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Texte des occupant·e·s de l’Amassada
lu pendant la Fête du vent

samedi 21 septembre 2019, par L’Amassada

Lors de la cinquième Fête du vent, première depuis l’occupation permanente du lieu, un texte écrit collectivement par celles et ceux qui y habitent a été lu, ici retranscrit.

L’Amassada est habitée de manière permanente depuis un an déjà. En effet, en septembre 2018, des membres de la lutte ont lancé un appel à venir s’installer sur le plateau de Saint-Victor. Occuper l’Amassada, ce n’est pas juste dormir sur place, c’est y construire un quotidien, rechercher une autonomie, se réapproprier des savoirs. Malgré la présence hostile de la police et la menace permanente de destruction des lieux, nous avons souhaité nous inscrire sur le territoire et nous projeter dans le temps. Constructions, potagers, événements, assemblées ont rythmé notre vie ici.

L’occupation ne nous a pas isolé·e·s du reste du monde. Au contraire, le début du printemps a été pour nous l’occasion de nous déplacer, d’aller voir d’autres lieux, de créer des liens avec les gens que nous rencontrions. Au fil des moments partagés, des rires, des craintes, etc., de la confiance se crée, et c’est avec beaucoup de plaisir que l’on recroise, parfois à l’Amassada, parfois ailleurs, des personnes rencontrées dans l’année. Des liens forts, des amitiés, des amours se développent et c’est toute une nouvelle cartographie qui s’ouvre à nous en fonction de potes habitant dans un village à côté ou de lieux de lutte en Allemagne, en Angleterre ou à l’autre bout de la France.

Les rencontres se font aussi entre occupant·e·s où l’on apprend à vivre ensemble, à évoluer dans nos modes de pensées et dans les actes. Le quotidien est animé par des réflexions et une volonté de déconstruction effective des rapports de domination et d’oppression systémique, c’est-à-dire de construire des rapports sociaux émancipateurs. Chacun·e d’entre nous porte des différences que nous ne voulons pas taire quitte à s’engueuler et à admettre finalement que nous ne sommes pas d’accord. Nous sommes des êtres humains, on s’aime, on se prend la tête, on sera toujours là et ailleurs.

Nous avons essayé de rendre agréable et chaleureux un endroit hostile. L’hiver a été très froid et venteux, les flics sont venus plusieurs fois. Le contact avec les alentours n’a pas été toujours facile : boîte aux lettres cassée, pare-brise éclatés, panneaux volés, etc. Heureusement, nous pouvons compter sur un réseau de soutiens proche qui luttent depuis des années et avec lesquelles nous tenons entre autres l’assemblée hebdomadaire.

Nous nous sommes senties souvent seul·e·s face à l’arsenal répressif, infiniment petit·e·s par rapport à nos ennemis, folles et fous de par les luttes que l’on essaye de porter ici et incompris·es parfois, mais l’affinité qui nous unit nous a permis de dépasser cela.

Il semble que pour beaucoup de gens, s’installer sur une occupation soi-disant « illégale » fasse de nous des personnes radicales. Eh bien, si être radical·e signifie vouloir et agir pour un changement profond, à la racine de ce système et être prêt·e·s à mettre nos corps en jeu dans cette lutte, alors nous sommes radicales. Mais nous n’aimons pas les étiquettes, nous sommes ici pour lutter et vivre.

La simple pensée ne suffit pas pour en finir avec ce système oppressif. Nous devons également nous organiser pour mener des actions concrètes de destruction de ce monde à travers notamment le sabotage, le squat, la présence dans les événements avec lesquels nous ne sommes pas d’accord. Se battre, pour la vie, pour la liberté, pour l’anarchie, ne plus se soumettre aux lois, à l’autorité. Agir, détruire, reconstruire sous d’autres formes. Pas de compromis, pas d’association, de laisser-faire avec ceux qui gèrent le pouvoir. Ne pas construire sans mais construire sur les ruines que nous aurons nous-mêmes faites. Nous sommes du côté de celles et ceux qui luttent pour la vie. Occuper, c’est lutter avec notre corps, apporter une lueur d’espoir. Finalement arracher à cette société un espace où il est possible de nous organiser avec la détermination commune de refuser le méga-transfo de RTE (Réseau de transport d’électricité) et son monde.

Le fait de ne pas être seulement opposé·e·s aux grands projets inutiles, nuisibles et imposés mais y associer l’idée de « et son monde » implique la volonté de se détacher des normes imposés par le système capitaliste. C’est aussi l’idée de créer des espaces d’autonomie, de se déconstruire au quotidien, c’est-à-dire de proposer en actes à quoi pourrait ressembler une société plus désirable.

Si tu te reconnais dans ce qui est porté ici à la Libre Commune de l’Amassada, nous t’invitons à nous rejoindre dans l’occupation. Il y a la possibilité de poser de nouvelles caravanes, de construire des cabanes et le dortoir est toujours disponible pour dormir.

Vive la Libre Commune de l’Amassada !

L’Amassada
19 septembre 2019

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