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Rencontres de Minerve 2020

samedi 12 septembre 2020, par Anne Simon

Ces rencontres se sont déroulées du 10 au 15 août, dans un cadre idyllique, ombragé, avec un immense terrain de camping ; les lieux étant situés à 500 mètres d’altitude un petit vent agréable nous a permis d’échapper à la canicule.

Cet endroit est géré par la Commune du Maquis : « C’est un projet qui regroupe des collectifs et individus autour de valeurs et activités en commun. Nous tentons de mettre en pratique des modes de fonctionnement et de décision collectifs, horizontaux, antiautoritaires et solidaires. Nous faisons vivre cet endroit au quotidien afin d’y exercer des activités qui nous sont chères (agricoles, événements…) et assumer ensemble le développement du lieu ainsi que la charge financière qui va avec. (…) Ni communautaire ni “partidiste”, la Commune du Maquis s’inscrit dans le cadre des luttes sociales pour l’éradication du principe d’autorité sous toutes ses formes : politique, économique et sociale. »

Pour plus d’informations, contacter : lacommunedumaquis@cravirola.com

Ce fut l’occasion de rencontrer des camarades d’horizons variés, de centres d’intérêt et d’activité très différents de ceux que nous avons l’habitude de côtoyer quotidiennement. Rencontres très enrichissantes et créatrices de liens.

Les sujets abordés, les conférences étaient tous d’une grande qualité et les discussions qui s’ensuivaient se déroulaient dans l’écoute de chacun, sans tension. Chaque soir, des projections de films ou de la musique. Un grand merci à Suno, l’organisateur de ces rencontres.

Le nombre de participants étaient d’environ 70 pendant les premiers jours, un peu moins les derniers jours.

Les tâches matérielles étaient assurées par tous, par roulement. Un grand merci à Thomas (qui vit au Maquis), qui coordonnait la cuisine.

Je n’étais pas là le lundi (un groupe de Barcelone est venu présenter leur expérience d’une école libertaire) donc je ne commencerai la présentation que le mardi matin.

Mardi 11 août, 11 heures. Exposé sur le mouvement ouvrier de 1884 à 1914 avec Christian Pataud vieux militant anarchiste de quatre-vingt-quatorze ans et cofondateur de la Bibliothèque associative de Malakoff (BAM) en 2014. Il présenta les conditions de travail de l’époque, les bourses du travail, et les nombreuses et longues grèves souvent durement réprimées. Ses conférences peuvent être écoutées sur Internet.

17 heures. Philippe Godard nous présente son livre L’Anarchie ou le chaos destiné surtout aux jeunes. C’est une présentation critique des idées reçues sur l’anarchie. Il aborde dans ce livre les différents thèmes comme le pouvoir, l’éducation, l’écologie, la violence, la non-violence, le collectif. La discussion s’est vite engagée à partir de quelques thèmes choisis par les participants, discussion très intéressante et vivante.

Mercredi 12 août, 11 heures. Julien Vignet présente son livre Esquisse d’une histoire sociale de l’associationnisme. Il parle des premières associations qui ont une origine dans les confréries clandestines des compagnons. Associations de lutte, mais aussi de secours mutuel. Certaines sont très liées à des sociétés secrètes, insurrectionnelles, notamment à Lyon. Quand leur légalisation les transforme en coopératives, ce sera un carcan, comme pour les syndicats. Et comme pour les syndicats, une partie de ces associations deviennent des relais du pouvoir.

Aujourd’hui les associations n’ont plus rien à voir avec leur portée révolutionnaire de 1848.

17 heures. La Coopérative intégrale du bassin de Thau. « Organisation autogérée basée sur l’entraide et la coopération. Elle se construit dans une double stratégie de résistance au capitalisme et de sortie du système. » Ils se sont inspirés au départ de la Coopérative intégrale catalane.

Ils sont venus à plusieurs, assez jeunes et dynamiques, présenter leur projet déjà en place depuis quatre ans. Ils ont une double stratégie : résister au capitalisme et sortir du capitalisme.

1. Ils s’auto-organisent localement en groupes de travail qui s’entre-aident. Le plus important et actif est autour de la production agricole, avec quelques paysans. D’autres fonctionnent autour de la santé, de l’éducation, l’énergie…
2. Mais aussi en résistant activement par de l’information, par un soutien aux grèves, par des manifestations.

Ils ne veulent rien demander à l’État et fonctionnent sur la base de l’entraide et la coopération. Ils veulent éviter d’être une communauté « en marge » mais pensent qu’on peut dès maintenant expérimenter une société différente.

Une assemblée générale mensuelle ouverte à tous se réunit pour mettre en place de grands axes. Pour le moment il n’y pas encore plus d’une quinzaine de personnes qui y participent, malgré le grand nombre de gens impliqués dans les groupes de travail (une centaine par exemple dans celui autour de l’alimentation).

À Narbonne, existe un groupe analogue, qui s’appelle « Un pas de côté » et un contact régulier est maintenu.

Contact : coopintegrale-bt@riseup.net

Jeudi 13 août, 11 heures. Aude Vidal présente son petit livre Le Revenu garanti, une utopie libérale.

Aude porte un regard attendri et féroce, et avec beaucoup d’humour elle retrace, à partir d’une expérience personnelle les pièges de ce revenu garanti, revenu d’autonomie pour tous, revendiqué déjà par les jeunes écolos alternatifs et solidaires il y a vingt ans. Ce petit livre, concis et bien documenté, est un argumentaire convaincant contre ce revenu garanti.

« En 2003, j’éditais une brochure, Perdre sa vie à la gagner, dans laquelle une critique radicale du travail se conjuguait avec la revendication d’un revenu garanti. Douze années de chômage m’ont fait reconsidérer cette position. Considérant cette expérience et ses exclusions diverses qui l’accompagnent, cette bonne idée m’apparaît désormais somme une mesure qui conforterait le productivisme ambiant, les inégalités socio-économiques et de genre, tout en constituant un recours bien insuffisant devant les désastres que provoque l’organisation du travail et du chômage. »

17 heures. Sortir du nucléaire, avec Marie-Christine Gamberini.

Marie-Christine, militante aguerrie de longue date contre le nucléaire, présente les problèmes liés à la gestion et au stockage des déchets existants. Avec une grande maîtrise et connaissance des dossiers, l’ampleur du désastre est décrit. Le bilan des luttes antinucléaires est aussi abordé. L’accent est mis sur le lien entre le nucléaire et la restriction des libertés : au Japon, en 2017, et en France, en 2018, des lois bloquent l’action des lanceurs d’alerte sur le sujet.

Pour compléter le sujet, le soir sont projetés deux films : sur les conditions de travail à La Hague et l’autre sur la lutte de Plogoff contre la construction d’une centrale nucléaire.

Vendredi 14 août, 11 heures. Joël Gayraud, présente son livre L’Homme sans horizon, paru aux éditions Libertalia en octobre 2019.

Aujourd’hui, l’humanité a perdu tout horizon d’évasion : du point de vue géographique, car il ne reste plus de terra incognita à découvrir, écologique, car les ressources naturelles, surexploitées, sont en voie d’épuisement, historique car le capitalisme se pose comme une forme économique et sociale indépassable. Plus que jamais il est nécessaire de remettre à l’ordre du jour la pensée utopique et ses corollaires, la poésie, l’imagination, le rêve… Joël Gayraud nous invite à nous plonger dans les écrits philosophiques ou littéraires des utopistes, de Thomas More à Charles Fourier, mais aussi dans le mythe de l’âge d’or ou l’étude des sociétés sans État, ou plutôt contre l’État, comme les a définies l’anthropologue Pierre Clastres. Une référence particulière est faite à Ernst Bloch, pour son Principe espérance ainsi qu’un grand tour d’horizon sur les contradictions de la société. Pour en finir avec toute forme de domination, d’aliénation et d’exploitation, il nous faudra trancher, en même temps, les quatre têtes de l’hydre du capitalisme : la Marchandise, l’État, l’Économie et le Spectacle. C’est à cette condition que l’on pourra accéder à l’utopie humaine, qui ne vise pas à instaurer un monde parfait, mais à rendre possible les conditions du bonheur par l’égalité, la liberté et la justice.

17 heures. Mohamed El Khebir présente une histoire de la « libre pensée dans le monde arabe ».

Mohamed travaille sur le sujet depuis presque dix ans, pour critiquer les stéréotypes des « identitaires ». Avec comme définition : « c’est celui qui pense sans égards pour les pensées et les traditions » ; l’exposé qui suivra sera très fouillé et documenté, avec de nombreuses références historiques, dès le VIIIe siècle.

Aujourd’hui, chez les musulmans, on propage l’idée que l’athéisme est étranger à la pensée arabe.

Alors qu’aujourd’hui l’apostasie est passible de peine de mort dans de nombreux pays arabes (pour ceux qui le déclarent publiquement), il est important de rappeler qu’il existe une pensée matérialiste très ancienne dans le monde arabe. D’après un sondage dans dix-huit pays arabes, il est intéressant de noter que le pourcentage de ceux qui se déclarent athées est en augmentation, surtout chez les jeunes (13 pour cent en 2018 contre 8 pour cent en 2013).

Un article intitulé « Brève histoire de la libre pensée arabe » est accessible sur le site « À contretemps ».

Samedi 15 aoüt, 11 heures. Débat sur et avec les gilets jaunes.

Le débat commence avec des témoignages de camarades de différentes villes ayant participé plus ou moins activement aux actions de gilets jaunes. Il apparaît ainsi une grande diversité de ceux qui occupent les ronds-points, certains d’obédience d’extrême droite et d’autres plutôt d’extrême gauche, libertaires…

Dans certaines villes, comme Narbonne, les actions furent assez violentes, les heurts aussi entre partisans de la non-violence et de la violence, les destructions de péages d’autoroute furent suivies de lourdes peines de prison allant de six mois à cinq ans ferme et 11 millions d’euros d’amende. Il s’en est suivi un climat très délétère, qui laisse un goût d’amertume : les gilets jaunes emprisonnés refusaient même de se faire défendre par le collectif mis en place, de peur de se voir attribuer des peines encore plus lourdes et reniaient leurs anciens camarades.

Un camarade travaillant à la BNF de Paris témoigne d’une plus grande ouverture à la discussion, sur l’exploitation au travail, dans ce contexte des gilets jaunes, sur son lieu même de travail.

17 heures. Bilan et perspectives sur deux points : comment maintenir des liens entre ceux qui luttent et comment créer des structures de vie alternatives…. Expérience de l’UTTA (issu d’une scission de la CNT-AIT) animée par deux du Maquis, avec un journal, La Pirate, relatant des témoignages de l’exploitation et de luttes.

Quelques suggestions, mais le débat tourne court. Beaucoup de gens sont déjà partis.

Anne Simon
septembre 2020

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