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Rojava, « zone à défendre » !

dimanche 28 janvier 2018

Appel d’un militant de retour du Bakur, alors que la Turquie mène une offensive dévastatrice contre le canton d’Afrine au Rojava.

L’armée turque a lancé une offensive de grande envergure contre le canton d’Afrine depuis moins d’une semaine. Plusieurs centaines de morts déjà (civil·e·s et combattant·e·s). La ville d’Afrine est presque encerclée et Erdoğan a déjà prévenu qu’il ne comptait pas s’arrêter à cet objectif.

Après avoir utilisé les Kurdes et leurs alliés pour servir de chair à canon contre Daech, les USA, la France et la Russie se désengagent totalement de la question et laissent le champ libre à leur allié fascisant, l’État turc.

Car Daech a été vaincu par les combattant·e·s du Rojava et non pas par les bombes de la coalition internationale, plus efficaces pour tuer des civils ou pour aider Bachar à récupérer son pays que pour libérer les populations réduites en esclavage.

Pourtant aucune surprise, là-bas comme ici, de cette ultime lâcheté ; tout le monde s’y attendait. L’absence de réaction des gouvernements occidentaux est finalement très logique. Personne n’a intérêt à voir germer et rayonner une expérience de démocratie radicale [1].

Alors oui, après avoir utilisé les Kurdes et leurs alliés pour reprendre les territoires de Daech et surtout sa capitale, Raqqa (car personne d’autre n’était capable de le faire), laisser la Turquie s’en occuper arrange tout le monde : Bachar, Poutine mais aussi Trump et Macron.

Aujourd’hui, comme toujours, c’est à la rue de faire entendre sa solidarité et surtout la colère de voir des gouvernements mener au Moyen-Orient une énième partie d’échecs dont les enjeux se comptent en milliers de vies.

En Turquie aussi, la situation est idéale pour l’État, car la répression, particulièrement intense depuis trois ans, empêche toute mobilisation au Bakur (Kurdistan « turc ») comme à Istanbul et dans les autres grandes villes du pays. Les milliers de militant·e·s déjà en prison, la police et l’armée déployées massivement pour prévenir tout soulèvement, et la menace d’un emprisonnement immédiat paralysent toute aide potentielle. La rue y est tout simplement muselée.

Notre responsabilité est immense. Les Kurdes de France appellent de façon incessante le reste du pays à venir les soutenir et à participer à leurs manifestations.

Déjà dans l’histoire, des massacres contre les Kurdes ont pu être empêchés par des mobilisations internationales [2].

Au Bakur la victoire de la ZAD a aussi été fêtée. Un jeune, là-bas, nous disait au moment de trinquer : « En fait le Rojava c’est un peu notre ZAD à nous.... » Les attaques ont commencé une semaine après ces mots.

Une défaite et les massacres qui s’ensuivraient seraient un drame de plus pour les Kurdes et les habitant·e·s de cette région bien sûr, mais aussi pour tous les devenirs révolutionnaires, ici comme ailleurs.

Nous appelons à dénoncer l’abominable opération d’Erdoğan comme celle des gouvernements occidentaux et à soutenir de toutes les façons possibles la résistance désespérée de ces territoires.

Pour que l’internationalisme ne reste pas une coquille vide,
pour Afrine, pour le Rojava, pour l’autonomie !

Un jeune militant de retour du Bakur
désespéré de voir les Kurdes, une fois de plus,
se faire massacrer par les puissants.

Source : Paris-Luttes.info
25 janvier 2018.

Notes

[1Le Rojava c’est, comme le disent si bien des camarades du Bakur (Kurdistan sous occupation turque), « une gigantesque académie théorique et pratique ». Là bas, bien peu de monde prétend ne pas commettre d’erreur, avoir mis en place une démocratie idéale, ou avoir mené une révolution anarchiste ou communiste. On affirme juste avoir momentanément réussi à se débarrasser des gouvernements régionaux et que cela permet d’essayer de construire quelque chose de nouveau qui tend vers des valeurs socialistes, libertaires et féministes. Bien ambitieux celui ou celle qui prétendrait qu’en France, si nous parvenions à libérer des territoires si vastes, nous pourrions affirmer autre chose au bout de six ans d’existence en temps de guerre.
Selon nous, de là où nous nous trouvons, loin des théâtres kurdes, un rejet total est tout aussi stupide qu’une adhésion ou une propagande qui ferait du Rojava un miracle révolutionnaire abouti à suivre aveuglément. Pour l’heure, nous y préférons un soutien critique et vigilant.

« Nous partons du point suivant : le contenu d’une lutte réside dans les pratiques, les moyens qu’elle adopte plus que dans les finalités qu’elle proclame. Il est inutile de partir chargé d’un sac rempli d’intransigeances identitaires superflues, d’un purisme raffiné et de radicalité morale si cela ne génère que de la paralysie collective. En agissant à partir des lieux que nous habitons et en y développant des formes de vie, nous n’émettons aucune grande prétention idéologique sinon plutôt des petites vérités communes, au sein d’un processus complexe, dynamique et en certaines occasions contradictoire. C’est en ce point que réside la possibilité de faire croître notre potentiel révolutionnaire. »
« “Contre” l’anarchisme. Un apport au débat sur les identités » (extrait), LundiMatin.

[2« Les mobilisations kurdes en Europe étaient dans les années 1980 et surtout 1990 extrêmement nombreuses et particulièrement spectaculaires. Or, c’est quand la question kurde devenait un problème (sécuritaire) interne aux pays européens que ceux-ci, et notamment l’Allemagne et la France, se sont mis à critiquer vertement la politique kurde de la Turquie… » (Entretien réalisé avec Olivier Grojean en avril 2016.)

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