposant des chemins qui lui sont étrangers.

Dans nos villages, la terre qui servait auparavant à engraisser le bétail des grands propriétaires et autre latifundistes sert aujourd’hui à faire pousser notre maïs, nos haricots et les légumes qui illuminent nos repas.

Notre travail nous donne la double satisfaction de nous fournir le nécessaire pour pouvoir vivre dignement et de contribuer à la croissance collective de nos communautés.

Nos enfants, garçons et filles, vont dans une école où on leur enseigne leur propre histoire, celle de leur patrie et celle du monde, de même que les sciences et techniques nécessaires pour s’enrichir intellectuellement sans cesser d’être indigènes.

Les femmes indigènes zapatistes ne sont pas vendues comme une marchandise.

Les indigènes partisans du PRI recourent à nos hôpitaux, à nos cliniques et à nos laboratoires parce que, dans ceux du gouvernement, ils n’y a ni médicaments, ni matériel médical, ni docteurs ou personnel qualifié.

Notre culture s’épanouit, non pas isolée mais enrichie au contraire par le contact avec la culture d’autres peuples du Mexique et du monde.

Nous gouvernons et nous nous gouvernons nous-mêmes, en recherchant toujours en premier lieu l’accord au lieu de l’affrontement.

Tout cela a été obtenu non seulement sans le gouvernement, sans la classe politique ni les médias qui vont avec, mais aussi en résistant à leurs attaques de toutes sortes.

Nous avons fait la preuve, une fois de plus, que nous sommes qui nous sommes.

Avec notre silence, nous avons manifesté notre présence.

Aujourd’hui, avec notre parole, nous déclarons :

Premièrement, que nous réaffirmerons et consoliderons notre participation au Congrès national indigène, lieu de rencontre avec les peuples originels de notre pays ;

Deuxièmement, que nous renouerons contact avec nos compañeros et compañeras adhérents et adhérentes à la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone, au Mexique et dans le monde ;

Troisièmement, que nous tenterons de reconstruire les ponts tendus avec les autres mouvements sociaux qui sont apparus et apparaîtront, non pas pour en prendre la tête ou pour les supplanter mais pour apprendre d’eux et de leur histoire, de leurs chemins et de leurs buts ;

Pour y parvenir, nous avons obtenu le concours de personnes et de groupes en différents points du Mexique constitués en équipes de soutien des Commissions Sexta et internationale de l’EZLN pour servir de courroies de communication entre les bases de soutien zapatistes et les personnes, groupes et collectifs adhérents à la Sixième Déclaration, au Mexique et dans le monde, qui conservent leur détermination et leur engagement dans la construction d’une alternative de gauche non institutionnelle ;

Quatrièmement, que nous conserverons notre distance critique envers la classe politique mexicaine, qui, dans sa totalité, n’a rien fait d’autre que s’enrichir aux dépens des besoins et espoirs des gens humbles et simples ;

Cinquièmement, en ce qui concerne le mauvais gouvernement fédéral, les gouvernements des États mexicains, les autorités municipales, les instances exécutives, législatives et judiciaires, ainsi que les médias qui les accompagnent, nous déclarons ce qui suit :

Les mauvais gouvernements de l’ensemble du spectre politique, sans aucune exception, ont tout fait pour nous éliminer, pour nous acheter, pour que nous nous rendions. Le PRI, le PAN, le PRD, le Parti vert écologiste mexicain, le PT, Convergence citoyenne et le futur parti de Régénération nationale, tous nous ont attaqués militairement, politiquement, socialement et idéologiquement.

Les grands moyens de communication ont tenté de nous faire disparaître, d’abord par la calomnie servile et opportuniste, par leur silence sournois et complice ensuite. Ceux qu’ils ont servis et qui les arrosaient gracieusement en retour ne sont plus là. Et ceux qui prennent leur relève aujourd’hui ne dureront pas plus longtemps que leurs prédécesseurs.

Comme l’a montré de façon évidente le 21 décembre 2012, tous ont échoué.

Il incombe désormais au gouvernement fédéral, aux pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire de décider, soit de renouer avec leur politique de contre-insurrection (qui n’a eu pour seul résultat qu’une simulation rachitique, maladroitement alimentée par la gestion des médias), soit d’admettre enfin et de remplir leurs engagements en reconnaissant par décret constitutionnel les droits et la culture indigènes, comme cela est établi par les Accords de San Andrés, signés par le gouvernement fédéral en 1996, à la tête duquel se trouvait alors le même parti que celui qui dirige aujourd’hui le pouvoir exécutif.

Il incombe désormais au gouvernement chiapanèque de décider, soit de poursuivre la stratégie malhonnête et désastreuse de son prédécesseur — prédécesseur qui, en plus d’être corrompu et menteur, a détourné l’argent du peuple du Chiapas afin de s’enrichir, lui et ses complices, et s’est attelé à acheter de manière éhontée la voix et la plume de journalistes dans les médias, tandis qu’il plongeait les Chiapanèques dans la misère et simultanément usait des policiers et de paramilitaires pour tenter de freiner les progrès en matière d’organisation des peuples zapatistes —, soit, au contraire, dans la vérité et la justice, d’accepter et de respecter notre existence et de se faire à l’idée qu’un nouveau mode de vie social s’épanouit en territoire zapatiste, au Chiapas, Mexique. Épanouissement qui attire d’ailleurs l’attention de gens honnêtes sur la planète tout entière.

Il incombe désormais aux autorités municipales de décider si elles veulent continuer à avaler les couleuvres grâce auxquelles les organisations antizapatistes ou prétendument « zapatistes » les escroquent en obtenant des fonds pour pouvoir agresser nos communautés en toute impunité ou, au contraire, de mieux employer cet argent pour améliorer les conditions de vie de leurs administrés.

Il revient désormais au peuple mexicain qui s’organise dans le combat électoral et résiste de décider s’il veut continuer de voir en nous des ennemis ou le rival sur qui décharger sa frustration devant les innombrables fraudes et agressions que, au bout du compte, nous subissons tous, et si, dans sa lutte pour le pouvoir, il continue à s’allier à nos persécuteurs ou, au contraire, s’il reconnaît enfin en nous une autre manière de faire de la politique.

Sixièmement, dans les jours qui suivent, par l’intermédiaire de ses Commissions Sexta et internationale, l’EZLN fera connaître une série d’initiatives à caractère civil et pacifique pour lui permettre de continuer à faire son chemin avec les autres peuples originaires du Mexique et de l’ensemble du continent, ainsi qu’avec les personnes qui, au Mexique et dans le monde entier, résistent et luttent, en bas et à gauche.

Frères et sœurs,
Compañeros et compañeras,

Par le passé, nous avons eu la chance de bénéficier d’une attention honnête et noble de divers moyens de communication. À l’époque, nous les en avons remerciés, mais cet état de choses a été complètement effacé par leur attitude ultérieure.

Ceux qui avaient parié que nous existions uniquement par et dans les médias, et que le blocus de mensonges et de silence auquel on nous a soumis réussirait à nous faire disparaître, se sont trompés.

Quand il n’y avait ni caméra, ni microphone, ni stylo à bille, ni oreilles, ni regard, nous continuions d’exister.

Quand on nous calomniait, nous continuions d’exister.

Quand on nous entourait de silence, nous continuions d’exister.

Et nous voilà, toujours là, à continuer d’exister.

Le chemin que nous avons entrepris, comme cela a été amplement démontré, ne dépend pas d’un quelconque impact médiatique, mais bien de notre compréhension du monde et de ses parties, de la sagesse indigène qui guide nos pas, de l’inébranlable détermination que donne la dignité d’en bas et à gauche.

Dès maintenant, notre parole commencera à être sélective quant à ses destinataires et ne pourra être comprise, à de rares exceptions près, que par ceux qui auront fait et font un bout de chemin avec nous sans être esclaves des modes médiatiques et ponctuelles.

Chez nous, non sans erreurs et avec beaucoup de difficultés, une autre manière de faire de la politique est d’ores et déjà devenue réalité.

Peu nombreuses, très peu nombreuses, seront les personnes qui auront le privilège de connaître cette réalité et d’apprendre directement d’elle.

Il y a maintenant dix-neuf ans, nous vous avons surpris en nous emparant par le feu et par le sang de vos villes. Aujourd’hui, nous l’avons refait, sans armes, sans mort, sans rien détruire.

Nous nous différencions de la sorte de ceux qui, pendant leur mandat de gouvernement, ont semé et sèment encore la mort parmi leurs administrés.

Nous sommes les mêmes qu’il y a cinq cents ans, qu’il y a quarante-quatre ans, qu’il y a trente ans, qu’il y a vingt ans, qu’il y a tout juste quelques jours.

Nous sommes les zapatistes, les plus petits, ceux qui vivent, luttent et meurent dans ce recoin perdu de la patrie, ceux qui ne fléchissent pas, qui ne se vendent pas, qui ne se rendent pas.

Frères et sœurs,
Compañeros et compañeras,

Nous sommes les zapatistes, nous vous embrassons chaleureusement.

Démocratie !
Liberté !
Justice !

Des montagnes du Sud-Est mexicain.
Pour le Comité clandestin révolutionnaire indigène
Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale,
sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, décembre 2012 - janvier 2013.

Traduit par SWM.
Source du texte original :
Enlace Zapatista

Latinoamérica, Calle 13
René Pérez Joglar, Eduardo José Cabra Martínez (invité) et Ileana Cabra (PG 13)
avec Totó la Mamposina, Susana Baca et María Rita.

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