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Conte de Noël

vendredi 30 novembre 2012, par Regard éloigné

La réception à l’Élysée, le 29 novembre 2012, d’une délégation indienne de l’Amazonie brésilienne, conduite par Raoni Metuktire, dénonçant le projet de barrage géant à Belo Monte a inspiré ce conte, trouvé au milieu des commentaires d’un article de Libération sur la résistance à Notre-Dame-des-Landes.

Il était une fois un président ami des Indiens.

Aussi reçut-il en grande pompe à l’Élysée des délégués yanomami, ce peuple de chasseurs et de jardiniers de la forêt amazonienne : ce dont mon cœur d’anthropologue se réjouit. Sans doute était-ce un peu bizarre, ces Indiens en coiffure d’ara et labret au milieu des ors de l’Élysée. On pardonnera au président d’en avoir appelé un « cacique » (chef ou roi). Habitué à la monarchie républicaine, il ignorait sans doute que ces « primitifs » n’ont pas de chef mais des hommes influents dont le seul pouvoir est la parole ; chez ces « sauvages », les décisions sont collectives. Ni le président ni ses conseillers ne pouvaient envisager bien sûr un tel exotisme.

Pourtant le président fut parfait : il fustigea comme il se doit les Brésiliens qui, au nom de la croissance et du progrès, voulaient construire un barrage et continuaient à détruire leur immense forêt. Il promit son aide aux Indiens. Les Indiens hochèrent la tête, habitués qu’ils sont depuis leur rencontre à écouter d’une oreille les promesses des « Blancs ».

Dans le pays du président, il y avait aussi des sortes de « primitifs » : certains sillonnaient les routes depuis des siècles, toujours regardés avec méfiance par les sédentaires. Ils étaient souvent misérables mais se transmettaient de génération en génération une culture et des traditions. Le président se disait volontiers « normal ». Aussi pensait-il à l’insécurité que ces peuplades engendrent dès qu’elles sont à proximité d’un village et surtout d’un parking de supermarché où ils devaient souvent camper, faute de terrains. Il chargea donc son ministre de les expulser, « mais avec humanité ». Tant pis si le président avait auparavant dénoncé comme barbare la politique identique de son prédécesseur.

On l’a dit, le président n’était pas un Indien mais le « cacique » d’un pays civilisé.

Dans le pays du président, il y avait un coin de forêt et d’eau. Un nom bizarre, Notre-Dame-des-Landes qui évoquait la terre bretonne. Ce n’était pas la forêt amazonienne mais quand même des chênes et des hêtres centenaires, des étendues d’étangs et de marais où vivait une faune évidemment inutile. Il n’y avait plus de chasseurs-cueilleurs mais des « jardiniers » à l’instar des Indiens, qu’on appelait « paysans bio ». Le premier ministre du président n’était pas brésilien mais il partageait leur idée de la croissance et du progrès. Il avait des visions, comme en ont les Indiens : dans son rêve il entrevoyait non des forêts, des jaguars et des singes hurleurs mais une immense étendue de béton, d’où s’envolaient des myriades d’avions. Il détestait ses landes et ses « primitifs » à portée de sa belle ville. Il envoya alors des sortes de cosmonautes casqués et encagoulés chasser les jardiniers et décida de raser les forêts, de combler les étangs. Comme les Indiens, les jardiniers décidèrent alors de se soulever et d’alerter le monde sur la confiscation de leurs terres.

Aux dernières nouvelles, la présidente du Brésil envisage de recevoir ces jardiniers pour fustiger l’ethnocentrisme des Français et leur promettre son aide…

Source : Regard éloigné
30 novembre 2012
(publié en commentaire à l’article de Libération
« Notre-Dame-des-Landes : résistance, mode d’emploi »)

Sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes
témoignage vidéo de Rennes TV

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