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Rencontre autonomie et libre détermination
Déclaration du Congrès national indigène de l’État de Mexico

jeudi 6 février 2014, par CNI

Atenco, Xochicuautla, Coyotepec… quelques noms des nombreuses communautés en lutte dans tout l’État de Mexico, contre les mégaprojets et pour la terre.

Ce communiqué est issu des rencontres entre communautés de cet État organisées en janvier 2014 par le Congrès national indigène (assemblée de communautés indigènes en lutte proches du zapatisme), qui sont en train d’articuler leurs luttes, dans ce qui semble l’un des efforts les plus avancés d’auto-organisation au niveau national, après les États du Chiapas et d’Oaxaca. (Note du traducteur.)

La lutte indigène contre la dépossession et la dévastation
de nos territoires et ressources naturelles

Casa Vieja, Nicolás Romero, État de Mexico,
18 janvier 2014.

Faisant suite aux accords du Congrès national indigène (CNI) ayant émané de l’initiative de la Chaire itinérante « Tata Juan Chávez Alonso » et des réunions du CNI dans la région Centre-Sud du pays qui ont suivi, nous nous sommes réunis en tant que peuples indigènes et communautés de l’État de Mexico au predio Casa Vieja de La Colmena, de l’Alianza Única del Valle, dans la commune Nicolás Romero, le 18 janvier 2014, pour élaborer des accords. Nous remercions nos frères et sœurs qui ont préparé et convoqué cette rencontre de luttes pour nos terres, nos territoires, notre eau et nos forêts.

Depuis divers endroits nous avons répondu à l’appel de nos frères des villages de San Francisco Magú, Cahuacán et Coyotepec, dont les territoires, occupés depuis des temps immémoriaux par les peuples indigènes Otomís et Nahuas, sont, comme dans tout l’État de Mexico, convoités pour les intérêts mesquins de l’initiative privée qui, en collusion avec les différents niveaux de gouvernement, prétend continuer à s’enrichir et à dévaster le cœur de nos terres au moyen de la dépossession et de l’exploitation.

Nous sommes conscients du niveau répressif de l’État de Mexico et du gouvernement fédéral, nous avons été victimes de leur tactique de division, de discrédit, de criminalisation de la protestation, des luttes et de la protection légitime de nos droits et du futur de nos villages. Et donc, quand nous nous levons pour lutter, pour défendre nos forêts, on nous accuse d’être des bucherons illégaux, et quand nous défendons l’eau, on crée pour nous des délits, comme c’est le cas pour les compagnons de San Pedro Tlanixco. De la même manière, beaucoup de nos frères ont été frappés, torturés, incarcérés ou, dans le pire des cas, ont disparu, dans une atmosphère d’hostilité et d’impunité, ayant inclus des violences sexuelles contre nos sœurs d’Atenco et d’autres villages.

Nous sommes également conscients des mécanismes que l’État met en place pour s’infiltrer dans nos institutions de gouvernements communautaires via la manipulation des processus d’élection, dans le but d’obtenir des « représentants » qui répondent à des intérêts particuliers, facilitant ainsi le contrôle institutionnel de nos territoires. De la même façon, des projets d’assistanat sont mis en place, qui entraînent la dépendance, achètent les volontés et nous maintiennent opprimés. Et quand, pour l’État, ces stratégies ne fonctionnent pas, et que nos villages, communautés, représentants et dirigeants ne se vendent pas, alors ils nous discréditent et nous répriment.

Avec ce que nous venons de mentionner, la gravité de la situation à laquelle nous sommes confrontés est claire, et pour autant nous n’exagérons pas quand nous disons que l’État mexicain a instauré une pratique génocidaire silencieuse contre nos peuples, en essayant par divers moyens de nous arracher nos modes et formes de vie. Pour cette raison, nous disons une nouvelle fois « ¡Ya basta ! ». Nous ne permettrons pas qu’ils continuent à violer nos us, coutumes et droits collectifs.

Et en conséquence, nous déclarons que, dans notre marche avec la Chaire itinérante et le CNI, nous, les peuples indigènes du Mexique, partageons une même pensée et un même ressenti, et que, dans l’unité, nous surmonterons cette situation, que nous continuerons à exercer nos droits inhérents et collectifs à l’autogouvernement, à l’autonomie et que, sans notre consentement libre, préalable et éclairé, aucun projet ne doit passer sur nos territoires.

Nous avons lutté depuis toujours en défense de notre Madre Tierra, de nos territoires, de nos forêts, de notre eau et de la vie, et nous sommes décidés à continuer à le faire, même si la vie nous est enlevée, car, comme le disait notre général Emiliano Zapata, « mieux vaut mourir debout que vivre toute une vie à genoux ».

Pour finir, accomplissant notre responsabilité sacrée de protéger la terre sur laquelle nous vivons, pour que puissent aussi y vivre nos générations futures, nous réaffirmons ce qui suit :

☀ Nous exigeons la libération de nos frères Pedro Sánchez Berriozabal, Teófilo Pérez, Rómulo Arias Mireles, Lorenzo Sánchez Berriozabal, Marco Antonio Pérez et Dominga Martínez ; ainsi que l’annulation des ordres d’appréhension des compagnons Rey Pérez Martínez et Santos Alejandro Álvarez Zetina, criminalisés injustement pour avoir défendu l’eau à San Pedro Tlanixco.

☀ Nous demandons justice pour les deux défenseurs de l’eau assassinés durant leur combat pour la conservation de l’usage, de la gestion, de l’administration et de l’approvisionnement en eau à Coyotepec, en fonction des us et coutumes.

☀ Nous disons non au projet d’autoroute privée Naucalpan-Toluca, qui menace la forêt Otomi-Mexica, et nous réclamons son annulation, comme l’arrêt de la destruction des forêts dans les communautés de Xochicuautla et de Santa Cruz Ayotuxco.

☀ Nous exigeons l’arrêt du projet d’aéroport dans la zone de Texcoco-Atenco et la réhabilitation des puits des communautés appartenant à la commune d’Atenco.

☀ Nous dénonçons l’entreprise OHL pour collusion avec le gouvernement fédéral et avec celui de l’État de Mexico pour le développement de mégaprojets à San Salvador Atenco et dans la forêt Otomi-Mexica.

☀ Nous exigeons l’annulation et la révocation de tous les permis, jusqu’au dernier, concédés à l’entreprise Merket Construcciones, en lien avec le « Projet de développement immobilier Bosques del Paraíso » à San Francisco Magú, territoire sur lequel sont interdits les fractionnements et l’utilisation d’actes notariés. De la même manière, nous demandons la réparation des dommages et la restauration des 12 hectares environ de la forêt de Pino-Encino qui ont été dévastés au nom du permis d’« approvisionnement forestier soutenable pour changement d’utilisation de sol » donné par la Semarnat - État de Mexico et qui encourage la coupe d’environ 180 hectares de forêt.

☀ Nous exigeons pour finir l’intervention rapide des autorités compétentes pour freiner le mégaprojet immobilier qui doit se construire sur les terres de l’ejido de Cahuacán, Nicolás Romero, lesquelles, selon le jugement émis par le Tribunal agraire supérieur le 12 mars 1997, confirme que les membres de l’ejido de Cahuacán en sont les « propriétaires légitimes ».

« Ensemble, construisons l’opportunité de nous rencontrer, de nous reconnaître, et de partager des expériences de lutte dans le but de planifier notre marche en défense de notre droit à la dignité et au bien-être. »

Décidé par consensus des villages indigènes Tlahuica, Matlatzinca, Mazahua, Nahua et Otomí de l’État de Mexico : San Pedro Tlanixco, San Pedro Atlapulco, San Francisco Xochicuautla, San Francisco Magú, San Lorenzo Huitzizilapan, Santa Cruz Ayotuxco, San Salvador Atenco, Pueblos del Río Tepotzotlán, Santa María Magdalena Cahuacán, Santa María Tianguistengo, Temascalapa ; avec les organisations, collectifs et autres villages : communauté La Congoja de l’État d’Aguascalientes, adhérente à la Sexta, Sixième Déclaration de l’EZLN, Ampliación San Pedro Xalpa Azcapotzalco, peuples autochtones de Santa Barbara Azcapotzalco, Axotlan Cuautitlán Izcalli, Huixquilucan, Cuajimalpa, éditions autogérées Caracol Andando Argentine, Más de 131, Mut Vitz 13 France, Cafez Belgique, La Guillotina, Alianza Única del Valle, Asamblea Nacional de Afectados Ambientales, JRA Cuautitlán Izcalli, Magisterio Mexiquense, Hormiguero Zero, Acampada Revolución, Compagnons solidaires de France.

Traduction : un compagnon solidaire
de France présent à la rencontre.

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