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Déclaration de solidarité avec la lutte
contre le « Train maya », mégaprojet de mort

vendredi 1er mai 2020, par Sexta Grietas del Norte

10 avril 2020

La Sexta Grietas del Norte invite d’autres groupes et personnes à s’unir en solidarité avec nos compas qui luttent contre le dénommé « Train maya ».

On salue les efforts du Conseil régional indigène et populaire de Xpujil (CRIPX) et on les félicite pour leur réussite à retenir la construction du mégaprojet du train dans le « couloir » de Campeche. C’est un grand succès, particulièrement en ces temps où les gouvernements profitent de la crise du Covid-19 pour faire avancer leurs agendas et attaquent les résistances et les rébellions au Mexique et dans d’autres parties du monde. On sait que la lutte vient juste de commencer et nous appuyons et soutenons les efforts continus pour arrêter de façon permanente la construction du train dans sa totalité. Cette lutte est loin d’être terminée car le gouvernement est décidé à réaliser ce mégaprojet qui apportera de grands bénéfices aux capitalistes qui dirigent le pays, au prix d’un coût très élevé pour la vie humaine et le milieu naturel.

Nous dénonçons les menaces, harcèlements et toutes les tentatives pour intimider et faire pression sur ceux qui luttent contre la construction du « Train maya » et nous dénonçons en particulier les agressions contre nos frères et sœurs membres du Conseil régional indigène et populaire de Xpujil, qui risquent leur vie et leurs moyens de subsistance pour lutter contre ce mégaprojet de mort.

Le projet dénommé « Train maya » vise à transporter de 600 000 à 800 000 nouveaux touristes par an dans la péninsule du Yucatan. À travers des « consultations » mensongères et autoritaires le gouvernement fait semblant d’informer et de consulter les populations locales sur les retombées du projet au prétexte que c’est un projet de « développement » qui apportera des bénéfices aux pauvres indigènes de la région : emplois, infrastructures modernes, opportunités de commerces…

De fait, la vérité est tout le contraire. Ainsi furent les conclusions de beaucoup, et particulièrement celle du Conacyt (Conseil national de science et technologie), un organisme fédéral indépendant chargé de conseiller le gouvernement mexicain sur les politiques publiques en lien avec la science et le développement technologique. Cette étude, rendue au gouvernement début décembre mais qui ne fut pas publiée avant mars (beaucoup plus tard que la procédure de consultation), conclut que le mégaprojet du train aurait de graves impacts négatifs qui incluent :

● destruction de dix domaines nationaux protégés qui apportent des bénéfices pour l’environnement tels les aquifères et la capture du carbone (qui relativisent les dommages causés par le réchauffement global) ;
● des impacts négatifs irréversibles sur le territoire du projet ;
● la violation des droits de 146 000 indigènes qui vivent sur ce territoire ;
● création d’emplois précaires et temporaires ;
● augmentation de la violence en lien avec le trafic de drogue et de personnes.

L’étude a été censurée par le gouvernement jusqu’à ce que se tienne le processus de consultation afin que les gens ignorent les dangers du train-mégaprojet.

Cette étude confirme ce que nous avons largement argumenté depuis longtemps : ce mégaprojet de mort est un rêve capitaliste qui conduira à un dépouillement, déplacement et destruction de la vie des personnes qui vivent sur les zones proches, le long de la voie ferrée : foyers, agriculture, communautés, petites entreprises et commerces, y compris les entreprises écotouristiques durables. Le train est une menace pour la plus grande forêt tropicale restante de Mésoamérique, la réserve de Calakmul, considérée comme la seconde biosphère la plus importante après l’Amazonie pour sa production d’oxygène. Les mangroves de Bacalar, une des régions de mangroves les plus importantes au monde sont aussi sur la route du train et de fait courent un grand risque (« Territoires mayas au passage du train : situation actuelle et risques prévisibles »).

Le projet du « Train maya » bénéficiera aux corporations d’ingénieurs et de construction qui obtiendront de grands contrats, ainsi qu’aux chaînes hôtelières, les corporations touristiques internationales et les riches entrepreneurs qui ont les fonds pour pouvoir s’installer et avoir les mains pleines d’argent pour pouvoir verser des pots-de-vin. Ce mégatrain bénéficiera aux fonctionnaires du gouvernement qui recevront des faveurs et pots-de-vin de la part des capitalistes. Ce train bénéficiera aux industries extractives, dont les projets suivront inévitablement la route du train profitant de l’infrastructure, l’installation de transports et les forces militaires et paramilitaires de « sécurité » qui arriveront dans la région pour appuyer la construction du train, et qui serviront à protéger leurs investissements. Ils bénéficieront aussi de la répression contre la résistance tenace et l’opposition aux mégaprojets, qui est toujours un obstacle pour le capitalisme extracteur.

Il nous suffit de regarder le miroir de la Riviera maya, au nord-ouest du Yucatán, pour voir les effets que les projets touristiques massifs ont sur les personnes et le milieu naturel. Tandis que les riches se baignent dans des piscines impeccables, se relaxent sur la plage et dans des bars élégants, jouissant de cocktails exotiques et de nourritures « gourmet », ceux qui les servent touchent des salaires de misère (beaucoup ne gagnent que le salaire minimal de 7 dollars par jour) et des dizaines de milliers de sans-emploi et de sous-employés peuplent la zone qui entoure les centres touristiques dans des quartiers de pauvreté. Parmi ces « serviteurs » se trouvent des paysans qui ont été dépossédés de leurs terres ou qui ne peuvent plus vivre de leur terre, dans beaucoup de cas fait dû à la diminution de l’eau disponible. L’abondance de centres commerciaux et de restaurants qui font de l’argent dans ces zones touristiques sont les propriétés de l’élite fortunée, souvent des étrangers qui avaient l’argent pour investir dans des standing luxueux que les touristes préfèrent. Les rues de Cancún sont remplies de chaînes de magasins étrangers. Les plages, vierges et pleines de poissons, sont aujourd’hui contaminées. Des centaines de milliers de tonnes d’ordures créées par les touristes contaminent l’eau, se répandent dans l’océan et infectent la terre en vide-ordures abondants situés à proximité des maisons des pauvres. L’eau volée aux champs de culture indigènes se répand de manière impudente. C’est le modèle de développement que l’on peut voir dans les luxueuses zones touristiques de l’ensemble du Mexique : une industrie touristique dévastatrice et insoutenable qui maintenant se répand à la racine de l’épidémie du Covid-19. Le gouvernement mexicain informe que Cancún est abandonnée : seules 7 pour cent des 90 000 chambres d’hôtel sont occupées, tandis que 60 000 travailleurs ont été congédiés dans l’État du Quintana Roo, ce qui représente environ 40 pour cent de son pouvoir de travail (« Playas cerradas, hoteles vacíos y miles de despidos en Cancún por covid-19 »). Les travailleurs pauvres et non assistés des zones hôtelières, comme les pauvres et non-assistés partout dans le monde, seront les plus affectés par l’épidémie, tandis que messieurs les capitalistes trouveront d’autres moyens d’obtenir des gains. Au milieu de cette crise, le gouvernement trouve le moyen de continuer ce projet. Le 1er avril, il a annoncé qu’il était en train de revoir les propositions de quatorze consortiums (propriétés de multinationales chinoises et de Carlos Slim, l’homme le plus riche du Mexique) pour construire la première phase du train, qui coûtera au gouvernement entre 12 000 et 22 000 millions de pesos mexicains (de 600 millions à plus de 1 000 millions de dollars US). Le gouvernement insiste sur le fait que le projet démarrera le 30 avril.

Nous, les signataires [1], dénonçons ce projet et exigeons son arrêt immédiat au bénéfice de la population locale, des paysans, de la Terre Mère, et de l’humanité elle-même. Nous donnons notre appui à toute personne qui lutte pour préserver les milieux de vie durables et particulièrement aux peuples premiers qui luttent pour préserver leur histoire et leur identité et leurs terres ancestrales. Nous devons protéger tout ce qui reste de ces milieux et ressources sacrés pour que les générations futures aient l’opportunité de survivre contre la civilisation de la mort.

Source : Sexta Grietas del Norte

Notes

[1Voir la liste des signataires sur le site Sexta Grietas del Norte.

Messages

  • Bonjour,

    je réfléchis constamment à comment contribuer à la lutte, à ma mesure et à ma manière...
    Je partage avec vous un poème, que des amis compas ont traduit et amené à Oventic pour le festival des arts il y a 3 ans.
    "Certains t’appellent Babylone
    d’autres la Matrice
    d’autres encore
    système néo-capitaliste.
    Quel que soit le nom qu’on te donne
    selon d’où on te regarde
    Sache que le combat est commencé
    et que tu ne vas pas gagner.
    Les chants de liberté résonnent
    depuis le lieu originel
    depuis le futur victorieux
    en ce point de connexion
    que l’on nomme
    le Maintenant.
    Les trompettes de Jéricho se font chants d’Amour
    et célèbrent la beauté du monde.
    Dans la verte prairie fleurie
    dans le reflet du soleil sur le miroir du ruisseau,
    dans le sourire du tout petit enfant
    et dans celui de sa grand-mère,
    tu n’as pas ta place.
    Aujourd’hui j’écris, je chante et je danse
    au nom de la victoire.

    Et également le lien d’un manifeste, « on change de monde » , écrit pour une revue gilet jaune de bordeaux, où je déploie un dialogue GJ / zapatistes, et dont j’ai fait une vidéo au début du confinement.
    https://youtu.be/_BCcLE98280

    J’ai également un projet de film -les portes de la Mémoire- récit et dialogue d’amour france/mexique, dont le poème et le manifeste rendent compte de l’esprit et de l’intention.

    Je me suis dit que vous aimeriez peut-être savoir que de tels projets existent.
    Je vous remercie
    Hasta la victoria, siempre
    Elodie

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