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La lutte de Pancho Villa :
rendre au monde rural ce qui lui revient

dimanche 29 juillet 2018

Il y a cent quarante ans naissait José Doroteo Arango Arámbula, dit « Pancho » Villa (1878-1923). Pauvre, orphelin et paysan, il a su infléchir, non seulement la main du destin, mais aussi l’histoire de son pays.

Francisco « Pancho » Villa grandit comme un enfant orphelin paysan. C’est peut-être pour cela qu’il a consacré sa lutte au monde rural, dévouement très valorisé par le monde paysan qui, jusqu’à aujourd’hui, le considère comme l’une de ses plus grandes figures.

Voleur de bétail durant sa jeunesse, il rejoint en 1910, à trente-deux ans, le mouvement révolutionnaire de Francisco Madero. Il y fait la connaissance d’Abraham González, qui lui enseigne ce qu’on apprend à l’école primaire, ce qui lui change la vie. C’est à partir de ce moment qu’il développe ses idées politiques et théorise.

Il se distingue en tant que chef lors de plusieurs batailles, se fait remarquer par sa révolte, son intelligence et son audace et devient gouverneur de l’État de Chihuahua en 1914.

Durant son mandat, Villa saisit des magasins et remplaça les commerçants sans scrupules par d’honorables administrateurs, il baisse les prix du maïs, des haricots rouges et de la viande, et expulse de cet État nombre d’Espagnols accusés de conspirer contre le Mexique.

Il rouvre en outre l’Institut scientifique et littéraire et crée plus de trente écoles dans lesquelles il poursuit ses études primaires.

En décembre de cette même année il s’unit au guérillero Emiliano Zapata, qui allait devenir son grand compagnon, et ensemble ils prennent la ville de Mexico.

En 1916, Pancho Villa est à la tête d’une importante armée d’hommes appelés les « villistes ». Avec eux il attaque le bourg de Columbus, aux États-Unis, unique invasion étrangère sur le territoire états-unien.

« Vive Mexico ! Mort aux gringos ! » est le cri de guerre de Pancho Villa lorsqu’il envahit les terres de la nation voisine.

Francisco Villa entrant aux États-Unis

En représailles le président des États-Unis, Woodrow Wilson, envoie des troupes au Mexique avec l’ordre de capturer le révolutionnaire. Pendant onze mois, dix mille soldats des États-Unis parcourent les déserts du Chihuahua à sa recherche, mais Villa arrive à se jouer d’eux et ne tombera jamais entre des mains étrangères.

Ainsi passent les années entre triomphes et déroutes, jusqu’à ce qu’il dépose les armes sans toutefois cesser de travailler et lutter pour les plus pauvres. C’est à cette époque qu’il fonde et organise un village organisé de façon communale et coopérative, où il vivra jusqu’à sa mort.

Lorsque Álvaro Obregón arrive à la présidence du Mexique, il décide de faire tuer Villa, craignant qu’il organise un nouveau soulèvement armé.

Assis au centre : Francisco Villa
(en uniforme sombre) et Emiliano Zapata
(un sombrero à la main)

Le 20 juillet 1923, le révolutionnaire tombe dans une embuscade et meurt assassiné dans le cadre d’un complot entre des généraux mexicains et le gouvernement des États-Unis.

Sa tête était mise à prix pour 5 000 dollars de l’époque — la somme était offerte par le journaliste états-unien William Randolph Hearst. Son cadavre fut donc décapité par ses assassins pour encaisser la somme.

Villa et les paysans

Durant son mandat de gouverneur, puis, après avoir déposé les armes, il mit en application ses idées révolutionnaires dans des actions qui changèrent la vie du monde paysan.

Il mit un frein aux abus exercés par les grands propriétaires sur les ouvriers agricoles et fit tomber les groupes qui depuis des années s’agrippaient au pouvoir public.

Il récupéra les terres des grands propriétaires et les distribua aux paysans et aux soldats mexicains. Il arracha aussi des mains de la bourgeoisie les chemins de fer et les mit à la disposition du peuple. Ce furent, pour le monde rural mexicain, les années les plus florissantes.

Lorsque Villa eut déposé les armes il prit la responsabilité d’un énorme terrain de 83 000 hectares. Il y fonda un village où il vécut avec près de neuf cents de ses hommes et leurs familles.

Il y organisa le travail communal, transforma l’église en entrepôt des productions agricoles, acheta des machines pour travailler la terre, installa des ateliers et construisit des écoles pour les enfants et pour les soldats.

C’était un projet de type communal coopératif, un exemple de ce qu’il voulait pour son pays : éradiquer la faim, développer l’éducation et la solidarité mutuelle et vivre dans un lieu où il n’y ait ni exploiteurs ni exploités. Il est assassiné trois ans après avoir fondé ce village et le projet prend fin après son assassinat.

Le monde paysan aujourd’hui

Elle est déjà bien loin cette époque où les paysans furent des acteurs politiques de premier plan et jouèrent un rôle prépondérant dans la construction de l’État mexicain dans les zones non urbaines.

Pour le Mexique d’aujourd’hui, le secteur rural ne fait pas partie des intérêts actuels de l’État. Les divers gouvernements des dernières décennies privilégient les alliances politico-économiques nationales et transnationales et ne parient pas sur le capital social et politique des secteurs populaires ruraux.

C’est clair, par exemple, durant les gouvernements de De la Madrid et Salinas, qui ont retiré une grande partie des subventions officielles à la production agricole, ainsi que les divers soutiens gouvernementaux aux infrastructures productives, avec l’argument que le monde paysan ne générait plus qu’un petit apport économique au produit intérieur brut à la fin des années 1980 et au début des années 1990.

Ont disparu ainsi plusieurs programmes publics de soutien et de subvention pour les paysans et autres producteurs agro-pastoraux, comme Conasupo, Banrural et Imcafe, entre autres.

L’article 27 de la Constitution a aussi été modifié, mettant fin la redistribution des terres et encourageant la privatisation des terres communales.

Conséquence de l’Accord de libre-échange nord-américain (Aléna), le monde rural mexicain a subi une détérioration visible des niveaux de productivité et de rentabilité des activités agro-pastorales. Les aliments autrefois récoltés en terres locales, sont désormais importés des États-Unis et du Canada.

L’Université autonome de Zacatecas a calculé qu’en 2012 un peu plus du tiers du maïs consommé dans le pays était importé. Quant aux haricots, plus des 90 % provenaient de l’extérieur.

Ce scénario a augmenté et intensifié la pauvreté, amplifiant le fossé de l’inégalité entre ville et campagne. Cela a provoqué une migration constante et massive vers les zones urbanisées, dépeuplant les campagnes et provoquant le déclin des services sociaux ruraux.

Les zones rurales des États du Chiapas, d’Oaxaca et Guerrero — où vit une importante population rurale et indienne paysanne — en sont des preuves vivantes. Ce sont les endroits où l’espérance de vie est la plus faible du pays, où les taux de mortalité infantile et maternelle sont les plus hauts, où les niveaux de revenus et le taux de scolarisation sont les plus bas.

Traduction d’Annie Damidot pour Dial.
Diffusion de l’information sur l’Amérique latine.
Source (espagnol) : TeleSur, 5 juin 2018.

En Durango comenzó
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Corrido de Pancho Villa
Amparo Ochoa

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