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Notre-Dame-des-Landes le 27 février 2016,
prise de parole d’occupant•e•s de la ZAD
contre l’aéroport et son monde

mardi 1er mars 2016, par ZAD

Salut ! On va vous lire une prise de parole d’occupant•e•s de la ZAD qu’on a essayé de construire collectivement. On a fait des discussions ouvertes pour travailler des propositions, qu’on a relues à plusieurs reprises en assemblée des occupant•e•s. Voici le résultat, une voix qui sûrement ne reflète pas l’avis de chacun•e, mais une voix travaillée ensemble.

Chaque semaine, mois, année qui passe, nous voyons l’empire marchand coloniser les derniers espaces qui avaient échappé à la privatisation généralisée : les semences, le carbone, bientôt les retraites... À force d’exploitation, la planète est épuisée, les gens et tous les êtres vivants aussi, et ce ne sont pas les mascarades à la mode de la COP21 qui y changeront quelque chose. Nos existences, nos lieux de vie, nos imaginaires ne sont que des marchés à conquérir pour celles et ceux dont les profits ne seront jamais suffisants.

Mais la guerre économique ne leur suffit pas. Ces derniers temps, l’état d’urgence, la surveillance renforcée du peuple, l’emprisonnement de celles et de ceux qui n’entrent pas dans le moule et la fermeture des frontières témoignent que la répression de l’État empire.

Alors pour nous ce qu’on fait à Notre-Dame-des-Landes, ce n’est pas seulement lutter contre un aéroport et sauver des terres et des maisons. C’est aussi et surtout pour se battre contre le monde qui nous impose ses projets, ce monde qui met des gens en prison et qui tue. Si on se retrouve si nombreux et divers aujourd’hui, c’est parce qu’on sent tou•te•s que de nombreuses luttes sont liées et qu’ensemble ici on se donne de la force, et aussi une opportunité d’unir et de rencontrer des gens qui veulent réagir.

Parce qu’il y a malheureusement des gens expulsé•e•s de leur maison tous les jours sans manifestation de milliers de personnes ; parce que des migrant•e•s sont harcelé•e•s et parqué•e•s à Calais comme ailleurs ; ce qu’on veut continuer à faire de cet endroit, c’est un carrefour des luttes où on peut se soutenir, être solidaires, et partager.

Ce qui nous rassemble ici c’est de vouloir sortir d’un système de domination globale. Cette domination, c’est par exemple les grandes entreprises qui réussissent à faire ce qu’elles veulent et à détruire les vies des gens parce que c’est elles qui ont l’argent et le pouvoir. C’est aussi la domination des hommes sur les femmes dans toutes nos relations quotidiennes. On veut qu’une femme puisse se balader seule dans la rue sans se faire siffler. On veut vivre dans un monde où l’on n’est pas déterminé•e•s par notre lieu de naissance, notre couleur de peau ou notre sexe.

Nous affirmons et assumons notre détermination, ainsi que notre constance à vivre ici, loin des administrations, de la flicaille, de l’autorité sous toutes ses formes, de la propriété privée. Nous y opposons collectivement nos désirs et envies de conjuguer nos différences, nos diversités, et quelques fois nos divergences qui créent parfois des blocages que l’on apprend à surmonter ensemble.

Ce mode de vie, pour marginal qu’il puisse paraître, permet un refuge temporaire pour les un•e•s ; un foyer définitif pour les autres, tout en demeurant un îlot de résistance pérenne, talon d’Achille pour les puissants.

Ce qui est riche ici et qui nous rend fort•e•s, c’est notre diversité : occupant•e•s, voisin•e•s des bourgs et villages alentours, habitant•e•s dit•e•s « historiques », personnes en lutte de passage… On n’aurait pas la force qu’on a sans toutes ces personnes différentes, mais liées les un•e•s aux autres. Cette interdépendance, c’est l’opposé de l’atomisation contre laquelle on lutte.

Nous comptons bien que ce que nous construisons et qui nous unit ici se renforce et continue à mettre des bâtons dans les roues du pouvoir. L’aéroport ne se fera pas, et on continuera à vivre ici ensemble avec tou•te•s celles et ceux qui le veulent. On s’y prépare déjà et on pense aux prochaines luttes à mener pour une prise en charge collective des terres sauvées par le mouvement. On ne se laissera jamais intimider par des procédures d’expropriation ou d’expulsion ni par l’annonce d’un référendum bidon. Si le pouvoir ne sait plus quoi inventer, c’est peut-être qu’il est prêt à fléchir…

Nous, nous sommes prêt•e•s. Prêt•e•s à défendre ce qu’on a construit ici ensemble. On ne laissera passer ni expulsion ni début de travaux. Pour nous, chacun•e doit se sentir bien d’utiliser les moyens de résistance qui lui semblent pertinents, qu’il s’agisse de s’asseoir sur un chemin et d’y rester, de construire des barricades, de saboter des travaux, de participer au ravitaillement ou de relayer les récits de tout ça. Il s’agit d’être solidaires avec toutes les formes de lutte : que nous les partagions ou non, à nous de les comprendre et de les accepter. Cette diversité nous a fait gagner lors de l’opération César en 2012, elle les fera encore reculer ! On continuera ensemble à participer aux résistances contre ce monde de répression et d’argent roi.

Vinci dégage, résistance et sabotage !

Source : zad.nadir.org

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