la voie du jaguar

informations et correspondance pour l’autonomie individuelle et collective


Accueil > essais et documents > appels et déclarations > Rapport de la Brigade internationale de solidarité avec le Codedi

Oaxaca

Rapport de la Brigade internationale de solidarité avec le Codedi

vendredi 15 février 2019, par Codedi, Nodo Solidale

Centre de formation du Codedi, Finca Alemania,
Santa María Huatulco, Oaxaca, Mexique,
15 mars 2018.

Les 14 et 15 mars 2018, une Brigade internationale de solidarité composée de personnes venant de Suisse, du Portugal, du Mexique, d’Italie, de l’État espagnol, de Colombie, du Brésil, de Belgique, d’Autriche et d’Argentine s’est rendue au Centre de formation « Finca Alemania » du Comité pour la défense des droits indigènes (Codedi), en réponse à la violente agression soufferte le 12 février 2018 durant laquelle furent lâchement assassinés trois défenseurs de la communauté.

En tant que Brigade, nous avons pris connaissance du projet autonome en construction dans le centre de formation, nous avons écouté le témoignage des survivants et l’analyse du contexte actuel des membres des différents comités de l’organisation.

Le Codedi lutte pour la défense du territoire et la construction de l’autonomie. Cela a commencé avec un petit collectif de théâtre prônant l’organisation sociale des communautés comme outil pour améliorer ses propres conditions de vie. Tout au long de son parcours pour la défense des droits indigènes, l’organisation du Codedi passe par différentes étapes. La première a lieu entre 1997 et 1998 alors que des problèmes avec le parti officiel donnent naissance à la création du premier municipio libre de Santiago Xanica selon ses propres us et coutumes (les lois de l’État d’Oaxaca permettant aux peuples indigènes de choisir leurs propres autorités sans l’intervention des partis politiques). Puis, en 2005, l’organisation fut l’objet d’une criminalisation et d’une violente répression avec l’emprisonnement d’Abraham Ramírez Vázquez, de Juventino et Noel García Cruz, et une invasion des forces de police dans le village qui laisse derrière elle un mort et plusieurs blessés. Avec l’obtention de la libération des prisonniers politiques après six ans et trois mois d’emprisonnement, le processus d’organisation se renforce et débouche sur la récupération de plus de trois cents hectares de terres pour la création d’un centre de formation dans la Finca Alemania. Durant cette troisième étape, environ deux mille familles rejoignent le Codedi, impliquant à l’heure actuelle la présence de l’organisation dans plus de 48 communautés des régions de la Sierra du Sud, de l’Isthme, des Vallées centrales et de la Côte de l’Oaxaca.

Le Centre de formation « Finca Alemania » est un espace dans lequel les rêves d’autonomie des communautés ont pris forme de manière pratique grâce la création de dix-huit ateliers de production et formation : une menuiserie, une boulangerie, des ateliers de couture, de musique, d’agroécologie, de mécanique, de médecine naturelle, de théâtre, de fabrication de briques pour la construction, d’élevage de porcs et poulets… Il existe aussi quatre niveaux d’éducation autonome (préscolaire, primaire, secondaire et bacheliers) dans lesquels des programmes éducatifs sont orientés vers la construction d’une pensée critique mais surtout en fonction des nécessités concrètes des communautés de la région. Tout ce processus est rendu possible grâce à un travail collectif rotatif (tequio) des membres des 48 communautés appartenant à l’organisation, représentées dans l’Assemblé générale par les comités locaux. La vie interne de la Finca Alemania s’organise à travers la coordination entre le comité des jeunes, des profs, le comité général et la commission politique, tous présents dans le dialogue avec l’Assemblée générale, principal organe décisionnel du Codedi.

Le 12 février 2018, des assaillants à bord d’une Chevrolet verte ont utilisé des fusils d’assaut pour mitrailler une camionnette ayant à son bord cinq adhérents du Codedi. Cet attentat a couté la vie à Alejandro Antonio Díaz Cruz, quarante-deux ans, Ignacio Basilio Ventura Martínez, dix-sept ans, et Luis Ángel Martínez, dix-huit ans, assassinés par balles de AR15 dont l’usage est exclusivement réservé aux forces de l’ordre. Deux personnes ont survécu à l’attaque : Emma Martínez, membre du Codedi, et Abraham Ramírez Vázquez, coordinateur général de l’organisation. Bien qu’une enquête ait été ouverte par le procureur général de l’État d’Oaxaca, après plus de cinq semaines les recherches n’avait toujours rien donné. De plus, le gouvernement d’Alejandro Murat (gouverneur de l’État d’Oaxaca) ne s’étant toujours pas prononcé à propos de cette agression, le Codedi et de nombreuses autres associations estiment le gouvernement de l’État responsable de cette attaque, par complicité ou par omertà. Ce jour-là, les compagnons s’étaient rendus à une réunion avec des fonctionnaires du gouvernement de l’État pour discuter du conflit post-électoral à Santiago Xanica. Sur le chemin du retour à leur communauté, l’embuscade leur était tendue.

Depuis sa fondation, le Codedi est l’objet de menaces permanentes provenant de différents groupes de pouvoir. De plus, sans participer aux élections, le Codedi a régulièrement dénoncé les fraudes à l’encontre des us et coutumes. Dans le cadre d’un conflit post-électoral dans le municipio de Santiago Xanica, les factions locales, ayant des intérêts dans la mise en place d’une autorité proche du gouvernement de l’État, ont menacé de mort plusieurs membres de l’organisation.

D’un autre côté, l’implantation du complexe touristique de Bahías de Huatulco a provoqué l’expropriation de milliers d’hectares de plages et de jungle, mais aussi de différentes sources d’eau des communautés locales, pour l’utilisation et la consommation des grands hôtels. Le Codedi s’est dédié, parmi d’autres projets, à renforcer l’organisation et la lutte des habitants de San Miguel del Puerto dans leur exigence de restitution ou d’indemnisation suite à l’expropriation de 22 000 hectares en 1984. Durant les mobilisations organisées à Huatulco et dans la capitale de l’Oaxaca pour exiger justice face à cette expropriation de terres, les hôteliers de la région ont mené une campagne médiatique de diffamation à l’encontre d’Abraham Ramírez Vázquez et du Codedi, par le biais de banderoles accrochées aux ponts de la ville.

Sur le même front, le Codedi a empêché l’installation de stations hydrauliques le long de rivières, privatisées pour étancher la soif des auberges de la zone hôtelière, tout en proposant des solutions alternatives pour répondre aux nécessités en eau des colonies populaires de Santa María Huatulco.

Une autre menace liée à la défense du territoire est l’apparition l’année dernière d’une déforestation illégale pratiquée par des groupes connectés au crime organisé et vraisemblablement de mèche avec tous les niveaux d’autorité du gouvernement. L’exportation au Japon et en Chine du bois précieux de l’arbre « granadillo », utilisé pour les finitions de voitures de luxe, a provoqué la dévastation des forêts de la Sierra du Sud. Face à cette intrusion violente et armée des pilleurs de bois sur son territoire, le Codedi a décidé de défendre et de préserver les forêts et les jungles là où l’organisation communautaire est présente. Cette réaction fait courir de grands risques aux adhérents du Codedi et aux habitants de la région qui s’opposent à la dévastation des forêts.

Sur un autre front, l’État d’Oaxaca a concédé 7,8 pour cent de son territoire à des entreprises minières et neuf projets de mine ainsi que cinq projets hydrauliques se trouvent dans la zone d’influence du Codedi. En considérant l’historique des connivences entre les entreprises minières, les différents niveaux du gouvernement et les groupes paramilitaires, il est évident que ces projets d’extraction impliquent des menaces constantes et violentes envers l’organisation communautaire.

Dans ce contexte, le Codedi se trouve en permanente mobilisation, piquet, diffusion et construction d’alliance avec, par exemple, le Conseil des organisations autonomes de l’Oaxaca (COA) pour exiger la justice pour les compagnons assassinés et faire front contre ce qu’ils définissent comme terrorisme d’État. Alors que continuent la construction et le renforcement du processus d’autonomie dans le Centre de formation « Finca Alemania », le Codedi maintient fermement son travail culturel en organisant la deuxième rencontre nationale de théâtre populaire et communautaire avec plus de 48 interventions artistiques de différentes parties du Mexique et du monde.

En tant que Brigade internationale de solidarité avec le Codedi, nous exprimons nos plus profondes préoccupations face aux menaces avérées et documentées qui persistent. Des menaces qui mettent en danger l’intégrité et la sécurité des défenseurs communautaires, le projet autonome du Centre de formation « Finca Alemania », et le territoire de peuples indigènes de la Sierra du Sud, de la Côte, de l’Isthme et des Vallées centrales de l’Oaxaca.

Pour ces raisons, nous appelons à construire une campagne permanente de solidarité #CodediVive pour exiger :

1. Justice pour les compagnons assassinés le 12 février, dans le cadre d’un massacre contre le peuple mexicain qui compte déjà plus de deux cent mille morts violentes durant les douze dernières années.

2. Respect de l’autonomie des peuples indigènes, et donc annulation de tous les projets d’extraction qui menace la vie et nos territoires.

Nous invitons à nous coordonner afin de réaliser des événements, expositions, mobilisations, œuvres graphiques, vidéos et tout autre type d’actions qui rendent visibles ces exigences, chacun à sa manière et à son rythme, et rappeler ainsi que la solidarité est la tendresse des peuples.

Source : Resistencia Global Autonóma
17 mars 2018.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

SPIP | Ouvaton.coop | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0