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Que se passe-t-il à Eloxochitlán de Flores Magón, Oaxaca ?

lundi 3 décembre 2012, par Carolina S. Romero

C’est honteux qu’une attaque policière sanglante ait marqué l’anniversaire de la Révolution mexicaine [1] à Eloxochitlán de Flores Magón, en Oaxaca. Trente-sept femmes, hommes et enfants ont été agressés alors qu’ils s’apprêtaient à se rendre à Mexico pour célébrer l’anniversaire de la mort du grand homme né dans le village qui porte son nom, Ricardo Flores Magón.

« Nous voulons la justice ! » dit un compagnon lors d’un meeting réalisé le 28 novembre à l’extérieur de la maison de la représentation d’Oaxaca au District fédéral.

« Que ce crime ne reste pas impuni, ajoute une compagne, pas plus que l’emprisonnement de notre compagnon Pedro Peralta, séquestré, torturé et grièvement blessé le 10 août de cette année pendant qu’il réalisait un travail communautaire bénévole dans l’urgence causée par les dégâts de l’ouragan Ernesto. »

Pendant le meeting, des membres de l’assemblée communautaire d’Eloxochitlán ont dénoncé l’injustice et la terreur que fait régner depuis 2010 dans le village le président municipal illégitime Manuel Zepeda Cortéz, qui a refusé de reconnaître les quatre représentants élus selon les us et coutumes en assemblée et a imposé son propre gouvernement.

À la fin du meeting, une commission est entrée dans la maison de la représentation pour présenter un document et exiger que le gouvernement d’Oaxaca trouve une solution au conflit du village. Les demandes incluent la libération de Pedro Peralta, enfermé dans la prison régionale de Cuicatlán, dans l’État d’Oaxaca, et l’emprisonnement des policiers responsables des faits violents du 20 novembre.

Un communiqué officiel a été lu. Il décrit ce qui est arrivé aux compagnes et compagnons à bord de l’autobus AU ce jour-là : « … on a entendu des détonations d’armes à feu, et soudain des personnes encagoulées sont montées dans l’autobus. Elles portaient des armes à feu. Elles étaient une vingtaine, nous n’avons pas bien pu compter parce qu’elles ont fait irruption de façon violente. Nous avons commencé à entendre des coups de feu et nous nous sommes rendu compte aussitôt que c’était tous des policiers encagoulés et armés, dirigés et commandés par Manuel Zepeda Cortés, le président municipal, Eleazar Bravo, l’administrateur municipal, Eleazar Hernández Ordaz, Gilberto Betanzos Gonzales, Vidal Zepeda, Vicente Zepeda, Vidal Zepeda Romero, qui ont aussi participé directement à l’agression. Ils ont fait descendre le chauffeur du bus, cassé les vitres et lancé du gaz lacrimo à l’intérieur où se trouvaient des enfants, des personnes âgées, des femmes et des hommes indigènes ; après avoir arrêté le conducteur, ils nous ont fait descendre nous frappant lâchement et blessant grièvement plusieurs compagnons, et nous nous sommes mis à courir dans tous les sens au moment de l’embuscade pour nous sauver mais cela ne nous a pas empêchés de voir que ceux qui nous avaient embusqués avaient même laissé leurs véhicules officiels à proximité et nous avons compris que ne pas montrer leur visage, alors que ce sont « des autorités officielles », c’était agir de leur part comme un groupe criminel de sicaires. Il est évident que personne dans notre communauté ne jouit de respect, les droits humains et politiques sont bafoués, notre communauté se retrouve sans protection, violentée, séquestrée, terrorisée et pleine de rage devant des faits tels que ceux qui ont surgi depuis le début de la gestion cruelle de Manuel Zepeda Cortés. »

Un compagnon a alors expliqué ce qui s’est passé dans la communauté depuis les élections de 2010, s’exprimant aussi à propos des ordres d’arrestation à l’encontre de dix compagnons : « Si nous réfléchissons, cette élection est totalement illégale mais le gouvernement d’Oaxaca n’a rien voulu savoir depuis le début. Une guerre a ainsi commencé contre nous, qui constituons l’assemblée communautaire à cause de notre opposition à Manuel Zepeda Cortés. L’assemblée communautaire n’a jamais été affiliée à aucun parti et elle ne le sera jamais. Et cela nous vaut des représailles en tant que membres de l’assemblée. Nous avons été victimes de beaucoup d’abus. Dix ordres d’arrestation ont été émis contre des compagnons. En ce moment, ils jouissent d’une protection judiciaire mais non de liberté totale. Nous nous sommes adressés aux instances gouvernementales de l’État correspondantes mais nous ne voyons pas de volonté de la part du gouvernement pour résoudre ce confit. Par contre, le président municipal reçoit beaucoup de soutien. »

Une compagne a renchéri en disant qu’il n’y pas de liberté d’expression ou de manifestation à Eloxochitlán. Les gens ont collé des affiches sur leurs propres maisons pour exiger la libération de Pedro Peralta mais la police vient les arracher. Le 20 novembre, alors que Manuel Zepeda arrivait à la tête d’un défilé, la police a exigé que les gens enlèvent les affiches « parce que le président allait passer ». Ce qui se passe depuis 2010, c’est une utilisation indiscriminée de la force publique : « Au début du triennat de Zepeda, il y a d’abord eu une intervention militaire. Sur Youtube, nous avons une vidéo où on interviewe des gens sur la façon dont les militaires sont arrivés chez eux pour perquisitionner leurs maisons et toucher les femmes. La police de Huautla aussi viole la juridiction de notre municipio... Il y a aussi eu un cas de féminicide qu’on a occulté... L’assemblée communautaire a été attaquée au moment de réaliser un travail volontaire, le président municipal est arrivé avec ses gens. Les policiers municipaux ont fermé le passage et ont frappé les gens qui étaient en train de travailler la terre. »

Un compagnon a exprimé sa colère par rapport au mal fait à la mémoire d’un des hommes les plus importants pour l’histoire du pays, né à Eloxochitán de Flores Magón, en Oaxaca, dans la sierra mazatèque, où prévalent aujourd’hui l’oubli, l’exploitation et le racisme. Il a aussi parlé de l’effort du municipio historique pour vivre une vie digne et autonome : « L’assemblée communautaire de ce village, reprenant les racines indigènes qui la caractérisent, reprenant sa langue, reprenant son histoire, reprenant ses traditions, a pris des décisions par elle-même pour qu’aucun des partis politiques corrompus que nous avons dans ce pays et dans le monde ne s’immisce pour nous diviser et nous enlever cette force ancienne qu’ont les peuples indigènes, cette capacité à décider par eux-mêmes et à vivre dans la solidarité et le soutien mutuel. »

« Nous venons ici dire qu’il n’est pas juste que les partis politiques arrivent dans les villages, divisent les familles et favorisent des affrontements sanglants pour de l’argent, de l’argent sale... Nous venons faire entendre notre voix ici et dire que nous voulons que ces partis politiques fichent le camp, le PRI, le PAN, le PRD, le PT ou Convergencia, tous les partis politiques, et aussi Alianza. C’est à cause d’eux que beaucoup des compagnons d’Eloxochitlán ne peuvent pas être chez eux, qu’ils doivent se cacher, qu’ils doivent se réfugier dans d’autres villages et vivre de façon indigne, sans manger, sans maison, dépendants d’autres compagnons. »

« En août, le compagnon Pedro Peralta a été roué de coups par des gens du municipio et il se trouve actuellement emprisonné, accusé de délits relevant de la juridiction fédérale. On l’accuse de porter une arme d’usage fédéral sans aucune preuve. On dit qu’il a tiré. Il n’y a pas de preuve. De plus, le compagnon a été terriblement battu. Il a dû être hospitalisé pendant plus d’une semaine sans pour autant recevoir les soins adéquats. Il a des blessures graves à la tête et au thorax. »

« Nous ne voulons pas revenir une fois de plus à la représentation d’Oaxaca et que le vent emporte nos paroles. Nous ne voulons pas qu’ils nous envoient balader une fois encore. Des faits comme ceux-ci ont lieu tout le temps, non seulement à Oaxaca, mais aussi au Guerrero, au Michoacán, dans l’État de Mexico, au Chiapas, dans le Tabasco, Veracruz, et dans chacun des coins du pays où la police est utilisée, où le pouvoir politique est utilisé pour écarter les personnes qui s’opposent à leur pouvoir démesuré. »

Nous voulons revendiquer l’autonomie de l’assemblée communautaire d’Eloxochitán, son pouvoir de décision, qu’elle ait le pouvoir de dire ce que la communauté va faire avec ses terres... Nous voulons que la communauté soit respectée ainsi que beaucoup d’autres communautés menacées par le pouvoir abusif des caciques et par les projets de mines, toutes les communautés qui ont du mal à faire reconnaître toutes les violations faites à leurs droits humains, à Copala comme ailleurs dans l’État d’Oaxaca. Nous voulons la justice, ici. »

Carolina S. Romero
Traduction : Plata.

Notes

[1On célèbre les événements du 20 novembre 1910, lorsque le Mexique du Nord, conduit par Pancho Villa, s’est soulevé en réclamant le retour des terres aux paysans, marquant le début de la révolution mexicaine.

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