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Déclaration politique de la coopérative culturelle Los de abajo à Oaxaca

mercredi 25 juillet 2012, par Los de abajo

En tant que membres de la coopérative culturelle Los de abajo (Ceux d’en bas), nous vous faisons savoir qu’au cours des derniers mois nous avons entamé avec la municipalité de la ville d’Oaxaca une série de disputes légales liées aux pressions que des patrons et des politiciens de cette ville ont développées à notre encontre. Ces hommes voient d’un mauvais œil le fait que des personnes étrangères aux pratiques politiques de ceux d’en haut cherchent à s’organiser pour créer des alternatives de travail dignes et justes et des alternatives culturelles qui endiguent la marche forcée des formes de pensée et de développement imposées par le projet néolibéral dans son ensemble. Nous qui participons à ce projet, nous pratiquons par exemple la flexibilité des horaires, car, au-delà des rythmes qui sous-tendent le système industriel en décomposition, nous sommes conscients que, pour comprendre notre reproduction à différents niveaux, il est nécessaire d’alléger la dynamique du travail liée au capitalisme en partant du fait que c’est dans l’otium [1] que peut s’exercer la véritable liberté.

Notre proposition a comme axe principal en ce moment le projet d’un bar où l’accent est mis sur la subversion des idées et des pratiques sociales et politiques, en lien avec le type de vie commune libertaire que nous proposons. Dans les conditions supposées par le capitalisme, cette idée nous paraît en effet être la voie la plus adéquate et la façon la plus viable de générer nos propres ressources économiques plus que jamais nécessaires pour l’autogestion et pour fortifier d’autres activités qui fassent contrepoids aux conséquences implicites du système économique capitaliste car, s’il cherche à créer des frontières entre les cultures et les groupes sociaux, c’est parce que la production des richesses comme il la conçoit ne peut se faire sans l’exploitation avec, pour conséquence, la destruction de la source de sa richesse (du système), la nature elle-même.

Pourquoi nous défendons le projet de Los de abajo

Nous cherchons à construire une autre façon de faire de la politique fondée sur l’autogestion des participants d’un projet autonome. Nous considérons que l’autonomie est le chemin pour constituer la démocratie directe qui permette de faire face au système économique capitaliste et de contribuer à la gestation d’une société plus libre, juste et durable.

Il nous reste beaucoup de chemin à parcourir et nous sommes conscients de nos limites actuelles. C’est la raison pour laquelle nous proposons un espace subversif qui encourage une série de projets politico-culturels permettant une production matérielle et, en même temps, de développer les initiatives en projet comme : l’atelier de graphisme, l’imprimerie, la cafétéria-internet, la librairie, la vidéothèque, le marché bio, le magasin d’artisanat et, bien sûr, l’espace du bar-multiforum.

Nous rêvons d’un espace commun qui permette aux différents collectifs, organisations ou espaces populaires de trouver des alternatives de détente, de loisir, de réflexion et d’action critique. Nous nous imaginons vivre notre utopie et le changement que nous voulons pour un monde nouveau : construire une collectivité qui supprime la chose personnelle à travers une logique de coopération, favoriser le consensus critique et autocritique, la rotation des responsabilités ainsi que la production sur des toits urbains comme antichambre de la si nécessaire autosuffisance alimentaire, administrer de façon efficace et transparente nos ressources, produire une bière maison artisanale ainsi que du pulque [2], du chingorolo [3], du tepache [4], du mezcal et d’autres boissons préhispaniques, et développer une économie de la réciprocité grâce à un système d’échange de trocs multiples à partir de monnaies sociales.

Ces revendications poussent la municipalité à être la principale instance qui nous empêche de mener à bien toutes ces propositions. Pendant les quatre premiers mois où nous avons loué l’espace, en « en appelant aux formes et aux temps du système qui le soutient », elle nous a refusé le permis pour changer le domicile d’une licence sans nous fournir le document formel expliquant les raisons administratives ou légales de cette décision. C’est pourquoi nous considérons que ses seuls arguments sont le népotisme ou le trafic d’influence de la classe patronale du centre historique d’Oaxaca. Leur intention est d’épuiser toutes les voies possibles qui nous permettent de développer librement notre travail et, clairement, de nous exclure de la transformation sociale en s’appuyant sur des dynamiques ségrégationnistes et différenciatrices.

Nous qui constituons la coopérative, nous sommes ceux d’en bas, ceux qui ont participé au mouvement social de 2006 et à la constitution de l’APPO (Assemblée populaire des peuples d’Oaxaca). C’est ce qui, d’une certaine façon, a fonctionné comme argument partial pour nous disqualifier face à la société, non sans l’aide des médias que ces gens ont à leur disposition pour disqualifier toute proposition qui aille à l’encontre des intérêts qu’ils représentent, mettant ainsi en évidence leur fausse morale et leur manque de capacité à prendre en considération une pensée et des attitudes révolutionnaires.

C’est ainsi que nous avons conçu le projet de réaliser différentes activités au sein de l’espace comme des expositions graphiques, des projections de films et des présentations de livres, ainsi que des ateliers de software libre, qui contribuent au développement d’une culture digitale exempte de limitations, pour ceux d’en bas, afin de développer des propositions qui nous acheminent vers un processus de décolonisation sociale, culturelle et politique.

Dans le contexte que nous avons exposé ci-dessus, nous en appelons à la solidarité et au soutien de ceux qui sympathisent avec notre projet pour le défendre.

Oaxaca de Magón, 20 juillet 2012,
Coopérative culturelle Los de abajo

Traduit par Plata.

Notes

[1« L’otium désigne ce temps où l’individu se retrouve, le temps du temps devant soi, du temps pour soi, du moment à soi. C’est le temps de deux gestes majeurs : les libertés et la culture. De l’otium relèvent les lettres et les sciences, les arts et la philosophie, la politique et l’amitié, l’amour, le plaisir ; en bref, les œuvres et les pratiques des Anciens » (définition trouvée sur la Toile).

[2Boisson alcoolisée obtenue à partir de la fermentation du sirop d’agave.

[3Boisson à base d’alcool, de mezcal et de citron.

[4Boisson obtenue de la fermentation des sucres de fruits.

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