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Résistance à l’imposition du projet éolien dans l’isthme de Tehuantepec

jeudi 21 mars 2013, par Asamblea de Pueblos del Istmo

Communiqué de l’Assemblée populaire du peuple juchitèque
face aux provocations de la police d’Oaxaca

Aux médias,
Aux organismes des droits humains,
Aux peuples indigènes du Mexique et du monde,
Aux frères et sœurs de l’EZLN,
À la Section XXII,
Au digne et héroïque peuple de Juchitán,

Le mouvement de résistance contre l’imposition du projet éolien de l’entreprise multinationale Gas Natural Fenosa sur nos terres communales a débuté en 2008 quand nous, un groupe de paysans, nous sommes organisés afin d’empêcher les travaux et d’annuler les contrats de location, vu qu’on nous avait trompés afin de nous faire signer un contrat sans en connaître les clauses ni avoir d’information sur le projet ; au vu du fait que ce sont des terres de culture où nous effectuons nos récoltes pour subvenir à l’alimentation de nos familles, et qu’au sein des espaces où l’on prétend nous imposer le projet éolien se trouvent des zones où chaque année nous autres, les Binnizá (Zapotèques), nous réalisons nos pérégrinations vers les sites qu’en diidxazá nous appelons Chigue’ze’, Guelabe’ñe’, Guuzebenda, Guiigudxita, Guelaxhada’ et Santa Cruz 12 de Mayo, l’entreprise multinationale revient tenter en 2013 de nous imposer ce projet éolien sur nos terres communales sacrées et nos terres de culture, sans prendre en considération les graves affectations écologiques, sociales, économiques et culturelles ; en conséquence de quoi nous nous sommes réorganisés comme Assemblée populaire du peuple juchitèque pour la défense de nos terres, de notre territoire communal et de notre forme de vie comme peuple originaire, en nous appuyant sur la Convention 169 au sujet des peuples indigènes et tribaux des pays indépendants, signée par le Mexique, et sur la loi des droits des peuples et communautés indigènes de l’État d’Oaxaca.

Le 25 février, suivant un accord pris par l’assemblée communautaire, nous avons installé une barricade permanente dans la septième section de Juchitán au niveau du chemin conduisant à l’agence municipale Playa Vicente, afin d’exiger auprès des gouvernements fédéral, d’Oaxaca et municipaux l’annulation du projet éolien Fuerza y Energía Bii Hioxho, ainsi que le départ immédiat de l’entreprise multinationale Gas Natural Fenosa et le respect de nos terres, de notre territoire et de nos us et coutumes en tant que peuple originaire.

Cela fait vingt et un jours que nous sommes sur la barricade à défendre nos terres de culture communales et sacrées, composant un important écosystème de terre humide appelé en diidxazá yugudxa, et conjointement à la résistance des villages binnizá (zapotèques) de Guixhi’ ro’ (Álvaro Obregón), Santa Rosa de Lima et des pêcheurs de Juchitán et des villages ikoots (huaves) de San Dionisio del Mar, San Mateo del Mar et San Francisco del Mar, nous défendons aussi les lagunes supérieures et inférieures. En fait de quoi le gouvernement et les entreprises ne veulent pas comprendre la décision prise par le peuple juchitèque, et même au contraire nous menacent de nous expulser violemment comme ce qui s’est passé la première semaine du campement, où un groupe de personnes alcoolisées ont essayé d’incendier le campement de résistance.

Cette nuit du 16 mars, aux environs de 8 heures du soir, plusieurs camionnettes de la police de l’État sont entrées dans la septième section par le côté sud et le côté nord jusqu’à arriver auprès de la barricade et se sont approchés dangereusement, à 20 mètres nous avons entendu des détonations d’armes à feu, et ils sont ensuite passés aux bords de la barricade pour se diriger vers la neuvième section. Nous avons pu identifier au passage qu’il s’agissait d’un véhicule d’hommes en civil cagoulés, qu’on suppose être des sicaires. À hauteur du quartier Lorenza Santiago Esteva, un affrontement eut lieu entre les habitants de la septième section de Juchitán et la police de l’État, les habitants ayant empêché le passage de la police qui au moment de se retirer a tiré plusieurs fois en l’air, tandis que près de la radio communautaire Totopo deux camionnettes de la police de l’État qui patrouillaient furent elles aussi chassées par les voisins. Face à cette situation, au moyen de haut-parleurs, les gens furent convoqués à renforcer la résistance, ce qui permit que des centaines d’habitants se concentrent sur la barricade et réussit à ce que les véhicules de la police de l’État et celui des sicaires s’en aillent. La barricade de la septième section se maintient depuis en état d’alerte.

Nous rendons responsables le gouvernement de la République mexicaine d’Enrique Peña Nieto, le gouvernement de l’État d’Oaxaca de Gabino Cué Monteagudo, le gouvernement municipal de Daniel Gurrión Matías, les syndicats CTM et STAMI, les fractions et leaders de la COCEI et la société Gas Natural Fenosa des provocations et agressions pouvant survenir sur la barricade de la septième section de Juchitán.

L’Assemblée populaire du peuple juchitèque demande :

1. L’arrêt définitif du projet éolien Fuerza y Energía Bii Hioxho promu par l’entreprise multinationale Gas Natural Fenosa.

2. Pas un projet éolien de plus sur les terres communales de Juchitán.

3. Respect de l’autodétermination du peuple juchitèque.

Non au projet éolien Bii Hioxo de Gas Natural Fenosa !
Respect des terres communales de Juchitán !
Entreprises éoliennes, syndicats CTM et STAMI hors de nos espaces sacrés !
Pas un projet éolien de plus à Juchitán !
La terre, la mer et le vent ne se vendent pas, il faut les aimer et les défendre !

Fraternellement

Les frères pêcheurs, pêcheuses,
paysans, paysannes, mères au foyer, étudiants et artisans
de l’Assemblée populaire du peuple juchitèque

Barricade de la septième section de Juchitán,
isthme de Tehuantepec, 17 mars 2013.

Post traductum. Il y aurait évidemment bien des choses à raconter sur cette résistance antipartidaire, antisyndicale et assembléiste. Bien des choses à resituer déjà sur la ville de Juchitán au Mexique… l’un des bastions de la résistance à l’invasion française au XIXe siècle, à la dictature de Porfirio Díaz ensuite. Comment elle a été la première ville « conquise » par la gauche au Mexique. Comment depuis les années 1980 elle est le lieu par excellence de l’« orgueil indigène ». L’une des rares cultures traditionnelles où les transsexuels ont une place reconnue dans la société. Où les pêcheurs continuent à être « l’âme populaire » de la ville. Où les problèmes importants se règlent en diidxaza et l’espagnol reste langue de colonie. Où les vieilles organisations marxistes-léninistes ont sombré dans la corruption, le clientélisme et les manipulations les plus abjectes, contrôlant et détournant le mouvement social. Où les élites politiques se font depuis dix ans des fortunes colossales aux côtés de leurs nouveaux amis executives directors des filiales « énergies durables » des grandes multinationales d’Espagne, de Hollande ou d’ailleurs (de France par exemple, avec les beaux cadres d’EDF Énergies renouvelable) venues y implanter par centaines les « ventilateurs géants », pendant que le peuple devrait ramasser les miettes, allumer sa télé, oublier la pêche, l’agriculture, l’élevage… et oublier que ces terres, même juridiquement, lui appartiennent encore. Pas de chances, l’invasion des gachupines et des envoyés de Napoléon troisième du nom datent peut-être à l’heure où les télés du monde entier ressassent le nouvel âge néolibéral, mais le peuple des quartiers de Juchitán a sa notion propre de l’histoire (c’est-à-dire de la mémoire) et — au sens propre — il n’a jamais rendu les armes. Pas plus que le village voisin d’Álvaro Obregón ni que les pêcheurs ikoots des lagunes de l’Isthme.

Sur place donc, la bataille se livre, chaque fois plus tendue. Sur place, les gens suivent aussi parfois ce qu’il se passe dans le reste du monde. En Europe, il serait peut-être temps de mettre fin au nombrilisme et à l’ethnocentrisme… et contribuer ainsi à ce que d’un même coup le mensonge du « développement durable » s’écrase.

Source de la traduction :
Nantes Indymedia.
Texte original.

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