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Une rose noire pour Marc

Hommage à Marc Tomsin. 15 juin 1950 - 8 juin 2021

lundi 12 juillet 2021, par Claire Auzias

Tel Lord Byron qui donna sa vie pour l’indépendance de la Grèce, Marc est tombé sur cette terre qu’il aimait et qu’il s’était choisie.
En le perdant, nous perdons un compagnon d’envergure contemporaine, créateur d’une incessante réactivation de l’anarchisme. Il participe de ces figures actuelles de l’anarchisme. Inutile de refaire ici sa biographie très bien documentée dans le Maitron de longue date.
On peut lire ici ou là quelques interviews qu’il a données retraçant son parcours, un parcours typique de la modernité de l’anarchisme.
Lycéen en mai 68, et actif au CAL, il partageait ainsi avec moi et quelques autres, cette entrée en matière dans la vie politique qui serait la nôtre, à nous les petits de 68. Il n’a jamais répudié son attachement aux auteurs situationnistes qu’il lut même avant mai, et est devenu un ami proche de Raoul Vaneigem qui représentait pour Marc une source d’inspiration majeure.
Militant très averti, il ne se laissait jamais leurrer par des intrigues ou tentatives autoritaires, aussi critiques fussent-elles. Il avait un sens aigu des subversions productives et ne s’est jamais réfugié dans le spectacle, les complaisances ou les superficialités mondaines.

Certes il était gentil avec tout le monde, souriant, ouvert, sociable. Sans illusion.

Vagabond des étoiles comme Panait Istrati, il s’est attaché à l’Espagne post-franquiste, puis au Chiapas et enfin à la Grèce. Quand un mouvement arrivait à bout de souffle, Marc reprenait sa route vers d’autres cieux plus tumultueux. Il s’est fracassé à Xania, au squatt de Rosa Nera, où il nous avait conduits au terme d’un heureux périple qu’il confectionnait pour ceux qu’il choyait, lors des cinquante ans de Mai 68. Avec Jean-Pierre Duteuil et Tomas Ibanez, en compagnie de ses deux intimes Lucile et Babis, nous avons sillonné de squat en squat, des espaces grecs autogérés où nos débats s’étendaient à perte de nuit, tant nos compagnons grecs étaient friands de discussion.
Rosa Nera est l’écrin idéal pour la mémoire de Marc, c’est un lieu somptueux, avec des compagnons anarchistes ardemment soucieux de leur autonomie, cette autonomie que Marc défendait.
Comme il a aussi croisé le mouvement surréaliste, où je l’ai retrouvé parfois aux côtés d’Oscar Borillo et de Guy Flandre, j’ai choisi un poème de Joyce Mansour, surréaliste égyptienne, pour lui rendre un dernier hommage, « Bleu comme le désert » :

"Heureux les solitaires
Ceux qui sèment le ciel dans le sable avide
Ceux qui cherchent le vivant sous les jupes du vent
Ceux qui courent haletants après un rêve évaporé
Car ils sont le sel de la terre.
Heureuses les vigies sur l’océan du désert
Celles qui poursuivent le fennec au-delà du mirage.
Le soleil ailé perd ses plumes à l’horizon
L’éternel été rit de la tombe humide
Et si un grand cri résonne dans les rocs alités
Personne ne l’entend, personne.
Le désert hurle toujours sous un ciel impavide
L’œil fixe plane seul
Comme l’aigle au point du jour
La mort avale la rosée
Le serpent étouffe le rat
Le nomade sous sa tente écoute crisser le temps
sur le gravier de l’insomnie
Tout est là en attente d’un mot déjà énoncé
Ailleurs
".

Claire Auzias, pour le Monde Libertaire, 10 juin 2021.
Lien permanent : https://monde-libertaire.net/index....

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