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Notes anthropologiques (XLV)

mercredi 15 janvier 2020, par Georges Lapierre

Traité sur l’apparence (I)

La nature de l’argent

« Le sage Vidura pénétra ses membres par ses membres, il mit ses souffles dans ses souffles, ses sens dans ses sens. Fort de la force du yoga, et comme resplendissant d’énergie, Vidura entra dans le corps du prince, du roi juste… Cependant le corps de Vidura continuait à être appuyé contre l’arbre, les yeux fixés dans un regard immobile. Et le roi vit alors que la vie s’en était allée de lui. » Yudhishthira veut aussitôt accomplir les rites funéraires, brûler le cadavre. Une voix l’en empêche : le mort est en lui, il est dans le mort. (Georges Dumézil, Mythe et Épopée I. La Terre soulagée)

Nous sommes submergés par l’apparence. Elle fait partie de notre vision du monde. Nous nous heurtons à cette dureté des choses, nous ne les traversons plus. Nous errons dans les villes, nous flânons dans les rues piétonnes bordées de vitrines qui s’élèvent comme des falaises vers un ciel étincelant, nous lambinons dans le centre commercial comme dans un décor de vacances musicales, nous remplissons notre caddie de marchandises pour la semaine à venir, pour notre mort à venir. Étrange vie que cette survie dans un monde qui a perdu toute consistance, où tout n’est plus qu’apparence, une surface de choses vidées de leur substance. L’extériorité se donne à voir, elle est devenue notre décor. Nous sommes devenus extérieurs à nous-mêmes. Ce qui constituait notre substance, notre intériorité, s’est dilué dans l’air du temps, nous sommes devenus des êtres suspendus au-dessus du vide et nous nous accrochons désespérément à tout ce qui pourrait nous ramener sur terre. En vain. Comment décrire ce procès de l’âme, ou de l’esprit, qui nous a conduits à une telle vacance de soi ?

Pour nous, l’apparence est devenue toute la réalité, elle est la seule réalité. Elle est la réalité qui se dérobe toujours. Le décor du supermarché où nous faisons du lèche-vitrine, le paysage devant lequel s’extasient les touristes, la photographie d’un trou noir prise par des télescopes, et tous ces neutrons qui tournent en ellipse autour de leur noyau sont le résultat d’un même mode d’être, d’un mode d’être unique qui débouche sur une cosmovision qui nous amène à voir la réalité comme apparence. Nous créons de l’apparence comme un escargot sa coquille. Notre civilisation crée de l’apparence comme une tortue sa carapace. L’apparence est le sceau de notre civilisation, notre label, nous sommes marqués par l’apparence comme un bœuf au fer rouge.

Les scientifiques font surgir l’apparence partout où ils passent, l’apparence est la poussière qui vole sous le pied des savants ; ils créent ainsi l’objet — il s’agit d’un phénomène mental bien connu de nos jours, celui d’objectivation — en pensant qu’il s’agit là de la réalité et ils se rendent bien compte qu’il s’agit d’une réalité qui se dérobe toujours. Ils appellent cette réalité réduite à son extériorité, la nature. « Nature » est un concept étrange, il pourrait être synonyme d’extériorité (le non-humain) à opposer à l’intériorité (l’humain) pourtant on parle de « la nature de l’homme » ou de « la nature de la femme » en faisant référence à ce qu’il y a de plus profond et de plus universel en l’homme ou en la femme au point d’en définir le genre. Ce que les scientifiques mettent au jour n’est que l’apparence d’une réalité qui leur échappera toujours (puisqu’ils n’en saisissent que l’apparence, dirait le seigneur de La Palisse). Le terme de « nature » est bien plus ambigu que celui d’apparence. Il n’a de sens que s’il est opposé à celui de culture. Il n’a de sens que s’il entre dans une cosmovision qui oppose l’humain à tout ce qui n’est pas humain, qui oppose l’humain au non-humain, le spirituel au non-spirituel.

Pendant longtemps, on disait que la nature était l’œuvre de Dieu, que le tigre était une créature du Sauveur ; nous sommes plus dubitatifs aujourd’hui, le rapport qui unissait encore il y a quelque temps l’esprit et le monde, l’esprit dans sa transcendance et l’univers, le spirituel et l’universel, semble bien avoir disparu ; le lien qui pouvait encore exister entre la société et le monde semble définitivement coupé. Comme emportés par une marée d’équinoxe, le spirituel, le divin ou la Vierge Marie se sont retirés, laissant sur la plage du réel l’épave de ce qui fut, le reflet de ce qui a été.

Je me demande si le terme de phusis ou de nature employé par les Grecs puis par les Romains n’avait pas, pour eux, le sens d’apparence. Le terme de nature tel qu’il est employé de nos jours a l’avantage de donner de la consistance à ce qui en est dépourvu au point d’être synonyme de superficiel et même d’illusion : l’apparence. Grâce au concept de « nature » et à son contenu, nous tirons ainsi l’apparence en direction d’une réalité et d’une intériorité (cf. l’expression « nature humaine ») dont elle n’est que l’extériorité. Quelle est donc cette réalité ? Quelle est donc la réalité du non-humain ? Qu’est-ce qui se cache derrière l’apparence ? En donnant corps à l’apparence, le terme de « nature » semble faire allusion à ce qui se cache derrière l’apparence, au non-dit de l’apparence.

La nature, ou l’apparence, est notre vision du monde et cette vision de la réalité ancrée en nous est le produit de la vie sociale qui est la nôtre, elle n’est qu’une vue de l’esprit ; une vue imposée par l’esprit de notre vie sociale ou encore, une vue imposée par notre mode de vie en société, imposée par notre civilisation : une cosmovision (et nous pourrions alors parler de civilisation de l’apparence).

Reprenons le raisonnement à partir de l’exemple du chasseur guarani. Pour le chasseur guarani, le pécari est un être spirituel, il est un signe, il est, lui aussi, animé par une idée. C’est une pensée qui a pris forme et qui court à travers la forêt à la poursuite de son idée, tout comme le chasseur guarani d’ailleurs qui court après le pécari. Ici nous avons affaire à une cosmovision différente de la nôtre, qui ne se fixe pas sur l’apparence, elle traverse l’apparence pour appréhender le pécari comme une pensée à la poursuite de son idée, comme un être spirituel, et, pour ainsi dire comme un être humain. Le pécari est comme un humain c’est-à-dire un être animé par une idée. Il est un être animé par une idée tout comme le chasseur guarani, et cette idée n’est pas différente de celle du chasseur guarani : échanger avec d’autres pécaris, faire la fête, connaître une vie sociale [1]. Le chasseur projette sa propre réalité sur celle du pécari, il identifie le pécari à ce qu’il est : un être social vivant avec d’autres pécaris, prenant plaisir à cette vie sociale. C’est la force d’une cosmovision, elle impose un point de vue qui part d’une réalité sociale. Il n’existe pas de cosmovision qui pourrait échapper à cette loi de cause à effet. Nous n’échappons pas à cette règle, nous avons seulement l’illusion d’y échapper. Nous saisissons le pécari dans son apparence, dans son extériorité, car nous sommes une civilisation de l’apparence, une civilisation qui contient à l’intérieur d’elle-même l’extériorité, c’est-à-dire le non-humain. Le pécari n’est pas un être spirituel, il est réduit à son apparence, à son extériorité. Que reste-t-il à la femme ou à l’homme d’aujourd’hui pour échapper à cette tragédie de se trouver réduit à son extériorité ? Sa spiritualité n’est plus à l’intérieur de lui, ce n’est plus une spiritualité ontologique, une spiritualité de l’être. Pour parer cet inconvénient, l’homme ou la femme d’aujourd’hui se couvrent de marchandises et font en sorte que leur spiritualité apparaisse, elle était ontologique, qu’elle devienne phénoménologique ! C’est toute notre civilisation.

C’est là un premier aspect de notre cosmovision, de ce que signifie pour nous le concept de « nature », cette fermeture ou ce blocage sur l’apparence. Nous pouvons faire un pas de plus dans cette réflexion au sujet de l’idée qui nous meut. Pour le chasseur guarani ce n’est pas un hasard si la route du pécari croise la sienne. Bien sûr, il y a le savoir-faire du chasseur, son expérience, ses repérages, sa lecture de l’environnement et des signes qu’il sait y relever et interpréter, tout comme notre chasseur contemporain d’ailleurs et tout comme le pécari. Mais il y a plus, à cet art de la chasse s’ajoute la bonne fortune du chasseur et cette « bonne fortune » est, pour le chasseur guarani, autre chose que le hasard ou simplement la chance, elle est le surgissement du spirituel dans les affaires humaines, une illumination. Et ce spirituel qui montre le bout de son nez et qui vient caresser de son aile le chasseur plonge les hommes et les femmes dans le monde des signes, dans l’univers de la pensée. C’est le monde de l’apparence qui se déchire, c’est le voile qui cache l’idée qui se lève, c’est le coup de vent qui soulève la robe de la déesse. Le chasseur guarani est platonicien dans l’âme. C’est de l’esprit à l’état pur qui frôle légèrement, comme un vent d’été, le monde des hommes, et notre histoire est l’histoire de sa lente disparition, déjà le nommer, lui donner le nom des dieux, des anges de l’archange saint Michel ou de la Vierge de Guadalupe, c’était contribué à son effacement, aujourd’hui l’apparence a refermé ses lourdes portes de bronze. À partir du moment où nous ne jouons plus notre âme aux dés, nous avons perdu à jamais le contact avec le monde des esprits. Faut-il nous en désoler ?

Et le pécari, cet être en train de courir après son idée comme tout un chacun, croise, pour son malheur, la route du chasseur qui court, lui, après la sienne. Et l’idée pour le pécari comme pour le chasseur guarani ne s’arrête pas à sa représentation. Du moins pour le chasseur, pour le pécari, je n’en sais rien, je le suppose. La réalité du pécari est hors de moi, elle ne m’est absolument pas accessible, elle ne me serait donnée que si j’étais moi-même un pécari — à moins que je puisse garder un souvenir de mes vies antérieures, ou espérer une vie future dans la peau d’un pécari. Pourtant, il me semble que nous pourrions définir le vivant comme une pensée à la poursuite d’une idée (ce qui serait de l’animisme bien compris même s’il devait contredire du tout au tout notre point de vue sur le monde).

Pour moi, qui vis dans une société marchande, l’apparence est la réalité. Pour le chasseur guarani, la réalité ne se réduit pas à l’apparence, elle va au-delà de l’apparence. Parce qu’elle traverse l’apparence, la réalité pour le chasseur guarani est spirituelle. Je dirai qu’elle est spirituelle parce qu’elle est saisie par une pensée subjective, la pensée du chasseur guarani qui se pose comme sujet dans son échange avec les autres. Pour nous, elle n’est pas spirituelle, elle est dite naturelle. Nous nous trompons. Certains philosophes ont appelé cette confusion dans laquelle nous nageons une fausse conscience. L’argent est bien la représentation de l’idée d’échange (aussi bien sous la forme diffuse de monnaie que sous sa forme concentrée de capital). En courant derrière l’argent, nous courons bien, comme le chasseur guarani, derrière une idée, et cette idée est bien celle de l’échange, tout comme celle du chasseur guarani. Nous courons derrière l’apparence de l’idée, et l’idée sous sa forme d’argent, sous sa représentation objective est bien toujours l’idée de l’échange, c’est bien toujours l’idée de l’échange, sous la forme objective qu’elle a prise, qui nous anime. Nous ne nous posons plus comme sujet d’un échange. Et cette idée d’échange qui nous échappe, qui n’est plus subjective, nous la devinons dans la marchandise, aussi couvrons-nous notre apparence de marchandises pour donner le change.

J’ai déjà eu maintes fois l’occasion de buter sur ce que nous appelons l’idée, qui n’a pour nous d’existence qu’à travers sa représentation, et c’est grâce à son existence comme représentation qu’elle fait naître la pensée animant le sujet. L’idée est l’objet ou le but de la pensée, et nous devons prendre le terme d’objet à la lettre, c’est bien parce que l’idée apparaît sous la forme d’une représentation mentale qu’elle devient objet. L’idée est inséparable de sa représentation, je dirai de son extériorité — en linguistique par exemple le signe (qui se fait signifiant pour le sujet) reste inséparable du sens. Par le biais de cette réflexion sur l’idée à la fois extériorité et intériorité nous touchons à une autre question philosophique d’importance, celle de la conscience et de son tiraillement entre conscience du soi (de la vie sociale à laquelle participe le sujet) et conscience de soi (le sujet qui se saisit comme être du soi), c’est le même écartèlement entre le signe (la vie sociale, le discours, l’argent) et le sens qu’en saisit intérieurement le sujet par un retour sur soi. Dans cet ordre d’idée, j’avance que l’argent est bien une représentation du soi, de la société, de la vie sociale, de l’échange de tous avec tous, il est la forme prise par l’idée, sa représentation, son extériorité, et pourtant cette extériorité bloque le retour sur soi, ce que j’ai appelé la conscience de soi. Ou alors cette conscience de soi coïnciderait avec une accumulation d’argent ou de marchandises. Nous nous en tenons de plus en plus à la représentation, à l’apparence, et la pensée subjective, la conscience de soi, se dérobe fatalement.

L’argent est bien l’idée d’échange objectivée, prise au mot de l’objet, matérialisée sous la forme de pièces de monnaie, de billets de banque ou de lingots d’or. L’argent n’est pas autre chose que de l’idée matérialisée, devenue l’objet de la pensée, l’objet matérialisé de la pensée ; pour cette raison j’avance que l’argent est bien l’idée prise au mot de l’objet. Prise au mot de son apparence. Le but ou l’objet de l’activité humaine est bien l’idée, il reste un objet entièrement spirituel mais pris dans son apparence d’objet, pris à son propre jeu, pris à son jeu de mot, pris et englué dans son apparence. Notre monde est bien toujours le monde de l’idée, un monde entièrement spirituel, mais dont la spiritualité se trouve réduite à son apparence. Nous donnons une forme à l’idée qui nous anime et nous nous arrêtons à cette forme. La forme cache l’idée. C’est l’arbre qui cache la forêt. L’idée continue bien à animer le sujet pensant, elle continue bien à animer la pensée mais sous sa forme d’objet. L’idée est bien toujours effective dans le sens où elle anime l’être, où elle supprime du travail à tour de bras, où elle rend réel l’échange de tous avec tous. L’idée se réalise au moyen des hommes. L’apparence est l’extériorité de l’idée, elle réduit l’idée à son extériorité et c’est cette extériorité de l’idée qui nous donne l’illusion que l’idée est effective par elle-même sous sa seule apparence et qu’elle peut fort bien se passer du sujet. Dans le monde de l’argent, le sujet ne se sent plus à sa place. La pensée objective a évincé la pensée subjective.

Alors ?

Je dirai que l’idée échappe à la conscience, qu’elle ne va pas jusqu’à la conscience de soi, que cette conscience de soi comme être social, comme être humain, se heurte à l’objet, se heurte à l’apparence, elle se perd dans l’apparence, l’apparence tient lieu de conscience de soi, la voiture tient lieu de conscience de soi, le bel habit tient lieu de conscience de soi, nous vivons dans un monde où la marchandise tient lieu de conscience de soi. Ce sont les signes extérieurs de richesse. Mais cette richesse est-elle intérieure ? Est-elle véritablement conscience de soi ? Ou seulement une apparence ? Il est bien possible que les deux aillent ensemble, c’est ce que diraient le noble guerrier, le mandarin ou le gandin — et, devons-nous l’avouer, nous y sommes sensibles. Nous sommes sensibles à l’apparence et à ce qu’elle signifie.

Nous sommes toujours en quête d’une reconnaissance. En offrant son pécari au groupe, le chasseur se sait reconnu par le groupe et il se doute bien que cette reconnaissance se manifestera par un don en retour. La reconnaissance est alors manifeste, elle se manifeste par la pratique même du don et du don en retour, elle existe et elle se traduit subjectivement par la conscience de soi, une conscience de soi tout intérieure, une satisfaction intérieure que rien ne vient plus troubler, qui n’éprouve pas le besoin de se montrer — ce qui, en général, serait perçu comme une manifestation pour le moins de mauvais goût sinon indécente par le groupe. Quand la pratique éminemment humaine du don n’existe plus (ou est marginalisée dans la société), la soif de reconnaissance ne peut plus se manifester qu’à travers l’apparence d’une richesse qui se voudrait intérieure.

L’argent en tant qu’idée, en tant qu’idée de richesse, par exemple, ne se réduit pas à son apparence, à des billets de banque, à des pièces de monnaie ou à des lingots d’or. Son apparence peut l’évoquer, lui donner une réalité, mais elle reste une idée. L’argent est une idée qui peut prendre corps, à même de se réaliser. Comme pour le chasseur guarani, c’est bien une idée qui nous anime, c’est bien l’esprit qui nous met en marche et que nous poursuivons. Pourquoi cet esprit qui nous met en marche coagule-t-il le sanglier à sa seule apparence ? Pourquoi, alors même qu’il renvoie à l’idée, le sanglier, ou tout autre objet de notre environnement, se fait-il apparent, se présente-t-il comme extériorité surgie du néant ?

La pensée du chasseur guarani va au-delà du pécari, j’avance aussi pour illustrer ma démonstration que la pensée du chasseur contemporain va au-delà du sanglier, elle aussi : au-delà du sanglier, il y a l’argent qu’il espère tirer de la vente du sanglier à ses connaissances et amis (quand il ne l’offre pas sous la forme primitive d’un potlatch). Entre les deux, la différence est légère, elle est minime même, elle tient à peu de chose. Le goût du risque ? En donnant son pécari à sa bande, le chasseur guarani court le risque de ne pas avoir de retour, le retour n’est pas exigé, et puis il dépend de la bonne fortune des autres chasseurs, par contre si notre chasseur échange son sanglier contre de l’argent ce cas de figure ne se présente plus, il ne prend pas de risque, il ne défie personne et il ne parie pas sur un retour toujours aléatoire. Inquiétude ou tranquillité d’esprit ? Est-ce l’inquiétude qui fait l’humain ? Pourtant le désir de reconnaissance par le groupe est comblé par le don en retour chez le chasseur guarani et le chasseur guarani peut se dire « bon chasseur ».

Les choses se présentent dans une perspective plus difficile pour le chasseur contemporain dont la reconnaissance du groupe est un peu forcée par la somme réclamée pour le sanglier : elle réside dans cette somme, elle est, en quelque sorte quantifiable. Et puis, s’il est animé par le goût du défi et du potlatch, il risque bien d’être déçu et de ne pas se trouver compris dans ces temps sans envergure. En plus, il pourrait bien se retrouver avec des sangliers sur les bras et s’il donne son sanglier, ce n’est pas pour avoir en retour des sangliers, il aimerait bien autre chose que des sangliers : des bottes pour aller à la chasse, une robe pour sa femme, des enjoliveurs pour son quatre-quatre… En fait, il aimerait bien de la conscience de soi. L’argent, lui ouvre des perspectives intéressantes et il vient s’intercaler entre lui et autrui. Le retour n’est plus laissé à l’initiative et au libre choix du donataire. Celui-ci n’est plus reconnu comme personne, dans sa dignité humaine. L’argent se substitue à la dignité humaine. Exiger de l’argent, c’est penser qu’« on est toujours mieux servi par soi-même ».

Marseille, première quinzaine
du mois de janvier de l’année 2020
Georges Lapierre

Notes

[1Cf. « Le chamane et le serpent à sonnette ». « Quand nous ne voyons qu’une mare de boue, les tapirs voient ce qui pourrait s’apparenter à une maison cérémoniel, disent les Indiens d’Amazonie. »

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